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 Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 19 Fév 2013, 17:35

Libertée était en train de croquer dans une tartine recouverte de chocolat quand Nwëlla bondit du lit pour rattraper Naïs, qui s’effondrait à moitié sur le sol. Une flaque de sang venait de faire irruption sous l’envoleuse, coulant le long de ses jambes. Un drôle de long frisson très désagréable courut le long de la colonne vertébrale de Libertée, qui sentit son ventre se retourner et sa gorge se serrer.

Mais Naïs venait de perdre connaissance, et le premier réflexe de Nwëlla fut d’appeler de l’aide. Atal se précipita dans le couloir pour demander si quelqu’un avait des connaissances en soins, et Libertée était déjà ailleurs.

Sortant de la chambre dans la cacophonie, elle n’était même pas certaine que quiconque eût remarqué qu’elle n’était plus là. Dans le couloir, elle écoutait ce qu’il se passait.


- Nous sommes deux Rêveurs ! Faites-nous un peu de place !

L’homme, assez petit mais avec un certain charisme, s’avança dans les escaliers, et bougonna.

- Non, ce n’est pas possible ici. Est-ce que vous pouvez la descendre, on va aller dans la maison de mon ami…

Un léger soupir franchit les lèvres de Libertée, tandis que tout le monde s’activait.
Soudain, là, elle ne se sentait plus à sa place. Envolée la bonne humeur du matin, le petit déjeuner et tout ça… Une perte de sang à cet endroit-là, aussi imprévue et aussi importante, cela n’avait qu’une seule signification.

Grâce à la force de Pan, Naïs se retrouva très rapidement dans la maison voisine, allongée sur un lit propre. Le Rêveur s’affairait sur elle, et un second, plus en arrière, semblait vérifier ce que faisait son confrère.

Comprenant ce qu’il se tramait, Libertée sentit une énorme boule se former dans sa gorge. Incapable de rester là, elle sortit à nouveau de la pièce, pour aller dans la rue. Le temps était long, mais elle ne pouvait pas rentrer dans cet endroit, elle ne pouvait pas voir… Elle ne voulait pas…
Entendre…
Un petit cri. Un petit cri qui lui révulsa l’estomac, alors qu’il aurait pu tout autant être inaudible.
Non !

Mais alors qu’elle allait faire demi-tour pour s’éloigner de l’entrée, un homme ouvrit la porte avec un poids dans les mains, entouré de linge. Un poids, qui émettait un petit cri pitoyable, mais… qui vivait. Et avant que Libertée n’ait tourné la tête pour s’en détourner, il ouvrit ses yeux. La couleur des yeux des nouveaux-nés n’est pas définitive, pourtant elle pu clairement distinguer la différence de teinte entre les deux iris.

Libertée se figea.
Elle n’arrivait plus à respirer. Elle n’arrivait plus à bouger.
Ce bébé était le sien ! Ce bébé était le sien, ce n’était pas possible, c’était celui de Gil, c’était…
Dans sa tête, tout alla très vite. Elle se voyait sauter sur l’homme, lui arracher le bébé, et s’enfuir avec. S’enfuir avec ce petit être, trouver de quoi le nourrir… Mais non, il ne survivrait pas si elle faisait ça ! Mais elle avait tellement envie de le prendre, de s’enfuir avec, de le garder pour elle !
C’était son bébé !

Se mordant la langue, les lèvres, l’intérieur des joues, elle sentit son ventre se révulser alors que l’homme lui passait à côté sans sembler se rendre compte de sa présence.
Non, non, non….
Non !

Les larmes roulèrent sur son visage, glissant sur ses joues, passant dans le creux de ses lèvres, venant se loger dans la commissure de ses lèvres.
Elle ne bougeait toujours pas.
Et quand Gil passa sa tête dans l’entrebaillement de la porte, elle sentit un hoquet passer ses lèvres, mais elle évita très soigneusement son regard.

Elle eut l’impression de bouger au ralenti, alors qu’au contraire, dans la réalité elle était bien trop vive.
Faisant demi-tour, elle se précipita entre les ruelles du petit patelin, et s’enfonça dans le noir, quelque part, même si le soleil éclairait depuis un moment les pavés désormais. Sans jeter un seul coup d’œil en arrière, elle s’éloigna aussi vite que possible, aussi loin qu’elle en était capable. S’arrêtant devant une grange, elle entra dedans pour respirer l’odeur de la paille fraîche.
Elle entendait un halètement, un peu plus loin, et s’approcha de l’un des box qui était là. Une jument était couchée, et était elle aussi en train de mettre bas.
Ouvrant rapidement la porte du box, Libertée se laissa glisser contre le bois de cette dernière, ramenant ses bras autour de ses genoux, ses genoux contre sa poitrine.
Et elle pleura.

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 19 Fév 2013, 19:17

[ Wouhw, Naïs, tu nous plonges dans l'inspiration à l'état brut, à l'état pur ! ^^ ]








Pan avait attaqué avec entrain son petit déjeuner, plus que copieux. Mais il avait une faim de loup, c’était le cas de le dire, et son plateau plein à craquer ne lui faisait pas peur une seule seconde : il se savait parfaitement capable de le finir jusqu’à la dernière miette !
Mais tandis qu’il mangeait, il ne se contentait pas d’engouffrer la nourriture dans sa bouche, puisque Seth venait de le rejoindre pour lui poser une tonne de questions abracadabrantes. Cela réchauffait le cœur de l’homme aux cornes : en fait, il aimait beaucoup ce gamin ! Il avait peut-être mûri bien trop vite pour son âge, cela restait un enfant, avec cette innocence si particulière et si belle qui particularise ce tendre âge.
Alors que le jeune garçon était en train de toucher ses cornes, avec un air émerveillé dans le regard devant la rugosité de la corne, leur ciselure et les quelques reliefs qui y couraient.

- Naïs ? Naïs, tu m’entends ? Tu es toute pale… Attention !

Se retenant de tourner vivement la tête pour éviter d’éborgner quelqu’un et d’arracher un doigt à Seth, Pan attendit que ce dernier ait enlevé ses petits doigts pour enfin pouvoir se tourner vers la scène. Naïs venait de perdre l’équilibre, et Nwëlla l’avait rattrapée au vol.

Soudain très inquiet, le regard de Pan tomba sur le sang sous l’Envoleuse, et il retint son souffle. Que se passait-il ?

- A l’aide ! On a besoin d’aide, notre amie est inconsciente !

Pan se précipita vers Naïs, qu’il saisit délicatement entre ses mains. Sa peau était devenue presque cendreuse – mate mais pâle – et elle avait en effet perdu connaissance. Nwëlla, à côté de lui, essayait de la réveiller en la secouant légèrement, en passant ses mains froides sur les joues de l’Envoleuse, mais rien n’y faisait, elle restait hors d’atteinte.
Se mordant la langue, Pan fit glisser une mèche de cheveux de la femme derrière son oreille, ne sachant pas trop quoi faire précisément. Jusqu’à ce que deux Rêveurs arrivent dans la chambre, alertés par les cris d’Atal.
Ils ne prirent pas la peine, ni le temps, de se présenter. Ce fut très bref, et la conclusion sauta rapidement aux yeux : il fallait sortir Naïs de cette auberge et lui trouver un endroit calme. Apparemment, les deux hommes connaissaient le propriétaire de la maison voisine, et Pan souleva Naïs comme si elle avait été de chiffon pour l’y emmener.

Ce n’était pas évident, dans les escaliers, mais l’Envoleuse arriva à bon port, et il la déposa délicatement sur des draps propres. Trop omnibulé par Naïs, il ne savait même plus qui était là, et qui ne l’était pas. Mais rapidement, les Rêveurs leur demandèrent de s’éloigner, de les laisser travailler en paix, et Pan eut beaucoup de mal à s’éloigner de la femme inconsciente. Cependant, c’était la meilleure chose à faire pour que tout se déroule bien, et il ne chercha pas à discuter.

Combien de temps restèrent-ils à l’extérieur de la pièce ? Il n’en avait aucune idée. D’ailleurs, il ne comprenait pas pourquoi Libertée s’entêtait à rester dehors, mais il était bien trop inquiet pour Naïs pour prendre le temps de s’en occuper. Il y eu un petit cri, puis le silence, et après de très très longues secondes, la porte s’ouvrit enfin. Le second Rêveur était dans son encadrement, et portait dans ses bras un corps de nouveau-né emmitouflé dans des couvertures et des linges.

- Je l’emmène à Fériane. J’ai mon cheval dehors, j’en ai pour une demi-heure à la rallier. Quand la mère sera sur pieds, vous pourrez venir le voir, si on arrive à le sauver…

Le choc fit tituber Pan, qui se rattrapa au mur proche.
Quoi ? Naïs, enceinte ? Il lui semblait qu’il y avait eu une allusion, à un moment donné, avec les Mentaïs, mais c’était complètement flou et donc potentiellement inventé. Mais cela faisait quand même un choc… un choc bigrement déstabilisant !
Mais enceinte de qui ?
Malgré lui, son regard se tourna vers Gil, et il sentit une drôle de chaleur envahir son torse. Clignant plusieurs fois des paupières, il se reprit, et s’assit tellement brusquement sur sa chaise qu’elle craqua sous lui. Grognant comme ce n’était pas permis, le colosse s’assit sur le sol – au moins lui ne le lâcherait pas.

Quelques dizaines de minutes plus tard, le second Rêveur sortit de la pièce, avec un visage dépité, en tout cas envahi par une grande inquiétude. Fronçant les sourcils, Pan bondit sur ses pieds et poussa la porte, pour voir si Naïs état réveillée…

- Bon, ce truc est mort, tout est bien qui finit bien, non ?

Deuxième choc.
Ce… truc ? C’était un bébé ! Un être vivant, qui n’avait rien demandé….
Complètement abasourdi par Naïs, même si elle se levait, parlait, et affichait un sourire de facade, Pan était pétrifié, et remarqua à peine Nwëlla qui se précipitait elle aussi dans la chambre pour savoir comment allait son amie.
Il avait en fait complètement oublié Libertée.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Lun 25 Fév 2013, 00:22

Voilà bien une heure qu’ils attendaient dans l’étroit vestibule. Quelque part, une pendule égrainaient les secondes et rendait cette attente plus pénible encore ; Gil faisait se retenait à grand peine d’aller la faire taire d’un bon coup de poing bien placé. En lui, la colère se mêlait à une angoisse terrible et seul l’égard qu’il avait pour les habitants de cette maison l’empêchait de mettre à exécution cette pulsion. Une pulsion tout à fait inutile, qui n’aiderait pas Naïs ni ne lui permettrait de se sentir mieux. Pour l’instant, tout ce qu’il devait faire, c’était attendre. Comme Nwëlla, qui tordait ses mains dans tous les sens pour tromper son inquiétude. Comme Atal, qui ne quittait pas la porte close des yeux. Comme Juhen, qui rivalisait de patience et d’ingéniosité pour distraire Seth et lui tirer quelques sourires. Comme Pan, qui tournait en rond tel un lion en cage. Comme Libertée, qui s’était éclipsée pour aller prendre l’air.

Gil ne l’avait pas retenue. La jeune femme était récemment passée entre les mains des Rêveurs ; qui sait ce que cette angoissante situation pouvait lui rappeler ? Bon sang… Lâchant un long soupir, l’envoleur quitta le mur contre lequel il était appuyé pour se rapprocher de la porte. Des bruits étouffés lui parvenaient. Une vague de fureur gronda en lui et son regard bicolore étincela. L’impuissance était trop dure à supporter. Tout ce qu’il voulait, c’était défoncer cette porte, à défaut de pouvoir réduire la comtoise en miettes ! Bon sang, princesse… qu’est-ce que tu nous fais ?? La porte restait close et muette. Dépité, Gil se tourna vers Pan.

- Elle allait bien, ce matin ? Elle allait mieux, non ?
- Gil…
commença Nwëlla.

Il l’ignora et planta son regard dans celui, impénétrable, du guerrier cornu.

- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? insista-t-il, la voix empreinte de colère. Tu devais veiller sur elle, je me trompe ? Alors quoi, vous avez fait des galipettes toute la nuit, c’est ça ?
- Gil ! intervint Atal à son tour.
- Il fallait peut-être attendre qu’elle se soit remise de son enlèvement ! poursuivit Gil sans tenir compte du fait que Juhen venait de se lever en faisant craquer ses jointures. Mais j’imagine qu’après avoir passé la soirée à te retenir pour ne pas effrayer toute la population de ce village, tu avais simplement envie de…

Le poing de Juhen n’eut pas le temps de s’écraser sur sa joue. Quelques secondes avant l’impact, qui aurait assurément envoyé Gil au tapis, la porte s’ouvrit sur un Rêveur qui tenait un paquet de linges sales dans ses bras. Impossible de traverser le vestibule sans croiser toutes les personnes qui fixaient sur lui un regard empli d’une folle inquiétude ; le petit homme au crâne dégarni s’arrêta un court instant.

- Je l’emmène à Fériane. J’ai mon cheval dehors, j’en ai pour une demi-heure à la rallier. Quand la mère sera sur pieds, vous pourrez venir le voir, si on arrive à le sauver…

Gil, dont l’attention s’était depuis quelques secondes reportée sur la porte à nouveau close, tourna la tête vers le Rêveur. "Le" sauver ?

- Par la sainte…

Nwëlla plaqua une main sur sa bouche tandis qu’à côté d’elle, Atal laissait échapper un long sifflement entre ses lèvres. Pan changea de couleur et vacilla. Juhen ouvrit de grands yeux et retint Seth avant qu’il se précipite vers le Rêveur. Avant qu’il découvre ce que celui-ci tenait dans les bras.

Un bébé.





*




- Libertée ?

Pas de réponse. Gil était pourtant certain que la marchombre s’était réfugiée dans cette grande. Il le savait parce que son cœur battait plus fort, comme lorsqu’il l’avait retrouvée dans le sous-sol de cette maison pleine de Mentaïs fous à lier. Elle était ici.

- Lib’ ?

Gil posa les mains sur la porte en bois, qu’il poussa légèrement… pour se retrouver nez à nez avec un fermier aux cheveux grisonnant sous son large chapeau et à l’air pas commode du tout.

- Dites-donc, vous ! Qu’est-ce que vous fichez ici ?
- Heu…
- C’est qu’j’ai du travail, moi, hein ! J’suis pas désoeuvré ! Ma Jonquille est en train de m’faire un p’tit, et voilà qu’y en a plein qui débarquent chez moi ! Et ben, reste pas planté là, viens donc m’aider puisque tu es arrivé jusqu’ici !


Quelques instants plus tard, Gil se retrouvait en train d’attendre l’arrivée d’un poulain. Accroupi derrière la jument allongée dans la paille, il caressait la jument malmenée pendant que le fermier aidait celle-ci dans ses derniers efforts pour mettre son petit au monde. L’envoleur avait la gorge nouée. Il pensait à Naïs. Malgré sa colère, il était reconnaissant envers Pan, qui veillait sur la jeune femme ; sans lui, Gil aurait dû choisir entre rester auprès de Naïs et partir à la recherche de Libertée. Un choix terrible. Comme tous les choix… Sa main remonta le long de l’encolure de la jument et effleura celle de la marchombre. Levant la tête, il croisa son regard brillant et vit le sillon des larmes sur ses joues. Son cœur se serra.

- Hé… murmura-t-il en posant sa main sur la sienne. Ça va aller.

Existait-il une phrase plus bateau que celle-ci ? Gil en doutait sérieusement mais l’intention y était. Vraiment. Il ne savait pas quand, il ne savait pas comment, mais Libertée s’en remettrait. Et Naïs aussi. Et l’enfant ? Cette petite chose que le Rêveur avait emporté avec lui ? Gil frissonna. Mieux valait ne pas y penser pour l’instant.

- Pan et Naïs sont forts, dit-il en caressant de nouveau la jument qui hennissait faiblement. Quoi qu’il arrive, ils surmonteront cette épreuve ensemble. Comme nous.

Si l’enfant survivait, aurait-il des cornes, comme son père ? L’idée tira un demi-sourire à l’envoleur, qui scruta le visage de Libertée. Elle semblait vraiment très éprouvée. Comment avait-il pu imaginer que le traumatisme qu’elle avait vécu appartenait au passé ?

- Tout va bien, ma belle…
- C’est ça, continuez de lui parler comme ça, ma Jonquille aime les paroles gentilles ! s’écria le fermier.

Gil lui retourna un air effaré que le vieil homme ne vit pas, tout à son travail. Et lorsque le poulain naquit enfin, Gil profita du remue-ménage occasionné pour aller entourer de ses bras sa marchombre.

- Félicitations, dit-il au fermier qui revenait vers eux.
- Merci ! Votre aide m’a été utile, pensez ! Et dis-moi p’tit gars, si tu parlais à ta princesse aussi gentiment qu’à ma Jonquille, elle pleurerait peut-être pas tant, hein ! Gamberge-moi ça !
- Heu…
- Pauv’ dame, il est pas bavard, c’ui-là… Allez, bonne chance les tourtereaux !


Les tourtereaux se retrouvèrent à la porte de la grange. Apparemment, il ne fallait pas déranger Jonquille et son petit. Stupéfait, Gil serra Libertée contre lui.

- Tu te sens mieux ? demanda-t-il dans le creux de son oreille.



[Médiocre... s'cusez m'sieurs-dames ! On va dire que le fait que Gil ignore qu'il s'agit de son fils (oh bon sang oh bon sang oh bon sang !!!) est un rebondissement en soi, alors... je vous laisse rebondir ^^]



__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 18/07 au 24/07]
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Lun 25 Fév 2013, 13:36

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Pan, rapidement suivi de Nwëlla et Atal, pénètre dans la pièce et son lourd silence en dit long, très long. Assise sur le rebord de la fenêtre, je soupire imperceptiblement et tandis que j’entoure mes genoux de mes deux bras pour les ramener tout contre ma poitrine un peu douloureuse, ma tête bascule au même moment en arrière ainsi appuyée contre le mur. Le Rêveur semble n’avoir rien dit du tout à vrai dire et si une légère vague de colère m’étreint un instant, elle retombe aussi rapidement qu’elle est survenue. Ils ont tous vu ce gosse – ce… truc, comme je viens à peine de l’appeler – avant même que je n’apprenne son existence. Cet enfant – par la sainte culotte de l’Empereur, mon enfant – ils l’ont vu vivant. Forcément, difficile de leur faire croire alors qu’il est mort-né ! Ou peut-être était-ce seulement moi-même que je tentais de persuader ? Ca, c’est fort possible ! Presque aussitôt, mon sourire assuré s’efface tandis que j’essayer tant bien que mal d’encaisser le choc de cette naissance complètement improbable. Enfin, maintenant que j’y songe, même si aucun signe extérieur n’avait été visible et donc perceptible, ces crises de larmes plus ou moins régulières auraient quand même dû me mettre la puce à l’oreille : d’ordinaire, je ne suis pas autant émotive, à fleur de peau comme je l’étais alors. D’un côté, cela me rassure quelque peu, car désormais mes sautes d’humeur de ces derniers mois ont une explication. Mais de l’autre, ce sont des millions de questions qui se posent à mesure que l’incertitude grandit et que le calme cède à la peur.

Un enfant ! Par la sainte culotte de l’Empereur – ouais, l’Empereur il a bon dos cette fois-ci ! Et je ne suis même pas certaine qu’il survive à ses premières heures, ses premières semaines, même à Fériane. Rien que d’y penser, je frissonne. Je ne craquerai pas. Atal entoure mes épaules de ses bras dans un silence presque religieux. Je ne craquerai pas. Je suis forte. Mon cœur se serre, ma gorge se noue. Je ne craquerai pas. Mes doigts se referment un instant sur ceux de mon frère. Je ne craquerai pas. J’ai la désagréable impression de me retrouver projetée quelques années en arrière tandis que les souvenirs défilent dans ma tête. Je ne craquerai pas. Me levant comme un ressort, je me remets à faire les cents pas dans la pièce pour tenter de contrer cette vague de souffrance qui menace de me submerger. De m’engloutir. De me noyer. Je ne craquerai pas. Presque douze ans auparavant exactement, j’apprenais que j’étais enceinte de mes jumeaux. Je ne craquerai pas. Dans le même temps, alors que je me sentais complètement abandonnée, je m’étais jurée de ne jamais plus faire confiance à un homme. Je me fermais comme une huitre aux moindres avances même si cela ne m’empêchait pas de profiter d’un peu de bon temps. Je ne craquerai pas. Bientôt sept ans auparavant, la terre s’est effondrée sous mes pieds. Je ne craquerai pas. Mon fils est mort – en même temps que mes parents. Je ne craquerai pas. C’est étrange comme les situations se ressemblent parfois. Je ne craquerai pas. Et s’il survivait ? Il faudra que je prenne la décision la plus insensée, la plus douloureuse mais aussi la plus sage de toute ma vie. Je ne…

Cette fois, un flot silencieux coule lentement le long de mes joues au moment même où je réalise vraiment la gravité de la situation. J’ai un enfant – enfer, j’ai un enfant ! Il est tellement faible mais s’il survit, pour sa sécurité, je ne pourrai même pas le garder, le protéger. Instinctivement, je me réfugie dans les bras de Pan, alors qu’il y a quelques mois à peine, ce serait dans ceux d’Atal, et seulement dans les siens, que j’aurais trouvé tout le réconfort possible. Cet enfant, je ne peux pas… Et pourquoi pas ? Déjà, il faudrait que les Rêveurs aient réussi à le sauver. Non, je ne peux pas. Ce n’est pas raisonnable. Mais c’est mon fils comme Seth. Non, je ne peux pas. Et puis, je ne suis même pas certaine que Gil puisse assumer cela. Trop dur ! C’est trop dur !

Serrant la chemise de Pan entre mes doigts fins du plus fort que je puisse, je me raccroche à son odeur si particulière. Unique. Essayant de sortir des abysses monstrueux dans lesquels je me trouve, je me focalise sur ses doigts perdus dans mes cheveux, ses épaules qui m’entourent et me susurrent doucement qu’il ne peut rien m’arriver, là. Sa lente respiration, ample, et les battements sourds et réguliers de son cœur effacent tout. L’incertitude. Le chagrin. La douleur. L’incompréhension. Il m’apaise, complètement. Atal et Nwëlla choisissent ce moment précis pour quitter la pièce, non sans déposer chacun une bise légère et éphémère sur ma joue encore mouillée. J’ai la chance de les avoir. Tous ! Mais une question subsiste encore.

- « Qu’est-ce que je vais faire ? »

Le silence me répond. Evidemment. Comment demander à Pan de répondre à une question pareille ? Moi seule peux résoudre le problème – et dieu sait qu’il est énorme. Tout ce dont j’ai besoin, en attendant de trouver une solution, c’est juste d’être entourée. Par tout le monde, tous autant qu’ils sont. A commencer par Pan. Et comme une ancienne peur refait peu à peu surface, je ne peu m’empêcher de laisser échapper une interrogation timide.

- « Tu ne me laisseras pas ? »

* *
*


Il est tard. Très tard. Ou tôt dois-je dire. Les oiseaux commencent déjà à gazouiller : l’aurore n’est pas bien loin. Pan dort encore à côté de moi. Il faut bien avouer que la journée d’hier a été riche et éprouvante en émotions. Malgré la fatigue, cela fait bien une ou deux heures que je suis réveillée. Immobile contre le torse de l’Envoleur aux cornes, beaucoup trop de choses se bousculent dans mon esprit pour que je puisse dormir d’un sommeil aussi tranquille. Déjà, je repense aux paroles d’Azeus. Et dire que je pensais qu’il déraillait complètement ! Finalement, il s’est avéré qu’il avait raison, même si je ne peux m’empêcher de me demander comment il est parvenu à cette conclusion. Les mystères l’Imagination, sans doute !

Un enfant ! De cela, je n’en reviens toujours pas. Le plus terrifiant, c’est quand même que la situation peut tout à fait se reproduire, sans que je ne le sache. Rien que cette idée me fait grimacer. Parce que bon, maintenant que ce gamin est là, il faut bien l’assumer – enfin, pour peu qu’il soit encore vivant. Sentant une nouvelle vague de tristesse m’envahir, je trace distraitement des arabesques sur le torse délicieusement musclé de Pan. Songeant alors que si Azeus avait deviné l’existence de cet enfant, il a sûrement mis au courant Samoan, qui sautera un jour ou l’autre pour nous faire chanter, soit moi, soit Gil. Et c’est bien pour cela que je ne voulais pas d’autre enfant que Seth. Pour ne pas que cela se produise. Et puis, je me ronge déjà bien assez les sangs pour mon aîné, alors pour ce petit être sans défense ? Par la sainte culotte de l’Empereur, mais cela va être terrible !

Bon sang ! Tout bouillonne dans mon crâne, et même la chouette qui traverse le village en hululant sinistrement ne parvient pas à couper court à mes réflexions intimes. N’en pouvant plus de rester ainsi réveillée, dans l’attente de me rendormir vainement, je m’extirpe des draps avec légèreté. Je sens la pâle lumière de la lune éclairer timidement ma peau nue. Réfléchissant quelques minutes, je ne tarde pas à prendre une décision irrévocable. Enfilant mes affaires qui avaient été lavées et soigneusement pliées sur une chaise toute proche, je me fige un instant quand je me rends compte que je viens de réveiller Pan. En équilibre sur un pied pour pouvoir enfiler ma botte, je me décide à lui révéler où je vais.

- « Je me rends à Fériane : il faut que je sois fixée… Tu m’accompagnes ? »

Ni une, ni deux, encore tout ensommeillé, l’Envoleur ne se fait pas prier. En deux temps, trois mouvements, le voilà prêt lui aussi à partir. Et, à vrai dire, je suis bien contente de ne pas faire la route toute seule. Lorsque nous descendons, tout le monde semble dormir encore. Farfouillant les poches de mon short, je finis par trouver ce que je cherche : un minuscule bout de papier et de quoi écrire. Je griffonne alors quelques mots, juste histoire d’en informer les autres afin qu’ils ne s’inquiètent pas voire même s’ils veulent nous rejoindre, avant de sortir silencieusement de la maison direction l’écurie du village où je retrouve un Océan piaffant de joie. A peine l’ai-je scellé, me voilà de nouveau sur les routes – heureusement, d’ici il ne faut pas bien longtemps pour rallier la confrérie de Rêveurs.

Et voilà deux ombres. Et elles fusent gracieusement, à toute vitesse, sur le chemin de Fériane…

* *
*


- « On a dû vous amener un bébé, hier dans la journée ? »
- « Oui, effectivement, nos meilleurs Rêveurs s’occupent de lui. Attendez ici, je vais chercher Moryqane ! »

Moryqane ? Moryqane Vlanuire ? Je n’ai pas le temps de le demander au Rêveur qui vient juste de filer comme une flèche. Si c’est bien lui, ce serait une drôle de coïncidence : c’est lui qui m’a sauvé un peu plus de six mois auparavant dans les montagnes du Poll. Je m’apprêtais à faire les cents pas, encore et pour la énième fois depuis moins de vingt-quatre heures. Je m’apprêtais, seulement. Au lieu de cela, je me résous à me calmer et à glisser ma main dans celle de Pan. Les dents serrées, l’attente me paraît d’une longueur terrible. C’est alors qu’une voix puissante résonne dans le couloir.

- « Naïs ! Content de voir que vous avez repris du poil de la bête ! »
- « Moryqane, c’est bien vous ! C’est vous qui vous occupez de… ? »
- « Oui, avec quelques autres dont un qui… »
- « Merci ! » le coupais-je avant qu’il ne puisse finir sa phrase « Je n’ai pas eu l’occasion encore de le faire alors, merci. Pour tout »
- « Oh ! Ne me remerciez pas, c’est mon devoir après tout » souffla-t-il, ému.

Moryqane enserre mon bras du sien et m’entraîne à pas lents dans le couloir. J’entrelace alors un peu plus mes doigts avec ceux de Pan. Si l’été garde ces murs frais et aérés, au contraire, l’hiver il y règne une douce chaleur. Je le sais pour y avoir séjourné plus d’une fois. Je crois pouvoir affirmer sans me tromper que je connais toutes les confréries de Rêveur de l’Empire comme chez moi. A vrai dire, je ne compte même plus le nombre de passage obligé dans ce genre d’endroits, ni même toutes les frayeurs que j’ai pu infliger à mes proches.

- « Où est le père ? »
- « Il ne devrait pas tarder… » murmurais-je, surprise de constater que Moryqane ait deviné que Pan n’est pas le père de l’enfant.
- « Pour le moment, il n’est pas encore tiré d’affaire, il est encore très faible »

Malgré moi, tous les muscles de mon corps sont crispés, tendus à l’extrême. Une boule d’angoisse se loge dans ma gorge. Mon estomac se noue et soudainement, une sorte de bouffée de chaleur m’envahit. Je serre un peu plus les doigts de Pan – je me demande littéralement comment ils peuvent encore être entier en subissant une telle pression.

- « Mais son état ne s’est pas dégradé : il y a de l’espoir pour ce petit bonhomme »

Réalisant que je bloquais mon souffle depuis quelques secondes, je m’autorise alors une nouvelle respiration. Pourquoi je me sens soulagée ? Pourquoi je relâche d’un coup la pression sur la main de Pan. Pourquoi ma gorge se libère et mon estomac se dénoue ? Il est vivant, pour l’instant. Certes, c’est une bonne nouvelle. Mais j’en fais quoi moi de ce gamin, si je ne suis pas capable de lui apporter toute la sécurité dont il a besoin ? Et puis déjà, est-ce que Gil ne fuirait pas tout bonnement au lieu de m’aider – parce que bon, après tout, on est deux à l’avoir fait ce gamin ? Il a toujours eu tendance à faire l’autruche dans des situations délicates. Et Samoan reste le pire des dangers ! Toutefois, à cette pensée, une nouvelle et folle résolution naît tout au fond de moi. Sombre et dangereuse, elle me permettrait toutefois de pouvoir envisager de garder cet enfant qui, finalement, n’a rien demandé dans tout ça ! Mais pour le moment, la décision la plus sage reste de le confier à ce vieux chef d’une tribu nomade des confins est du désert des Murmures. Il s’agit d’un très vieil ami de Sen. Je suis même certain qu’il mettrait sans hésiter sa vie entre les mains de cet homme. Ce serait juste, en attendant…

- « Moryqane, accordez moi une faveur… »
- « Oui, laquelle ?»
- « Ne dites rien de ce que vous venez de me dire à Gil »

Quelques secondes de silence s’écoule. Je n’y crois pas. Je le fais. Je l’ai fait ! Si Gil l’apprend, il risque de se mettre sacrément en rogne. Oui, je n’ai pas confiance. Oui, j’ai peur – peur de faire confiance, peur d’être trahie, peur d’être abandonnée, peur d’être blessée et d’avoir mal, encore. Non, ce n’est pas contre toi ! Non, ce n’est pas à cause de toi ! Tu n’y peux rien !

- « Je suppose que vous avez vos raisons ? »

Je hoche la tête en silence.

- « Bien ! Et, au fait, son œil droit est doré, comme les votre et le gauche est marron… »

Tout contente d’avoir réussi à me tirer un petit sourire distrait, Moryqane s’éloigne à grands pas aériens dans le couloir. Il sifflote gaiement. De l’autre côté, d’autres pas, plus nombreux et reconnaissables entre mille, se précipitent à notre rencontre.




[Hé voilà! Pour Moryqane, la couleur c'est gainsboro...]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Lun 25 Fév 2013, 17:58

Elle pleurait.
Elle pleurait son enfant perdu, en réalité. Parce qu’elle ne s’était pas laissé l’occasion d’évacuer tout ce que cela avait fait travailler dans son esprit, dans son cerveau, et dans son existence. Elle avait perdu un enfant, l’enfant de Gil, leur enfant ! Elle l’avait perdu, il n’avait pas pu survivre. Sur le coup, elle avait été soulagée, c’était vrai. Parce qu’elle ne se voyait pas avec un gosse sur les bras, elle avait encore des choses à enseigner, elle ne se voyait pas du tout avec un gamin qui la suivrait partout, ou qu’elle transporterait toujours avec elle.
Oui, mais…
Mais un enfant, ça représente l’avenir. Ca représente l’union – en tout cas pour Libertée c’était cela. Ca représentait un bout d’elle et un bout de lui, emmêlés, entremêlés, c’était un être unique, après tout, et cela ne tenait qu’à eux de le rendre heureux.

Elle ne voulait pas d’enfant. De cela, elle en était certaine.
Et pourtant… Pourquoi se mettait-elle dans de tels états ? Ce n’était pas comme si son bébé était né normalement, et avait vécu, ne serait-ce qu’une seule seconde, après tout. Il était mort dans son ventre. Elle n’avait même pas senti qu’il était dans son ventre, en réalité.
Soudain, elle sentit une brusque montée de colère, contre le Rêveur. De lui avoir dit qu’elle avait été enceinte, de lui avoir dit qu’elle avait perdu un bébé. N’aurait-il pas pu se taire, celui-là ? Elle se voyait, en plissant les paupières fermées, en train de lui mettre une bonne gifle, et contre toute attente, cela lui fit du bien.


- Libertée ? Lib’ ?

La marchombre ne répondit pas à l’appel de Gil.
Est-ce qu’elle voulait vraiment le voir, à cet instant ? Savait-il seulement la vérité, à propos de l’enfant de Naïs ? Savait-il que si elle avait perdu un enfant de lui, l’envoleuse, elle, avait réussi à le mener à terme ? Soudain, un pic de pure jalousie, dévorante, monta dans sa poitrine, et elle ne put s’empêcher d’éclater en sanglots.
Des sanglots de rage, de peur, de tristesse.
Etait-elle seulement capable de garder un enfant ? De pouvoir en choyer un, au creux de son ventre ? En réalité, elle en doutait fortement. Elle était toujours en train de faire énormément de choses, des choses dangereuses et périlleuses… Mais après tout, elle était certaine que Naïs aussi. Son corps était-il moins accueillant ?
Rage. Peur. Tristesse.
Et comment allait réagir Gil, comment avait-il réagi s’il avait appris que le gosse était de lui ? Hein ?
S’enfonçant les ongles dans les paumes de main, Libertée tenta d’étouffer un nouveau sanglot. Sans succès.


- Dites-donc, vous ! Qu’est-ce que vous fichez ici ?
- Heu…
- C’est qu’j’ai du travail, moi, hein ! J’suis pas désoeuvré ! Ma Jonquille est en train de m’faire un p’tit, et voilà qu’y en a plein qui débarquent chez moi ! Et ben, reste pas planté là, viens donc m’aider puisque tu es arrivé jusqu’ici !


La situation, bien que cocasse, ne tira même pas un quart de huitième de sourire à Libertée. La tête de la jument sur ses genoux, la marchombre n’avait même pas osé lever ses yeux vers l’envoleur, c’était dire l’état dans lequel elle se trouvait. Elle aurait voulu le secouer, le griffer, peut-être le gifler et le mordre en fait. Elle n’avait pas pu l’empêcher de faire l’amour avec Naïs alors qu’ils ne se connaissaient qu’à peine – de toutes façons, elle avait fait exactement la même chose, avec d’autres hommes – mais… Mais même si c’étaient des conséquences tout à fait « normales », elles n’auraient pas dû exister, voilà ! Et maintenant… Et maintenant, Pan était avec Naïs, ils s’aimaient… mais est-ce que le colosse pourrait accepter ça ? Et Gil ? Comment allait-il faire ? Cela voulait dire qu’il passerait sa vie avec cette fille ?
Elle pouvait très bien ne plus compter.
Il pouvait aussi très bien s’en aller, s’enfuir, comme il savait si bien le faire, et ne plus jamais les revoir, tous autant qu’ils y étaient.


- Ca va aller. Pan et Naïs sont forts. Quoi qu’il arrive, ils surmonteront cette épreuve ensemble. Comme nous.

Tout devient à nouveau flou autour de Libertée, dont les larmes ne semblaient jamais se tarir.
* Et VOUS ? Et VOUS alors, toi et Naïs, vous allez faire quoi au juste hein ? DIS –MOI ! JE VEUX SAVOIR ! QU’EST-CE-QUE VOUS ALLEZ FAIRE ? *
Elle allait devoir vivre avec ce gosse, qui aurait pu être le sien à quelques mois près, qui n’était pas le sien mais celui de Gil, qu’elle aimait. Et de Naïs. Une flambée de haine embrasa son cœur un instant, avant d’être soufflé purement et simplement par le fermier, qui les jeta proprement dehors tandis que la jument venait de finir de mettre bas.


- Tu te sens mieux ?
Libertée hoqueta.
Que pouvait-elle faire d’autre, à part hoqueter ? Elle ne se sentait même pas le courage, ni la force, de crier. Elle ne put que répliquer dans un souffle, tellement bas qu’il était presque inaudible, d’une voix devenue rauque à cause des sanglots.


- Je ne sais pas. Et vous, vous allez faire comment ? Toi et Naïs. Ce gamin est le vôtre. Tu vas faire quoi, Gil ? Dis-moi, tu vas faire quoi ?

Elle venait de planter son regard encore humide dans celui, bicolore – comme celui de l’enfant – de Gil.

- Ca aurait dû être notre bébé…

Secouant la tête, Libertée ferma les yeux un instant.
Ca suffisait ! Elle n’allait pas devenir en sucre d’orge comme ça, malgré son ventre qui ne cessait de se retourner, malgré l’énorme boule dans sa gorge, malgré les larmes qu’elle n’arrivait pas à refouler, malgré sa voix rauque, malgré… Malgré tout ça.
Et si elle n’était pas venue importuner Gil, est-ce que cela se serait passé comme ça ? Peut-être que Naïs n’aurait pas voulu du bébé, qu’elle l’aurait tout simplement tué sans rien demander à personne, et il n’y aurait pas tout… tout ça. Non, ce n’était pas une solution, et pourtant cette option brilla intensément dans l’esprit de Libertée.
Et si elle tuait le bébé ?

Mais les doigts de Gil sur son épaule la ramenèrent à la réalité.
Elle s’en voulut terriblement d’avoir pensé une telle chose. Le bébé méritait de vivre. Ce n’était pas parce qu’elle avait perdu le sien que tout le monde devait avoir cette souffrance. Surtout que Naïs avait déjà perdu un enfant, elle en avait déjà souffert terriblement…

- On va à Fériane, Naïs nous a laissé un mot.

Libertée ne redressa même pas la tête quand elle entendit la voix de Nwëlla qui les interpelait.
Elle n’était même pas sûre d’avoir envie d’aller jusqu’à Fériane. Elle avait peur d’être prise de folie et de vraiment tuer ce gamin. Non non ! Contrôle.

Les doigts de Gil se serrèrent autour des siens, et elle se laissa tirer jusqu’à Fériane, complètement absente.
Autre part.










[ Mais qu'est-ce que vous avez fait à ma Lib ? =O ]

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 26 Fév 2013, 11:59

Indifférent à la colère de Gil – parce qu’il était aussi inquiet que lui – Pan décida de ne rien répondre, quoi que l’Envoleur lui jette à la figure. Il avait fait terriblement attention à Naïs, et cela il le savait ; il n’allait pas se culpabiliser alors qu’en plus c’était elle qui avait amorcé les premiers gestes.
Il se contentait de fixer la porte, attendant une nouvelle, quelque chose… Un mouvement ; n’importe quoi !

Et quand elle s’ouvrit sur le Rêveur et le nourrisson…


§§


Un « truc ».
Il avait du mal.
Mais alors qu’il levait le regard vers Naïs, il vit qu’elle aussi. Et pourtant, elle s’efforçait de tout garder pour elle. Néanmoins, dans son regard d’ambre aveugle, il pouvait deviner la souffrance, la peur, la perte. Elle ne voulait pas craquer, et son visage se contractait en une multitude d’endroits pour contenir ses émotions – et elle y arrivait presque.

Il avait envie de la prendre dans ses bras, de la serrer tout contre elle, de lui dire que tout irait bien.
Mais le bébé était parti avec le Rêveur, même pas certain que l’on puisse le sauver ; mais Naïs semblait ne pas vouloir de ce bébé ; mais le père du bébé n’était pas lui évidemment, alors… Potentiellement, qui pouvait-ce être ?
Et si c’était… Gil ?
Secouant légèrement la tête, Pan fini par hausser les épaules.

Peu importait, après tout. Cet enfant n’avait pas demandé à vivre, mais il était dans ce monde désormais. Il fallait faire avec, et surtout ne pas oublier que c’était une conséquence directe de ce qu’il se passait dès que l’on venait à faire l’amour, baiser ou tout autre appellation du coït.
C’était quelque chose de naturel, et de merveilleux, normalement.

Soudain, Naïs vint percuter son torse, et automatiquement il ferma ses bras autour de ses épaules qui étaient devenues presque fluettes.

- Tout va s’arranger… Shhhht…

Que dire de plus ? Il ne le sait pas vraiment, et se contente de la bercer doucement contre lui, inhalant son odeur épicée. Au bout d’un moment, il a l’impression qu’elle s’est un peu calmée, que les larmes ont commencé à sécher. Sa respiration a repris un rythme presque normal, et les battements de son cœur aussi.

- Qu’est-ce que je vais faire ?

Pan resta silencieux. Que pouvait-il répondre à cela ?
Il savait parfaitement que Naïs avait des apprentis désormais, tout comme lui. Il savait aussi qu’elle ne tenait jamais en place, et se demandait même comment elle s’était débrouillée avec Seth. Pourtant, leur relation était elle aussi fusionnelle, sans distance comme cela aurait pu être si Naïs n’avait pas assumé son rôle de mère. Alors, n’était-elle pas capable d’assumer le bout de chou qui avait avalé sa première goulée d’air quelques minutes auparavant ? Et puis, il était là, et il l’aiderait…

- Tu ne me laisseras pas ?

Se détachant d’elle un peu brusquement, Pan planta son regard dans celui de Naïs.

- Ne crois pas te débarrasser aussi facilement de moi, jeune folle ! Je suis là. Je suis là tant que tu as besoin de moi. Ce bébé ne change rien… Ou peut-être que si. Je vais te surveiller d’encore plus près !


§§


- On a dû vous amener un bébé, hier dans la journée ?
- Oui, effectivement, nos meilleurs Rêveurs s’occupent de lui. Attendez ici, je vais chercher Moryqane !


Naïs semble réagir à ce nom, et Pan la sent à nouveau comme une lionne en cage. Cependant, elle réussit à exercer un certain contrôle sur elle-même, et se contente de serrer très fort ses doigts, lui tirant un léger sourire.

- Naïs ! Content de voir que vous avez repris du poil de la bête !

- Moryqane, c’est bien vous ! C’est vous qui vous occupez de… ?

- Oui, avec quelques autres dont un qui…

- Merci ! Je n’ai pas eu l’occasion encore de le faire alors, merci. Pour tout

- Oh ! Ne me remerciez pas, c’est mon devoir après tout. Où est le père ?


Ah.
La question était finalement tombée.
Mais à l’attitude de Naïs, Pan l’avait déjà compris… Et son cœur se serra un instant. Avant de se relâcher.
Peu importait, après tout. Gil n’était pas un mauvais choix, en soi. Ce qui était moins évident, par contre, c’était la réaction de Libertée. L’avait-elle senti dès le début, qu’elle s’était éclipsée comme ça ?

- Il ne devrait pas tarder…

C’était donc ça… Gil.

- Pour le moment, il n’est pas encore tiré d’affaire, il est encore très faible. Mais son état ne s’est pas dégradé : il y a de l’espoir pour ce petit bonhomme.

- Moryqane, accordez moi une faveur…

- Oui, laquelle ?

- Ne dites rien de ce que vous venez de me dire à Gil


Mais pourquoi donc ?
Pourquoi garder cela secret ? Le petit allait bien, c’était une bonne nouvelle, non ? Ou alors, c’était le fait que Gil était le père qu’elle voulait garder pour elle ? Pan ne savait pas si c’était la bonne décision. D’autant que… Qui disait que Libertée n’avait rien dit ? Oh, peut-être ne s’en doutait-elle pas mais…
L’Envoleur avait un énorme doute là-dessus.
Au contraire, il était intimement convaincu que la jeune femme blonde le savait déjà.

- Je suppose que vous avez vos raisons ? Bien ! Et, au fait, son œil droit est doré, comme les votre et le gauche est marron…

S’il avait fallu une preuve de plus, elle était désormais dite.
Pan poussa un léger soupir, et serra légèrement la main de Naïs.

* Je suis là.*

Et quand les pas qui arrivaient dans le couloir se firent audible, l’Envoleur prit une grande inspiration avant de se tourner, ne sachant pas trop comment réagir, ni ce qui allait réellement se passer.. Il appréhendait la réaction de Libertée, mais aussi celle de Gil…

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Ven 08 Mar 2013, 09:24

Il était réellement inquiet. Libertée avait de nouveau ce regard qui l’avait tant désarçonné à Ondiane, un regard brillant, fiévreux, qui traduisait trop d’émotions à la fois. Des émotions qu’il ne parvenait pas à décoder. Angoisse ? Tristesse ? Espoir ? Impuissant, Gil serra la jeune femme contre lui. Le menton posé sur le sommet de son crâne, il laissa un instant ses pensées s’envoler. Vers Naïs, d’abord ; comment vas-tu, princesse ? Enfer, si seulement je pouvais avoir quelques nouvelles ! Puis ses sourcils se froncèrent légèrement. Est-ce que tu savais ? Non, n’est-pas ? Tu m’en aurais parlé, hein, Naïs ? Non, tu ne savais pas…Ses pensées dérivèrent. Il songea à Pan, à la façon dont il l’avait impliqué dans le facteur « causes », sans raison. Il allait devoir s’excuser auprès du guerrier cornu. Mais pas avant d’être certain que Libertée allait bien.

- Hé, murmura-t-il en dégageant son front d’une mèche blonde qu’il glissa délicatement derrière son oreille, avant de passer un doigt sous son menton pour lui relever la tête et croiser son regard. Ça va ?
- Je ne sais pas.

Gil hocha la tête. L’incertitude l’avait gagné, lui aussi, et un pli soucieux barrait son front ; comment cette journée, qui avait si bien commencé, avait-elle pu tourner au cauchemar ?

- Et vous, vous allez faire comment ?
- Nous ? répéta Gil en fronçant les sourcils.
- Toi et Naïs. Ce gamin est le vôtre. Tu vas faire quoi, Gil ? Dis-moi, tu vas faire quoi ?

Que… Quoi ??

- Non, ce… c’est… bredouilla Gil en se dégageant des bras de la marchombre pour faire un pas en arrière.

Non. Non, répétait fermement son esprit. Juste non. Simplement non. Vraiment non.
Non !


- C’est l’enfant de Pan, s’entendit-il lâcher à mi-voix au milieu de tous ces « non » qui lui martelaient le crâne.

Le sang battait trop fort à ses tempes. Il se sentait mal. Il allait…

- Ça aurait dû être notre bébé…

Oui. Dans un autre monde. Dans un passé autre que celui qui était le leur, Libertée n’aurait pas perdu leur enfant. Il serait devenu père et il aurait su protéger sa famille. Sa famille… Mais cet enfant ? Celui qu’il avait vaguement aperçu entre les bras du Rêveur ? Cet enfant pouvait-il vraiment être son fils ?

- NON !! cria-t-il en se prenant la tête entre les mains.
- Hé ! fit la voix de Nwëlla dans son dos. On va à Fériane. Naïs nous a laissé un mot.

Gil rouvrit les yeux et son regard croisa celui de Libertée. Ça aurait dû être notre bébé, avait-elle regretté. Et lui ? Qu’en pensait-il ? Ses poings se serrèrent. De colère ou d’impuissance, lui-même l’ignorait. Et entre la marchombre et lui, il y avait à présent ce drôle de mur, barrière d’émotions contradictoires, de regrets et d’incompréhension franche qui les séparait. Comme un automate, il leva la main et ses doigts crochetèrent doucement ceux de Libertée. Et, sans un mot, il l’entraîna à sa suite.



*




- C’est vous, Gil ?

Existait-il une question plus simple ? Certes non. Et pourtant, Gil resta planté devant le Rêveur, incapable de dire ou faire quoi que ce soit. Dans son dos, Nwëlla fronça les sourcils. Son inquiétude à l’égard de son ami ne cessait de grandir : depuis qu’ils avaient quitté le village – étape pour venir ici, Gil s’était enfermé dans un mutisme que Juhen lui-même n’avait pas su faire voler en éclats. Quelque chose clochait, elle en mettrait ses deux mains à couper sans hésiter… mais quoi ?

Moryqane hocha doucement la tête. Il était habitué à ce genre de réaction et, au vu des circonstances, il n’était guère étonné de voir débarquer toutes ces personnes, dont cet homme au regard voilé par l’incompréhension. Et le déni. Une réaction typique. Celle de la jeune maman l’était moins et pour cette raison, le Rêveur prit le temps de détailler l’inconnu qui restait immobile devant lui. Grand et svelte, il avait le visage rude et l’air bourru mais la façon dont il tenait la main de cette femme dans la sienne témoignait d’une vraie et belle tendresse ; ses yeux vairons clamaient son identité et un bref sourire passa sur les lèvres du Rêveur.

- Votre amie est arrivée avant vous, dit-il en prenant soin de choisir ses mots. Elle se trouve dans la pièce d’à côté.
- Et mon… et l’enfant ? fit Gil en serrant plus fort la main de Libertée dans la sienne.


Cette fois, Moryqane s’abstint de répondre. Au lieu de cela, il fit signe à Gil de le suivre et s’éloigna en sifflotant un air qui n’était pas inconnu à l’envoleur, mais dont l’origine lui échappait. Gil interrogea ses compagnons du regard.

- Suis-le, proposa alors Atal. On va retrouver Naïs. Tu viens, Libertée ?

Accordant le geste à la parole, Atal, glissa un bras amical autour des épaules de la marchombre. Gil lâcha sa main à regret mais lorsqu’il croisa le regard du frère de Naïs, un remerciement silencieux brillait dans ses yeux. Sans plus attendre, il s’engagea à la suite du Rêveur qui l’attendait au détour d’un couloir. Tout en accordant son pas au sien, Gil jeta un coup d’œil à l’homme qui sifflait toujours son petit air. Jeune, le crâne rasé, il avait quelque chose de familier qui agaçait Gil et le rassurait tout à la fois.

- Tu ne te souviens pas de moi, n’est-ce pas ?
- Je…
commença Giln embarrassé, mais le Rêveur l’interrompit en levant la main.
- Tu es toujours en train de veiller sur elle. Tu as réussi à atteindre Al-Poll et à la sauver ; cette fois-là, je n’y étais pas pour grand-chose…
- Al-Poll…
répéta Gil, et son regard s’éclaira soudain. Toi ! Tu es le Rêveur qui a soigné Naïs, celui dont Irhuin a vanté les talents sans nous cacher que tu étais encore en train de te former…
- Si ça peut te rassurer, je suis désormais un Rêveur certifié…
sourit Moryqane.
- Pour moi, tu l’es depuis ce jour-là.

La fierté se peignit un bref instant sur le visage encore juvénile de Moryqane, puis il s’arrêta devant une porte close et son visage devint grave.

- Gil, dit-il en se tournant vers l’envoleur, tu dois savoir que la vie est un cadeau. On ne choisit pas de naître, mais lorsque l’on vient au monde, on fait indéniablement partie de quelque chose. Et si ce n’est pas une famille, alors c’est que notre place est ailleurs…
- Je ne suis pas sûr de comprendre,
avoua Gil en baissant la tête.
- Oh, ça viendra…

La porte s’ouvrit.
Et Gil entra.

__________________________________________

"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



[Absent du 18/07 au 24/07]
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Ven 08 Mar 2013, 15:14

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Plus qu’une seule chose ne compte désormais, tandis que les pas de mes compagnons de toujours résonnent dans le long couloir froid – c’est certain, un jour, je finirais vraiment par détester les confréries de Rêveurs. Serrant mes doigts au creux de la main de Pan, je me raccroche tant bien que mal à la seule réalité qui semble ne pas s’écrouler. Visage totalement fermé, je tente de faire le vide dans mon esprit. En vain.

Tu es là…

Courant aussi vite que le lui permettent ses jambes, Seth se jette contre moi, la tête posée contre ma poitrine, il entoure ma taille de ses bras. Durant de longues secondes, ma main libre se perd dans les cheveux de mon fils, homme enfant que je ne sais pas toujours protéger comme il le faut. Je m’imprègne de son odeur de miel, trouvant là quelques maigres forces. Et nos cœurs battent à l’unisson. Le soupir de Nwëlla brise le silence quasiment religieux qui règne. Je rêve, ou cela ressemble à de la compassion ? Eh, mais c’est moi qui viens d’avoir un enfant dont j’ignorais l’existence alors qu’il grandissait sans que je ne le sache depuis six mois. Six longs mois. Je me fous de sa compassion ! Juhen fait craquer ses doigts nerveusement, comme angoissé ! Comme si j’avais besoin qu’il s’inquiète à ma place ! À ce que je sache ce n’est pas lui qui a mis au monde un gosse qu’il n’est même pas sûr de pouvoir protéger de la folie pure de Samoan, plus dangereux que jamais depuis que son frère et son père sont morts. Même pas certain non plus que le père n’ait pas purement et simplement décidé de mettre les voiles, pour ne plus jamais revenir. Et Libertée, fermement soutenue par mon frère, semble retenir vaillamment ses larmes. Par la sainte culotte de l’Empereur ! Si j’en comprends la raison, cela m’exaspère tout autant ! Oui, ce gamin est celui de Gil, non ce n’est pas le sien à elle ! Croit-elle que j’en voulais ?! Sûrement pas ! Cet enfant, c’est terrible comme il me confronte à mon passé. Un passé que j’aurais voulu oublier, un jour ! Un passé dont elle n’a même pas idée à quel point il est sombre. Douloureux. Mais maintenant que ce bébé est là, je suis perdue. Pour la première fois de ma vie, je suis parfaitement incapable de prendre une décision. D’avancer. Pour une mère, cela pourrait paraître simple pourtant : jamais une femme n’abandonnerait son propre enfant. Mais voilà, dans ma tête c’est déjà bien trouble. Et ma vie, trop dangereuse pour un être sans défense. C’est simple et compliqué à la fois. Je veux tellement le garder ce petit, mais à la fois je ne veux pas. Je peux le garder et la fois, je ne peux pas. Alors ? Qui doit pleurer après cela ? Une sourde colère bouillonne dans mes veines et Seth doit le sentir car il se détache lentement de moi. Mon amie Envoleuse esquisse un pas en avant.

- « Naïs, tu… » commence-t-elle avant que je ne la coupe net.
- « Nwëlla, tais-toi ! Juste tais-toi ! »

Mon ton sec et pourtant dénué d’agressivité semble figer tout le monde sur place. Mais pas le Rêveur qui se poste derrière nous d’un pas léger. Un simple raclement clair de la gorge lui permet de retenir notre attention à tous. Je me retourne sans prononcer un mot, rapidement imitée par Pan et Seth tandis que les autres se rapprochent imperceptiblement, eux aussi. Évidemment, ils attendent des nouvelles de la santé du bébé. Aussi, je soupire, résignée.

- « J’imagine que vous voulez voir l’enfant ? Il est encore très faible, mais c’est possible quelques minutes… »

De longues secondes de silence s’écoulent. Mon cœur bat à tout rompre. J’ai presque l’impression qu’il va littéralement exploser dans ma poitrine. Doutes. Lentement, je hoche la tête de gauche à droite dans un signe de négation. Les mots restent toutefois coincés dans ma gorge encore une poignée de seconde, juste un fragment de temps.

- « Non ! » voulais-je hurler, ne parvenant qu’à sortir presque qu’un chuchotement.

Pan serre ma main.

- « Oui »

Seth s’agrippe à mon bras.

- « Je… »

La porte grince sinistrement. Et si Pan ne m’avait pas tirée doucement, je crois que j’aurais tout bonnement été incapable d’esquisser un seul pas, parfaitement figée sur le seuil. Aussitôt, un petit chouinement presque inaudible me parvient. Seth a lâché ma main, sans que je ne puisse le retenir, pour se précipiter vers la source du bruit. Je ne sais pas trop si c’est parce que d’un seul coup la réalité devient plus concrète, mais je me sens vaciller dangereusement. Comment ai-je pu ne pas sentir l’existence de cette petite chose ? Comment ai-je pu ne pas sentir qu’il grandissait en moi ? Comment est-ce arrivé ? Ah, ça ! L’explication est simple. Mais bizarrement, je ne regrette pas ces instants, car, sans que je ne sache véritablement pourquoi, Gil est le premier, avant Pan, qui a su redonner un sens à ma vie. La voix de Seth retentit dans la pièce alors que je n’ose me détacher de Pan.

- « Il est tout petit ! » lance d’un ton joyeux mais néanmoins impressionné.

Pas l’un d’entre nous n’esquisse le moindre mouvement. Seul mon fils détourne son regard de la petite chose à l’aube de sa vie pour oser braver tous ces visages sombres, tristes ou fermés. Et la main qu’il passe dans ses cheveux indisciplinés témoigne de sa franche et naïve incrédulité. Malgré sa maturité d’adulte, il encore l’innocence d’un enfant ce qui me rend souvent admirative. Il semble content. Il est heureux, juste heureux de retrouver un frère injustement arraché bien trop tôt. Profondément heureux d’avoir de nouveau un frère sur qui veiller. Alors il ne comprends pas pourquoi tant de tristesse ? C’est son petit frère, il faudrait se réjouir !

- « Bah ! Faites pas ces têtes ! Ce n’est qu’un bébé ! Il n’est pas si terrifiant… »

S’avançant lentement mais avec une détermination infaillible et glisse sa main dans la mienne dans le plus grand silence. Je n’ai pas la force de résister. Pas la force de dire non. Pas celle non plus m’effondrer. Alors je me laisse faire. Et il me guide à travers la pièce. Prenant mes doigts il les pose doucement sur une toute petite et minuscule main. Mon cœur rate un battement et un instant j’arrête de respirer lorsque de petits doigts fragiles serrent mon index de leur faible force. Et mes dernières protections mentales s’effondrent !

Brisant soudainement la connexion qui venait de s’établir avec ce petit être, j’ai l’impression de manquer d’air. Je veux sortir. Je veux aller loin. Loin. Si loin. Tellement loin. Très loin d’ici. Vite ! La porte ! Dans ma précipitation, je manque de percuter Gil de plein fouet ! Par la sainte culotte de l’Empereur ! Gil ? Il est là ! Il n’est pas… Parti ? Il est resté ? Pourquoi je n’arrive plus à réfléchir ? Pourquoi je tremble ?

Tu ne pars pas ? Tu ne me laisse pas seule, hein ? Parce que là, c’est de tes lumières dont j’ai besoin Gil !
Question muette. Tellement évidente.

Pourquoi je me sens si mal ? Pourquoi je suis toute excitée aussi ? Pourquoi j’ai envie de crier ? De pleurer ? Pourquoi je me sens heureuse ? Enfer ! Les hormones ! Fichues hormones ! Incapable de retrouver une respiration normale, tout simplement dans l’impossibilité de me calmer, je parviens toutefois à faire un pas, puis deux en arrière afin de libérer le passage, avant de m’adosser au mur le plus proche, la tête entre mes mains, et de me laisser glisser tout contre jusqu’à me retrouver assise à même le sol, genoux repliés contre ma poitrine. Peinant à aligner deux pensées cohérentes, il ne me faut cependant pas longtemps pour trouver le mot parfaitement adapté à la situation.

- « On est… dans la merde… »

Et quoique nous décidions, c’est la seule certitude qu’il me reste…

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Libertée Iuaskallaphun
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 19 Mar 2013, 09:32

- Et mon… et l’enfant ?

Les doigts de Gil qui se serrèrent autour de la main de Libertée lui firent comme un électrochoc. Oui… Oui, c’était l’enfant de Gil, ce n’était pas le sien. Elle ne pouvait rien y faire. Oui, elle aurait préféré que cela soit le sien – et encore que… Non, elle n’aurait pas préféré que ce soit le sien. Non, elle n’aurait pas préféré que ce soit le leur. Elle s’était faite emportée par les émotions, qui étaient bien trop fortes et bien trop désordonnées dans son esprit.
Elle ne voulait pas que cet enfant soit le sien, soit le leur.
Elle voulait de leur enfant désormais, mais savait aussi que c’était un bien mauvais calcul. Elle n’allait même pas oser regarder Naïs en face, en réalité, et elle le savait bien. Elle n’en était pas encore capable, pas après les pensées meurtrières qu’elle avait eues après ce bébé, pas après… Pas maintenant. C’était juste inconcevable.
Alors, lâchant les doigts de Gil, elle le laissa disparaître derrière la porte, tandis que Atal la prenait par les épaules pour l’emmener plus loin.

Tout était si étrange…

Ils marchèrent pendant quelques minutes au travers des couloirs de la confrérie. La confrérie… Ce n’était même pas l’endroit qui se prêtait le mieux à ce qu’elle se calme, c’était certain. Et si elle s’enfuyait ? Cela aurait été tellement plus simple, et elle aurait pu réfléchir toute seule, et réparer tous ces morceaux d’elle qui s’étaient brisés. Ou peut-être réarranger tout ça.
Panser son âme.
Sauf qu’elle se le refusait. Elle ne voulait pas laisser Gil. Non pas par jalousie – et d’ailleurs, quand elle le réalisa, cela l’étonna elle-même – mais parce qu’elle avait peur pour lui. Il avait fui, lui, quand elle lui avait annoncé qu’elle venait de perdre son enfant. C’était peut-être l’espoir et la tristesse qui avaient fait cela ? Et là ? Que représentait ce bébé pour lui ? Pour l’instant, il avait du mal à l’accepter, preuve en était de sa réaction quand elle lui avait dit que c’était leur bébé, à lui et Naïs. Il avait complètement réfuté. Mais il pouvait toujours changer d’avis… Croiser le regard d’un enfant, cela changeait toujours beaucoup de choses…

- Ne t’inquiète pas. Il a bien évolué…

Tournant son regard encore perdu vers Atal, Libertée poussa un long soupir, entrecoupé d’un hoquet.

- Il reste Gil, non ?

Le silence lui répondit. Mais Libertée ne s’en offusqua pas, et n’y réfléchit pas vraiment non plus. Elle avait besoin de parler…

- Tu sais, j’ai perdu un bébé de Gil il y a quelques mois. Je pensais que ce n’était pas grave, que cela valait mieux que ça soit ainsi. Et surtout, je pensais que ça allait mieux, même si les premiers temps furent difficiles. Sauf que… Sauf que le destin est farceur, hein…

Relevant le menton, Libertée poussa un soupir.

- Ironie du sort. Je savais que Gil voyait Naïs, il m’en avait parlé. Et puis, d’autres m’en ont parlé, une certaine Lacrya par exemple… J’ai été jalouse, et puis je ne l’ai plus été. Après tout, je suis comme lui. Mais au moment où tout commence à se poser, à être plus clair, une histoire naît encore – sans jeu de mots. Décidément, en effet, il attire les ennuis à la pelle… !

Quand elle tourna la tête vers Atal, Libertée décela une ombre de sourire sur le visage du frère de Naïs. Pourquoi souriait-il ? Parce qu’elle parlait trop ? Parce qu’elle se confiait à lui, qu’elle ne connaissait qu’à peine ? Elle était de ce genre-là, oui, à se fier à ceux qui n’étaient pas des ennemis. Et encore… Elle pouvait se fier même à un envoleur ! A des envoleurs !
Pourtant, elle était certaine d’être marchombre jusqu’au bout des ongles, et jusqu’à la pointe des cheveux.

L’équilibre est si fragile…

Et quand enfin ils rentrent finalement dans la chambre où se trouve Naïs, Libertée retient son souffle – mais pas ses larmes. Plus de larmes à verser, simplement cette boule dans sa gorge, dont elle ne sait pas quoi faire. Apparemment, Naïs est perdue, peut-être autant qu’elle. Peut-être plus qu’elle. Un enfant… Un bébé ! Ce n’est qu’un bébé, et déjà il génère tant de turbulences, à peine né, que cela pourrait en être parfaitement désastreux.
Pourtant…
Pourtant, Seth se jette le premier dans la salle, pour s’approcher du petit être. Il semble respirer normalement, et l’enfant a une voix joyeuse, et empreinte d’admiration. Libertée ne peut s’empêcher de plisser les yeux.

Le bébé bouge.
Le bébé respire.
A la limite de la suffocation, elle ferme les yeux et prend une grande inspiration.
Dans la pièce, elle entend Naïs s’approcher du petit, et soudain une formidable énergie se déploie et Libertée ouvre les paupières vivement. L’envoleuse s’est éloignée précipitamment du bébé, et s’est arrêtée dans le couloir. La marchombre ne bouge pas.

Son regard cherche celui de Gil. Et alors que tous sortent de la pièce pour s’approcher de Naïs, Libertée ne bouge pas. Puis, lentement, son regard se tourne vers le nourrisson, qui secoue légèrement la tête. Il manque de forces, mais c’est normal, après tout. Elle s’avance, légère, vers le berceau dans lequel il est allongé, et son index caresse l’intérieur du coude du bébé. Puis sa joue.

- Ne t’inquiète pas. Tu as tout pour être heureux, petit bonhomme…

Un soupir franchit ses lèvres, et elle fait volte-face. Ses grands yeux roses se posent sur le rassemblement d’envoleurs en tout genre qui est réuni dans le couloir, et elle prend une grande inspiration. Passant au milieu, elle se contente de poser une main légère et éphémère sur l’épaule de Naïs.
Son regard croise celui de Gil.

* Je t’aime, Gil. Malgré tout…*

Et elle sort.
Déterminée à ne pas se retourner.


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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mer 27 Mar 2013, 10:14

Ils sont là.
Ils arrivent.
Ces six compagnons qui étaient aussi là pour sortir Naïs de chez ces Mentaïs. Que faire de plus ? Que dire ?
Alors que Seth se jette dans les bras de sa mère, le regard de Pan croise celui de Juhen. Le géant est comme figé, tout ce qu’il se passe autour de lui semble l’ébranler au plus haut point. Que dire ?

Quand Nwëlla ose enfin ouvrir la bouche, elle se fait rembarrer sèchement par Naïs, et Pan pousse un léger soupir.

- J’imagine que vous voulez voir l’enfant ? Il est encore très faible, mais c’est possible quelques minutes…

Pan serre la main de l’Envoleuse. Il l’encourage silencieusement, alors qu’elle hésite, qu’elle ne sait sûrement plus sur quel pied danser. Sa voix se tend, monte légèrement dans les aigus, et pourtant il ne lâche pas sa paume chaude, qu’il sent contractée elle aussi. Tandis que la porte finit par s’ouvrir dans un léger grincement, Pan décide de pousser légèrement Naïs.

L’enfant est dans la pièce.
Moins d’un enfant, ce n’est après tout qu’un nourrisson de quelques heures.

Il est magnifique. Pan n’a jamais vu un bébé aussi joli, de toute sa vie. Peut-être parce qu’il n’a jamais vu de bébé humain de près, mais dans tous les cas il reste figé par la stupéfaction, car les yeux de l’enfant ont vraiment la couleur dont le Rêveur avait parlé. Pour les bébés de sa propre espèce, on pouvait deviner la couleur des yeux en observant de près, mais ils naissaient avec les yeux majoritairement gris.
L’ambre et le marron des yeux du nourrisson étaient saisissants.

Seth s’émerveillait d’ailleurs devant lui, et si Pan n’avait pas tenu la main de Naïs, si l’instant n’avait pas été si grave, il aurait eu exactement la même réaction. Il se serait précipité un peu plus près, pour l’observer, effleurer la peau de ses bras et s’amuser à voir ses petits doigts se serrer autour de son index.

- Bah ! Faites pas ces têtes ! Ce n’est qu’un bébé ! Il n’est pas si terrifiant…

Une esquisse de sourire étire les lèvres de Pan, tandis que Seth parvient à sortir Naïs de sa léthargie et à la faire s’avancer vers le nourrisson. Le bébé. Son bébé.
Mais tout se passe très vite. A peine le contact fait, l’Envoleuse fuit déjà, manque de percuter Gil et de l’envoyer sur le sol. Elle arrive toujours cependant à trouver la porte et à sorti dans le couloir, puis à se laisser glisser le long du mur.

Malgré lui, Pan ne parvient pas à détacher son regard de Libertée, qui vient de s’avancer vers le nourrisson. Il ne peut s’empêcher de l’admirer se pencher vers lui et de lui caresser la joue avec une tendresse infinie. Il ne comprend pas ce qu’elle lui dit, et soudain elle se retourne et passe, déterminée, dans le couloir sans s’arrêter. Pan n’a même pas eu le temps de voir qu’elle avait déposé sa main sur l’épaule de Naïs, ni qu’elle avait cherché le regard de Gil. Il se pose simplement LA question.

Mais qui est Libertée ?
Elle passait presque du rire aux larmes. C’était aussi une guerrière d’exception, elle dégageait cette énergie rayonnante si spéciale ; elle aimait Gil et pourtant ne semblait pas en vouloir à Naïs d’avoir fricotté avec lui, et d’avoir un bébé. Pourtant, toutes les femmes qu’il connaissait, sans exception, auraient été vertes de rage voire sanguinaires. Mais elle partait, grave et légère à la fois, comme si soudain elle…

Qui est Libertée ?

Pan cesse de se poser la question quand son regard tombe sur Naïs.
Poussant un soupir, il s’avance vers l’Envoleuse, et glisse ses larges doigts dans ses cheveux. Puis, sa main descend sur son épaule, effleure son bras et son avant-bras pour enfin venir serrer ses doigts.

- Je sais que tu n’es pas forcément de cet avis, mais ça va aller, Naïs. Nous sommes là.

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Lun 08 Avr 2013, 22:52

La porte s’ouvrit.
Gil entra… et reçut Naïs dans les bras. Parce qu’il ne s’y attendait pas le moins du monde et ne s’était donc pas préparé à cela, l’Envoleur eut le réflexe de refermer les bras sur elle. Quelque secondes à peine, le temps de mesurer l’immensité de son bouleversement, puis il pensa à Libertée et eut cet infime mouvement de recul ; imperceptible au regard de l’univers, il fut limpide pour celle qui ne voyait pas avec ses yeux mais avec son cœur. Impuissant, Gil laissa Naïs s’écarter de lui comme s’il avait la peste, puis s’enfuir dans le couloir. Il ne chercha pas à la rattraper, persuadé de ne pouvoir qu’envenimer la situation. Il n’entra pas non plus. Coincé sur le seuil de la pièce, aux portes de l’inconnu, il attendait quelque chose, un signe, peut-être…

Une main se glissa dans la sienne. Chaude, amicale et rassurante : la main de Nwëlla. Blessée par la réaction violente de Naïs, elle se sentait le besoin de faire quelque chose d’utile ; en apercevant Gil, debout et immobile à l’entrée de la pièce, elle avait réalisé à quel point il avait besoin d’aide et s’était avancée naturellement vers lui. Sortant brutalement de sa torpeur, Gil battit des paupières et baissa les yeux sur leurs doigts entremêlés. Enfer, Nwëlla ! Tu comptes cesser de me surprendre un jour, dis ? S’il savait qu’il la surprenait au moins autant, rien qu’en lui souriant à demi, Gil se torturerait sans doute beaucoup moins l’esprit… L’Envoleuse sourit à son tour et l’entraîna à sa suite. Il se laissa conduire à la manière d’un pantin désarticulé, totalement dénué de volonté propre. Mais s’il pensait être un légume en cet instant précis, il se trompait plus que jamais !

Car dès lors que son regard se posa sur la petite chose enveloppée dans une couverture pastelle, son cœur cessa de battre et son cerveau de fonctionner normalement. Littéralement. Il sentit juste sa mâchoire se décrocher et ses doigts lâcher ceux de Nwëlla. Chaudement emmitouflé, le nourrisson dormait, récupérant des forces après cette naissance inopinée et un peu trop avancée. Alors c’est toi ? songea Gil en faisant un pas en avant. Bon sang ! Tu tiendrais à peine dans ma main… Pour s’en convaincre, il posa la main près du nouveau-né. Gagné. Intrigué, Gil s’enhardit jusqu’à effleurer du bout de son doigt le minuscule poing serré du bébé. Son cœur s’emballa immédiatement. Pourquoi j’ai des fourmis dans le ventre, moi ?? Fronçant les sourcils à cette drôle de sensation, il leva les yeux pour voir Libertée se pencher à son tour sur le nourrisson. Comme lui, elle caressa la petite peau fripée d’un doigt tendre et léger.

- Ne t’inquiète pas. Tu as tout pour être heureux, petit bonhomme…

Gil regarda le bébé frémir dans son sommeil et eut cette incroyable impression de sentir le monde entier retenir son souffle en attendant qu’il se rendorme. Il finit par se rendre compte que c’était simplement lui qui avait retenu sa respiration et sentit ses joues s’empourprer à cette idée. Oh, bon sang ! Lui, Giliwyn SangreLune, fils du Chaos et de l’Harmonie, enfant d’une tragédie devenu brute à l’état pur, était en train de rougir devant un bébé ! Il était tellement abasourdi par cette révélation qu’il ne faisait plus du tout attention aux personnes présentes dans la pièce.

- Tu as vu ça ? murmura-t-il à l’attention de Libertée.

Son absence de réaction lui fit lever la tête. Et là, Gil constata son absence tout court. Libertée n’était plus là. Elle était partie. Mais depuis quand ?? Devinant sa question muette, Atal, appuyé contre le mur du fond, secoua légèrement la tête. Il était venu jusqu’ici avec elle, mais il n’avait rien pu faire pour la retenir. A côté de lui, Nwëlla se mordait la lèvre pour ne pas pleurer. Juhen lui-même avait l’air assommé et regardait dans le vide. Seul Seth semblait étranger à la tristesse ambiante qui régnait dans la pièce ; émerveillé, il observait le souffle apaisé de la minuscule petite chose – son petit frère ! – et n’avait pas conscience qu’en cet instant, l’on enviait la bulle de bonheur dans laquelle il gravitait. Indécis, Gil regarda la porte restée entrouverte, puis le nourrisson, puis de nouveau la porte. Et encore une fois, ce fut Nwëlla qui l’aida à se décider.

- File ! On reste là avec le petit, ne t’en fais pas. Rattrape-là, Gil.

Il fonça. Se rua dans le couloir qu’il remonta à toute allure, bousculant quelques Rêveurs au passage et ignorant leurs protestations outrées ; il courait comme s’il avait tout le peuple Raï collé aux fesses. Surgissant dans le hall, il franchit en trombe les doubles portes et déboula dans la cour extérieure de la Confrérie.

- Libertée !!!


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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 09 Avr 2013, 14:13

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Tout se mêle, s’entrechoque et se bouscule sous mon crâne. J’ai la désagréable impression qu’il peut exploser d’une minute à l’autre. Et tandis que le temps semble s’arrêter, je peine à ordonner mes pensées correctement. C’est trop ! Bien trop d’un seul coup ! Cette toute petite chose – si petite, si minuscule – là, dans son berceau, je l’ai senti serrer dans son petit poing mon index de toutes ses maigres forces. Comment expliquer alors toutes sensations ? Tellement d’émotions contradictoires roulées en boule dans ma gorge et dans mon ventre. Et cette envie de rire et de pleurer à la fois me tiraille de partout. Je dois ressembler à une folle, assise dans le couloir contre un mur, comme si je portais sur mes épaules toute la misère du monde. N’importe quelle femme, à ma place, serait emplie d’une joie indicible d’avoir un enfant. Un tout petit bébé. Mais avec un passé comme le mien…

Alors que tous semblent réaliser peu à peu l’ampleur de la situation autour de moi, je refoule une vague de souvenirs douloureux. Inspirant profondément, je tente de faire le vide en moi. Seth, penché au-dessus du berceau, chuchote à voix basse des choses rassurantes à son petit frère et nouveau compagnon de jeux. Il est le seul qui ne semble pas affecté par le bouleversement général. Juhen a fini par me rejoindre dans le couloir. Par le slip de Merwyn répète-t-il à intervalle régulier tandis qu’il fait les cent pas un peu plus loin, comme profondément chamboulé. Nwëlla, telle que je la connais, a ce besoin impérieux de se rendre utile – sa façon à elle d’assimiler cette brusque nouvelle. C’est pourquoi elle vole au secours de Gil qui semble incapable d’esquisser le moindre pas, bloqué au seuil d’un nouveau monde. Comme un courant d’air frais, elle ses premiers pas sur cette bifurcation que prend sa vie. J’ai été un peu trop dure avec elle tout à l’heure. Mais ce qui m’interpelle le plus, c’est indéniablement la réaction de Libertée. Lorsqu’elle s’approche du berceau du bébé, au centre de la pièce, lui prodiguant une douce caresse et quelques mots qui sonnent comme une bénédiction, je me fait la réflexion silencieuse que décidément, cette fille est étonnante. Nulle rancune dans sa voix, nulle colère dans ses gestes. Et quand sa main se pose sur mon épaule je relève la tête et reste figée un moment.

Jusqu’à ce que Pan s’approche doucement de moi, replaçant ainsi une mèche rebelle derrière mon oreille, caressant mon visage, me faisant relever le menton, et prenant mes doigts fins dans ses grandes mains chaudes et rassurantes. Sa voix s’insinue dans ma tête, circulant dans mes veines et mon cœur. Etrangement, ce n’est pas nécessairement le fait d’être à nouveau abandonnée qui m’effraie le plus – car j’ai assez confiance en eux tous pour être présents, plus que jamais – mais plutôt la perspective de ne pas être à la hauteur. Ne pas savoir protéger ce petit bonhomme, ce bout de moi, de Gil, qui vient bouleverser tous mes plans sans ménagement. A m’efforcer de trop bien la cacher, la mort de Morgan de vieilles craintes plus tenaces encore que la peur d’être délaissée. J’ai trop perdu de proches et ça fait trop mal. Leurs fantômes me hantent.

Instinctivement, je resserre mes doigts autour de ceux de Pan. La réaction de chacun ici me fait réaliser que, à nous tous, nous possédons une vraie et belle force : l’amour. Et le battement régulier de mon cœur, déjà plus léger semble me le confirmer. Alors, pour la première fois depuis plusieurs longues heures, un léger sourire timide se dessine sur mes lèvres. Enfin, cela ne résout toujours pas le problème du comment je vais bien pouvoir m’occuper de cette petite chose qui ne demande qu’à vivre, d’autant plus que je suis tout de même souvent sur les routes. Et que ne considère aucun de ceux qui m’entourent comme une nourrice. Ils sont Envoleurs, guerriers, Thül et Marchombre mais jamais ils n’ont fait face à un bébé et ont bien d’autres chats à fouetter que de s’occuper d’un nourrisson. Ma sœur, sa petite Opale n’a même pas un an. En plus, à cause de moi, elle a dû fuir d’Al-Chen avec Reni pour ne pas être retrouvés par les Mentaïs au service de ce malade de Samoan – trop risqué donc de leur confier le petit. Soupirant, je secoue la tête avant de me redresser souplement sur mes genoux, me rapprocher lentement de Pan – près, si près que je peux désormais sentir nos deux souffles s’entremêler imperceptiblement – et déposer un baiser léger sur ses lèvres pour toute réponse.

Je sais.
Je t’aime.
J’ai juste besoin d’un peu de temps pour assimiler l’énormité de… tout… tout ça.


Une véritable flèche fuse soudain dans le couloir tandis que la voix de Nwëlla s’élève en me faisant réaliser l’absence de Libertée qui était partie sans se retourner. A l’aide de l’Envoleur aux cornes, en moins d’une seconde je suis déjà sur mes deux jambes, à me demander si je dois rattraper Gil et Libertée ou non. Parce que bon, connaissant bien l’éloquence de ce premier avec les femmes, il risquerait fort de la faire fuir pour de bon. Mais si j’y allais, que pouvais bien lui dire ? Que je suis désolée ? Alors que j’ignorai l’existence de ce petit jusqu’à hier encore ! Non ça sonnerait faux. Et comme si je l’avais voulu d’abord ! Alors que pèse le pour et le contre, je me souviens subitement d’une petite amulette que je détiens de ma défunte mère. Louanne m’en avait expliqué la signification autrefois. Moi-même j’en possède une, toujours accrochée à ma ceinture à côté de celle qui appartenait à Imaëlle. Un symbole de vie. L’arrivée d’un Rêveur peu avenant qui met tout le monde dehors nous oblige à avancer. Décrochant le bijou de ma ceinture, je suis désormais persuadée d’une chose : la signification de celui-ci ne pouvait que lui redonner le sourire.

- « Atal ? » interpellais-je toutefois avant de filer à mon tour.

De longues secondes de silences s’écoulent, presque équivoques.

- « Bonne idée. Mais, tu es certaine de vouloir t’en séparer ? » répond-il comme s’il lisait dans mes pensées. En vérité, il me connaît tellement bien que c’est presque le cas.

Un simple hochement de tête et déjà je me détache de Pan. A peine je disparais dans le couloir que j’entends déjà Atal révéler la signification de cette petite amulette à Juhen, Nwëlla et Pan qui doivent sembler complètement ahuris de ma réaction soudaine. Symbole de vie, de protection – protection de la famille – qui accompagne la femme tout au long des étapes importantes de sa vie. Selon les croyances de mon île natale sa magie est très puissante.

Me voilà donc à courir dans les couloirs de la confrérie pour tenter de rattraper une fille que je connais depuis trois jours à peine. Rectification : deux jours et une nuit. Curieuse situation. Je bouscule quelques Rêveurs mécontents au passage. Et ai finalement tôt fait de retrouver les deux amants dans la cour d’entrée, apparemment en pleine discussion. Ne cherchant pas à dissimuler ma présence, je pose une main sur l’épaule de Gil avant de m’avancer sans un mot vers la marchombre. Hésitant un instant, je glisse ma main dans la sienne en espérant qu’elle se laisse faire, et l’entraîne quelques mètres plus loin. Sans lâcher la main de Libertée, je me plante devant elle et y dépose en silence la petite amulette que je tenais dans mon poing fermé. Prenant une longue inspiration je lève le menton.

- « Ca appartenait à ma mère, autrefois. Je ne l’ai jamais connue »

Soupirant, je marque une courte pause.

- « Les croyances de mon île natale lui attribuent un puissant pouvoir de protection de la famille. Il accompagne la femme tout au long des étapes importantes de sa vie »

M’autorisant un peu d’humour, je continue.

- « Je suis pas tout à fait certaine que cela marche vraiment, surtout dans mon cas, mais c’est sa symbolique qui est vraiment importante »

Je recule lentement d’un pas, prête à laisser Libertée si elle le voulait vraiment.

- « Quoi que tu décides, n’oublies pas de revenir… »

Quelques pas résonnent sur les pavés de la cour. Ceux d’un enfant, d’un Thül et j’en jurerai de deux Envoleurs accompagné d’un redoutable guerrier. Et maintenant ? Eh bien, par la sainte culotte de l’Empereur, pour commencer, je dirai que j’ai quand même besoin d’un verre, ne serait-ce que pour assimiler le choc, plutôt brutal il faut bien l'avouer, de la naissance de ce petit bout !

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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mar 09 Avr 2013, 17:40

Elle devait partir.
Pour panser ses blessures, pour panser son cœur et son âme, et aussi peut-être ces quelques estafilades superficielles. Elle n’avait pas à être encore longtemps dans les pattes de Naïs et de Pan, de Nwëlla, Atal, Juhen et Gil. Elle n’était pas certaine qu’elle avait une place, au milieu d’eux.

Et à vrai dire, c’était vraiment la première fois qu’elle se posait une telle question.
Jamais elle ne s’était demandé si elle était à sa place. Pour elle, tout avait toujours été beau, surprenant, étonnant, mais pas repoussant ou déstabilisant de cette manière un peu… mauvaise pour elle. Elle n’était pas du genre à se poser ces questions assez stériles en soi, et laissait volontiers cela aux sages trop cognitifs pour elle. Sauf que là, c’était prenant, cela lui avait sauté à la gorge et au visage sans prévenir.
Dur et cassant à la fois.
Alors, elle n’avait pas la réponse. Mais, étrangement, elle n’avait pas envie de la connaître. Elle n’avait pas peur de cette réponse, mais préférait être en suspens dans l’atmosphère, la recevant sans en prendre réellement part. Ce n’était pas son bébé, il n’y avait que cela à retenir. Ce n’étaient pas ses compagnons, même si elle se battait avec eux depuis deux jours.
Et Gil, s’il était celui qu’elle aimait, avait d’autres chats à fouetter qu’elle. Il avait un bébé. Un bébé, dont il faudrait s’occuper. Trouver une solution pour ce bout d’homme qui venait de naître.
Et Gil, s’il était celui qu’elle aimait, pouvait changer d’avis, ne pas la suivre, continuer son chemin sans elle. Après tout, qu’est-ce qu’une femme ou un homme dans une vie ? Elle pourrait sans doute s’en remettre, un jour ou l’autre. Sans doute que cela prendrait beaucoup de temps – cela prendrait énormément de temps – mais elle se connaissait et savait panser ses blessures, de quelque ordre que ce soit. Elle n’avait jamais eu aucun blocage, et cela n’allait pas commencer…
Même si cela avait commencé, avec ce bébé. Mais cela allait mieux, non ?

Inspirant une goulée d’air, sentant son diaphragme se contracter, la boule dans sa gorge grossir et ses yeux s’humidifier – encore ! – elle secoua la tête et se passa une main sur le visage, repoussant ses cheveux dans son dos.


- Libertée !!!

Elle suspendit son pas. Son geste. S’immobilisa complètement une seconde, avant de se demander si elle devait continuer son chemin ou s’arrêter et attendre. Hors de question de se retourner, cela ne ferait qu’envenimer la situation dans sa tête. Elle voulait partir, elle avait besoin de se retrouver. Si Gil venait avec elle, elle n’avait rien contre, mais elle ne voulait pas rester près de ce bébé. Mais Gil faisait ce qu’il voulait.

Sentant les doigts de l’Envoleur se poser sur son épaule, la marchombre prit une inspiration. Arrêtant complètement son geste, elle ramena son talon contre l’autre, et baissa le menton.


- Gil…

Elle ne voulait rien dire de plus, et sa voix légèrement éraillée laissait deviner tous les sentiments qui s’entrechoquaient dans son crâne. Son regard resta obstinément fixé sur le sol, et elle resta silencieuse, attendant quelque chose.
Attendant quoi ?
Elle-même ne le savait pas. Elle attendait qu’il se passât quelque chose. Elle attendait de voir ce qu’allait dire Gil.
Elle attendait.

Jusqu’à ce que ce soit la main de Naïs qui se mêle à la sienne, et qu’elle l’entraîne un peu plus loin alors qu’elle était toujours dans cet état second.
Libertée n’avait aucune rancœur. Elle n’était pas fate pour être rancunière.
Mas une immense chape de tristesse l’enveloppait, la prenait dans ses bras et semblait lui dire « Allez, viens pleurer avec moi ».


- Ca appartenait à ma mère, autrefois. Je ne l’ai jamais connue

Ouvrant la paume, Libertée découvrit que Naïs y avait déposé une sorte de petite boite décorée. Elle n’avait aucune idée de ce que c’était, et pourtant ne leva même pas le regard vers l’envoleuse aveugle, alors qu’elle lui expliquait.

- Les croyances de mon île natale lui attribuent un puissant pouvoir de protection de la famille. Il accompagne la femme tout au long des étapes importantes de sa vie. Je suis pas tout à fait certaine que cela marche vraiment, surtout dans mon cas, mais c’est sa symbolique qui est vraiment importante. Quoi que tu décides, n’oublies pas de revenir…

Un soupir franchit les lèvres de Libertée, mêlé peut-être à un léger gémissement. Mais, malgré elle, elle hocha la tête en serrant le poing autour de la boîte de Naïs – une amulette.
Elle aurait voulu la lui rendre, ne pas la garder dans sa main, ou peut-être la jeter plus loin ; mais de tout cela, elle en fut incapable, se contentant de comprimer l’amulette entre ses doigts.

Tandis que Naïs recule d’un pas, Libertée s’autorise de lui adresser un léger sourire. Peut-être qu’elle ne le verra pas, mais sans doute qu’elle le percevra. Serrant les lèvres et les dents, la marchombre finit par lever son regard vers Gil.


- J’ai besoin de partir, Gil. Fais ce que tu veux.

Avalant difficilement sa salive, la marchombre prit une nouvelle profonde inspiration, ferma les paupières et se remit en route, passant tout prêt de Gil.
Elle avait aussi envie qu’il vienne, mais savait que c’était complètement idéaliste. Il se devait aussi de rester près du bébé.
De son bébé.


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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mer 10 Avr 2013, 16:21

Le baiser de Naïs le surpris totalement, et il resta interdit quelques secondes.
Puis, une formidable envie de la prendre dans ses bras, de la serrer tout contre lui, de la câliner doucement s’empara de lui. Il dut la réfréner car à ce moment précis, la voix de Nwëlla s’éleva dans les airs, pressante.

- File ! On reste là avec le petit, ne t’en fais pas. Rattrape-là, Gil.

Haussant un sourcil, Pan se demanda pourquoi Gil devait rattraper Libertée.
Si elle était partie, elle avait de bonnes raisons, non ? Doit-on absolument rattraper une femme qui s’en va ? Surtout qu’elle ne semblait pas fuir, mais simplement s’éloigner, sans doute pour son propre bien-être.

Un soupir franchit ses lèvres, tandis qu’il sentait près de lui Naïs qui semblait réfléchir, en tout cas elle hésitait elle aussi sur la conduite à tenir. Pourquoi se sentaient-ils tous obligés de partir derrière cette femme ? Pour tenter de la comprendre ? Parce qu’ils y tenaient réellement ? Peut-être qu’il y avait un lien, mais elle était assez grande pour savoir ce dont elle avait besoin ; et donc de s’éloigner si elle en ressentait le besoin.

Personne ne semblait cependant de son avis, car autant Naïs que les autres sortirent du couloir pour sortir, exactement du même côté que Libertée, et tous en courant plus ou moins. Dans un soupir, Pan se releva tout à fait pour les suivre à son rythme, pas en courant en tout cas.

Mais alors qu’ils se dirigeaient vers l’extérieur, Atal expliquait ce que voulait faire Naïs.
Une histoire d’amulette qui aidait à la femme qui la portait d’être accompagnée durant les étapes de sa vie. Rencontres, enfantement, tout ce qui composait une vie, en soi. Cela faisait toujours bizarre à Pan que ce genre de choses ne soit pas développées en Gwendalavir, car dans son monde chaque femelle avait des dizaines de gri-gri, amulettes ou autres objets fétiches apportant sérénité, bonheur et paix. Bracelets, colliers, bagues ou autres…

Observant les trois personnages de loin, Nwëlla à sa gauche et Seth accroché à son avant-bras droit. Lui aussi regardait la scène, assez cocasse quand on y pensait. Mais dans la réalité, c’était plein de promesses et d’avenir, en tout cas aux yeux de Pan.
Posant sa grande main sur le crâne de Seth, Pan attendit quelques secondes.

- Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi vous tentez de la retenir ?








[ Warf, hyper court mais là... vous faites vos trucs entre vous ! Razz ]

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Giliwyn SangreLune
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mer 10 Avr 2013, 21:31

Lorsque la marchombre s’arrêta au beau milieu de la cour, Gil laissa échapper un long soupir de soulagement. Dans son dos, les portes se refermèrent doucement. En les franchissant, il s’était laissé envahir par une gigantesque vague de panique ; il s’était revu à Al-Far, planté au milieu de la foule tandis qu’Anee disparaissait, le laissant seul. Et il avait eu peur. Mais Libertée n’était pas Anee. Libertée s’était arrêtée. Libertée était là. D’un bond, il fut derrière elle, avec cette énorme envie de l’enlacer et cette sourde angoisse de l’effrayer. Contenant ses émotions, il repoussa les longues mèches blondes, pour l’heure inoffensives, et posa la main sur l’épaule de la jeune femme. Il voulait qu’elle se retourne, qu’elle le regarde ; il voulait…

- Gil…

Il se figea, dans l’attente d’une suite qui ne vint pas. Une seconde, c’est hyper long dans un combat, avait dit un jour Kaünis. Dans une discussion, c’était encore pire. Il sembla à Gil qu’une éternité s’était écoulée lorsqu’une légère pression, sur son bras, lui fit tourner la tête. C’est toi, Princesse… Elle était épuisée. Emaciée, pâle à faire peur, Naïs Jol n’était plus que l’ombre de la fougueuse Envoleuse qu’il avait rencontrée par une chaude nuit d’été. Et il avait mal de se dire qu’il était en partie responsable de son état. Mais Naïs ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit. Glissant sa main dans celle de Libertée, elle entraîna la marchombre à l’écart et d’instinct, Gil sentit qu’il n’avait pas à les suivre.

C’était très étrange de les voir discuter comme si elles se connaissaient depuis toujours. Marchombre et Envoleuse, elles n’avaient rien des ennemis dont Gil s’était toujours fait la représentation mentale ; il avait encore du mal à ne pas se fier exclusivement au schéma qui avait été fatal à ses parents. Depuis que Libertée était entrée dans sa vie, tel un boulet de canon qui dévaste tout sur son passage, il reconnaissait néanmoins que ses plus grands principes avaient été ébranlés. Gil soupira. Le cœur lourd, il observait les deux jeunes femmes en se demandant s’il était réellement possible de s’éprendre à la fois de l’une et de l’autre, alors qu’il n’existait pas de personnes plus dissociables. Il aurait du faire son choix depuis longtemps, il le savait – et si seulement il n’avait pas eu la faiblesse de croire qu’il pouvait posséder à la fois Libertée et Naïs, tout cela ne serait jamais arrivé. Cet enfant ne serait pas né. Et il n’aurait pas poussé Libertée à s’en aller… Reste ! hurla-t-il en son for intérieur. Reste avec moi !

- J’ai besoin de partir, Gil. Fais ce que tu veux.

Le cœur de Gil se brisa en un million de morceaux.



*




- Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi vous tentez de la retenir ?

Seth cligna des yeux lorsque la grande main de Pan lui ébouriffa tendrement les cheveux. Comme sa mère, il avait appris à regarder le monde avec le cœur plutôt qu’avec les yeux.

- Parce que c’est notre amie, dit-il simplement, sans quitter la scène des yeux.
- Et parce qu’elle représente bien plus qu’une amie pour ce fils de Raï, renchérit Juhen, pour une fois aussi sérieux que ses compagnons.
- Si on ne l’aide pas un peu, il va tout foirer, ajouta Nwëlla, la mine sombre.
- Malgré la situation, on garde toujours un peu d’espoir, conclut Atal en souriant à Pan.

Lui seul ne fut pas surpris de voir Libertée s’éloigner, s’en aller pour de bon. En discutant avec la jeune femme, il en avait appris sur elle bien plus que s’il avait eu des mois pour faire sa connaissance ; il avait mesuré à quel point elle était amoureuse de Gil, à quel point elle le respectait et à quel point elle était heureuse – pour lui. Généreuse, elle était bien trop indépendante pour accepter l’idée d’être un poids, une gêne dans la vie de quelqu’un. Voilà pourquoi elle quittait la Confrérie. Voilà pourquoi elle quittait Gil. Voilà pourquoi Atal se contenta d’un hochement de tête.

- Elle s’en va ! s’écria Seth.
- Quoi ? Qu’est-ce qui cloche chez elle ?! explosa Juhen.
- Rien, mon ami, rit Atal en posa une main sur l’épaule du guerrier pour l’empêcher de se lancer aux trousses de Libertée. Pan a raison ; il faut la laisser partir. Nous avons fait ce que nous avons pu pour ces deux-là mais notre rôle, dans cette histoire, s’arrête ici !
- Pauvre Gil… murmura Nwëlla. La chance ne lui court pas après, ces derniers temps.
- Ni après Naïs, mais tout comme le vent, la chance tourne ! Pas vrai, Pan ?




*





Gil se passa une main sur le visage. Il était sous le choc. Cette journée avait commencé le plus simplement du monde ; il avait suffit d’un rien pour qu’elle tourne au cauchemar. Un tout petit rien qui dormait dans une chambre de la Confrérie… J’ai besoin de partir. Fais ce que tu veux. Il gémit. Que pouvait-il faire, à présent ? Que devait-il faire ? Se lancer à la poursuite de Libertée ? Rester aux côtés de Naïs et du bébé ? Sentant un regard sur lui, il se retourna et vit Pan, Nwëlla, Juhen, Atal et Seth qui l’observaient. Ils attendaient qu’il se décide. Il n’en fit rien. Après avoir jeté un coup d’œil à Naïs, qui était restée là où Libertée l’avait laissée, il traversa la cour et passa sans s’arrêter près du groupe avant de disparaître à l’intérieur de la bâtisse. Atal se mordit pensivement la lèvre inférieure, puis il donna un léger coup d’épaule à Pan.

- C’est à toi de voir, dit-il sans quitter sa sœur des yeux, mais je crois que tu devrais lui parler. Elle a besoin de toi.

Laissant Pan réfléchir à ses paroles, il s’approcha de Naïs et la prit dans ses bras.

- Lui aussi, il va partir, souffla-t-il à son oreille. Et tu dois le laisser s’en aller, comme il l’a fait pour Libertée. Mais tu dois prendre une décision quant à mon petit neveu surprise…

Il déposa un baiser sur le sommet de son crâne.

- Réfléchis bien, ne décide rien sur un coup de tête. Sache toutefois que Nwëlla et moi, nous serons là pour ce petit bonhomme, si nécessaire.

Il laissa la place à Pan et, avec Nwëlla, Juhen et Seth, rentra à l’intérieur.

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"Elle aura ma peau un jour, cette saloperie de destinée. Abruti de hasard même pas fichu de faire les choses correctement. Un jour... mais pas maintenant."



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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Jeu 11 Avr 2013, 20:19

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Un souffle, quelques mots, une seconde et je me retrouve seule, plantée au milieu de la cour. À vrai dire, je me doutais bien que Libertée partirait ainsi, sans se retourner. C’est pourquoi je ne la retiens pas. Et aussi parce qu’au fond de moi j’ai ce besoin pressant de fuir loin de cette réalité qui me fait terriblement peur. Juste cette envie de partir, sans m’arrêter. Me changer les idées, car là, elles restent obstinément accrochées à ce petit être qui dort paisiblement dans une chambre de la confrérie. Immobile face au vent, je le laisse jouer dans mes folles mèches sombres. Et lorsque l’immensité de la tristesse de Gil me parvient de plein fouet, je sens une drôle de boule me prendre à la gorge. Voilà où cela nous a mené, nos bêtises ! Ployant sous la force du chagrin mêlée à celle de la brise joueuse, je courbe légèrement les épaules et baisse mollement la tête. Quelques cheveux rebelles se glisse devant mes yeux, gênant mes cils quand je cligne des paupières. Croisant mes bras sur ma poitrine, je tente de vider mes pensées qui finiront par me donner une de ces migraines si cela continue.

Tu vas me laisser hein ? Comme il l’a fait avant toi !

Tristesse me susurre le vent tandis que j’inspire profondément. Désespoir crie-t-il un peu plus fort. Abandon hurle-t-il enfin. La colère m’étreint un court instant, pour disparaître aussitôt. Je suis bien incapable d’haïr Gil comme je hais Samoan. Pas la force ! Et de toute façon, je crois que me crever le cœur aurait à peu près le même effet en fait. Frissonnant je suis tentée de tout dire à voix haute : ma tristesse, mon désespoir, ma peur, ma haine, ma colère, tout ce qui empoisonne, lentement mais sûrement, ma vie depuis des années et que je garde pour moi depuis tellement longtemps. Mais aucun son ne sort, comme bloqué au plus profond de ma gorge. Comme je le pressentais, le pas de Gil s’éloigne, à la fois léger et lourd. Pas un au revoir, rien ! Je le savais ! Alors que tout en moi me crie de le rattraper, comme il l’a fait pour Libertée. Lui dire toute ma détresse, mes peurs. Pleurer. Crier. Hurler. Mais mon corps ne semble plus vouloir m’obéir correctement. Je suis juste incapable de me retourner et faire face à la réalité. Même plus la force de verser des larmes.

Je n’aurais pas la force d’affronter ça seule !

* *
*


Seule au milieu de la cour, je ne sais trop combien de temps il se passe jusqu’à ce qu’Atal m’enserre de ses bras rompant ainsi mon état à demi végétatif. Sans un mot, je me laisse faire, trouvant un léger réconfort contre l’épaule de mon frère. Ses mots mettent un temps fou à faire leur chemin dans le labyrinthe torturé de mon cerveau embrumé par les derniers évènements un peu trop brusques. Et de longues secondes de silences s’égrènent, presque interminables. Une décision. Atal me demande de prendre une décision. Mais qu’est-ce que j’en sais, moi, ce que je dois faire ? C’est à peine si je parviens à aligner deux pensées cohérentes, alors prendre une décision à propos de la petite catastrophe qui ne demande qu’à vivre, j’ai presque envie de rire. D’ailleurs je sens un léger sourire étirer le coin de mes lèvres et je dois me même me contenir du mieux que je peux pour ne pas laisser échapper un rire purement nerveux. Une douce caresse et un léger baiser sur mon front suffisent à me calmer presque instantanément, avant que mon frère ne se dégage de moi lentement pour retrouver Nwëlla, Juhen et Seth.

Et avant que Pan n’esquisse un pas pour s’approcher, je me laisse tomber à genoux, vidée. Juste vidée de mes forces. Glissant une main entre mes jambes, l’autre dans mes cheveux pour repousser une mèche rebelle avant que le vent ne s’en charge, je relève la tête vers Pan. Sa seule présence semble m’aider à ne pas dévisser complètement un boulon. Je soupire quelques secondes avant de rompre le silence la première tandis qu’une goutte de pluie, glacée, s’écrase sur ma peau.

- « Si tu savais tout ce que ce bébé faire remonter comme souvenirs… »

Une bruine gelée s’abat sur la Confrérie. Et dire que la journée avait si bien commencée, ensoleillée, elle promettait d’être bien joyeuse, baignée dans l’insouciance. C’est fou comme elle a pu tourner au cauchemar d’un seul coup.

- « … Tellement de choses que j’aurais voulu garder enfouies. C’est… C’est un peu trop d’un seul coup. »

Désormais trempés, mes cheveux gouttent dans mon dos. Et une seule question martèle mon crâne.

- « Pan ? Tu vas rester ou partir toi aussi ? »

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Lun 27 Mai 2013, 13:51

[ Yarf, hyper court et avec un temps de réponse beaucoup trop long... Désolée ]


Voilà. Libertée était partie. Et quoi que disent Atal, Nwëlla, Juhen ou même Seth, Pan est persuadé qu’il n’y avait rien de mieux à faire que de la laisser s’en aller.
Il pouvait deviner la surprise, la douleur, la souffrance dans l’attitude de Gil, et pourtant il ne peut pas le réconforter. Après tout, ce bout de femme porte bien son nom, et il serait sot de vouloir l’enchaîner d’une manière ou d’une autre, non ?

Mais quand Atal prend sa sœur dans ses bras, et la serre contre lui, quelque chose se brise dans le corps de Pan. Son cœur ? En tout cas, c’est là dans sa poitrine, et cela l’empêche de respirer. Il s’approche rapidement de l’Envoleuse, qui tombe à genoux.

Se passant la main sur le visage, il se jette sur le sol, à ses côtés, et l’entoure de ses bras pour la plaquer contre lui. Ses lèvres sont contre ses cheveux, et son odeur monte, apaisante. Elle est là.
Elle est là, mais elle sanglote, et il se demande comment réagir… avant qu’elle ne parle, tout simplement.

- Si tu savais tout ce que ce bébé faire remonter comme souvenirs… Tellement de choses que j’aurais voulu garder enfouies. C’est… C’est un peu trop d’un seul coup.

Il la berce tout contre lui, murmurant un léger chant de son monde. Pourtant elle ne semble pas apaisée, ou trop peu. Il comprend d’ailleurs rapidement pourquoi.

- Pan ? Tu vas rester ou partir toi aussi ?

Un soupir franchit ses lèvres, et il dépose un baiser chaste sur les cheveux de Naïs, puis sur son front et enfin sur ses lèvres. De ses pouces, il sèche les larmes qui naissent encore sous ses paupières, et lui sourit tendrement.

- Naïs… Je serai là aussi longtemps que tu auras besoin de moi.

Il prend son visage entre ses grandes mains et sourit encore, ses lèvres effleurent le front de l’Envoleuse. Puis, il l’attrape sous les genoux, et la soulève sans aucune difficulté, comme si elle n’avait rien pesé – ce qui était le cas – pour la ramener à l’intérieur, sur un lit.
Il fallait qu’elle se repose désormais.

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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Mer 29 Mai 2013, 16:12

≈≈≈ Atal ≈≈≈

Seth observe la scène dans le plus grand silence. Son regard d’ambre, si semblable à celui de Naïs, flamboie d’une drôle de lueur que je ne saurai définir avec exactitude. L’air grave, il glisse sa petite main dans la mienne. De l’autre côté, Nwëlla s’appuie sur mon épaule. Ses magnifiques yeux mauves brillent à la lumière du jour. Sa délicieuse odeur sucrée emplit mes narines et son sourire lumineux me rend serein. Grâce à elle, je crois que je serais capable de tout affronter – même les tempêtes les plus violentes. Inspirant longuement, je jette un bref coup d’œil à Juhen. Perplexe, il semble ne plus trop savoir où se mettre. C’est même assez drôle de le voir regarder tout autour de lui comme un enfant perdu. Adressant un dernier regard aux deux silhouettes de ma sœur et de Pan au milieu de la cour, je finis par secouer la tête et m’agenouiller devant mon neveu.

- « Et si on allait voir ton petit frère ? »

Pour toute réponse, un large sourire fend le visage de Seth. Toutefois, j’intercepte clairement son regard en direction de sa mère avant qu’il ne s’enfonce dans les couloirs de la confrérie en courant. Un regard à la fois interrogatif, triste, grave et un peu inquiet aussi. Me faisant la réflexion que, décidément, ce gamin en avait vu – et vécut – de drôles dans sa si courte vie, je me laisse entraîner par Nwëlla.

* *
*


Voilà plusieurs longues heures que la nuit a baissé son voile sombre et frais sur Fériane. Nwëlla dort paisiblement à quelques chambres de là. Seth a fini par trouver le sommeil lui aussi au contraire de Juhen qui a préféré sceller son cheval. Il se sentait de trop au milieu de nous tous et il avait ressenti le besoin de partir. Nul ne peut le blâmer. Il faut dire que la naissance de mon nouveau petit neveu a tourneboulé tout le monde ! D’ailleurs, je suis le seul qui ne parvienne pas à trouver le sommeil. Trop de pensées qui s’entrechoquent. Trop d’interrogations quand à l’avenir de ce petit, de Naïs, de Seth, de Gil, de Libertée, de Pan. Le mien et celui de Nwëlla. Le nôtre à tous. Car, cet enfant, s’il n’en a pas encore conscience, il vient de tout chambouler par sa seule naissance.

Soupirant légèrement, j’observe ma sœur dormir. Ses traits sont incroyablement détendus. Elle semble presque sereine même. Je me demande un instant si elle rêve, ainsi protégée dans les bras de l’Envoleur aux cornes. Si seulement elle pouvait enfin être heureuse pour de bon. Il lui faudrait à nouveau faire confiance purement et simplement, entièrement. Et cela risque de ne pas être chose facile quand d’autres l’ont brisé – et notamment un en particulier que je me ferais volontiers un plaisir de massacrer pour tout l’enfer qu’il a fait vivre à ma sœur.

Me mordant la lèvre inférieure, je continue mon errance dans les couloirs déserts de Fériane. Et je ne tarde pas à retrouver la chambre du bébé. J’hésite un instant avant de pousser la porte de bois qui grince sinistrement sans toutefois réveiller l’enfant. À la lumière de la lune, il paraît encore plus petit et plus faible. Moryqane disait qu’il lui faudrait se fortifier ici quelques semaines, tout au plus. Mais vraisemblablement, il a de bonnes chances de survivre à ses premiers mois, ce bout de chou – ce qui ne m’étonne guère en fait, avec les parents qu’il a ! Je traverse la pièce en silence et m’adosse contre le rebord de la large fenêtre, tout en laissant vagabonder librement mes pensées.

* *
*


- « Atal » prononce une voix douce « Atal ! »
- « Mmmmh ! Quoi ? » grommelais-je en ouvrant un œil.

J’ai dû m’endormir à un moment donné car le soleil est désormais haut dans le ciel. Passant une main sur mon visage, je fronce les sourcils, aveuglé momentanément par la lumière du jour. Le visage de Nwëlla se penche au-dessus de moi. Hochant la tête, je me plonge dans le mauve pur de ses yeux, ce qui achève de me tirer agréablement du sommeil où j’avais fini par m’enfoncer. Une lueur de tendresse brille un instant dans le mauve avant que l’Envoleuse ne soupire.

- « Naïs est partie »
- « Ah ! » répondis-je en haussant un sourcil « Eh bien, je crois que nous n’allons pas traîner non plus alors… »

Sans trop savoir pourquoi, je m’y attendais. Je connais ma sœur par cœur et je suis absolument convaincu qu’elle a besoin aussi de réfléchir un peu seule à une solution. Inconsciemment, ce bébé la confronte à un passé douloureux. Je crois que ce qui l’effraye le plus dans tout cela, c’est que l’histoire se répète. Il fallait lui laisser le temps, à elle aussi, d’assimiler les évènements à sa manière, comme nous tous. Hochant la tête, je m’apprête à quitter la pièce quand mon regard tombe sur le bébé dormant paisiblement dans son berceau. Une esquisse de sourire se dessine alors sur mes lèvres.

* *
*


Dans les écuries, j’aperçois aussitôt la large silhouette de Pan. Imposant. Préparant mon cheval pour le voyage de retour chez moi, je l’observe s’affairer quelques minutes en silence. Il doit sûrement être un peu perdu dans tout cela. Ma sœur est loin d’être une femme ordinaire. Elle marque les esprits, d’une façon ou d’une autre. Elle a changé des vies, c’est indéniable – même si elle le nie. Soupirant, je me décide enfin à rompre le silence.

- « Tout cela doit te paraître un peu fou non ? »

C’est sûrement le cas. Ou alors le contraire serait étonnant – quoique…

- « Tu sais, elle ne paraît pas, comme ça au premier abord, mais au fond, elle est vulnérable, fragile… »

Sortant l’étalon de son box, je plante une dernière fois mon regard dans celui de Pan.

- « Et au fait : merci. Pour elle. Pour tout »

Je lui adresse un sourire franc avant que Seth n’entre en trombe.

- « Atal ! On est prêt à partir ! »
- « J’arrive »

Mon neveu me retient toutefois d’une légère pression sur le bras. L’instant d’après, il s’élance vers l’homme aux cornes et l’enserre de ses bras durant de longues secondes. Une lueur amusée dans les yeux, je sors finalement des écuries pour rejoindre Nwëlla. L’Envoleuse est déjà en scelle et je l’imite aussitôt en me juchant sur mon cheval. Seth et Pan finissent par sortir d’un même pas et tandis que mon neveu se hisse en scelle à son tour, je salue l’Envoleur.

- « À un de ces jours, j’espère ! »

Faisant volter l’étalon, je sors de la confrérie suivie de Seth et Nwëlla. Les paysages vallonnés s’étendent à perte de vue et appellent à l’aventure, mais après ces derniers jours, il est grand temps de rentrer chez nous…




[ Eh bien ça y est ! C'est fini ! Fini ! Fini ! Merci à vous trois pour ce Rp absolument épique - et personne n'est mort hein, je tiens à le souligner xD ! C'était génial ! Pan, tu peux répondre une dernière fois si tu veux avant qu'on ne se lance dans de nouvelles aventures ! ]

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MessageSujet: Re: Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]   Jeu 30 Mai 2013, 21:19

- Tout cela doit te paraître un peu fou non ?

Pan haussa les épaules.
Fou, non. Ni bizarre d’ailleurs. Juste féminin, en fait. Pour lui, les femmes étaient de véritables énigmes. Toutes, sans exception. Autant Naïs que Libertée, que Nwëlla même. Mais il n’en dit rien, continuant de ramasser quelques vivres pour retourner au Domaine. Il devait retrouver ses apprenties après tout – même s’il aurait préféré rester auprès de Naïs.
Mais c’était cette dernière qui s’enfuyait.

- Tu sais, elle ne paraît pas, comme ça au premier abord, mais au fond, elle est vulnérable, fragile…

Elle ne paraissait pas, mais cela se sentait.
Parce que chaque être humain, chaque être vivant, avait une ou plusieurs faiblesse ; c’était cela leur vulnérabilité. Il ne fallait pas croire que quelqu’un pouvait être fort au-delà de tout ; c’était contrairement à la psychologie et à l’éthologie en général.

- Et au fait : merci. Pour elle. Pour tout

Relevant les yeux, Pan croisa ceux d’Atal, et il lui adressa un sourire sincère.

- Ne dis pas ça. Je n’ai pas fait tout cela pour avoir des remerciements. C’était complètement intéressé.

Il lui fit un clin d’œil, et regarda les quatre compagnons s’éloigner sur leurs chevaux.
Il se demanda un instant où ils allaient, avant de décider que cela ne le regardait pas. Finissant de compléter son sac de vivres, Pan poussa un soupir.

« Tu ne me laisseras pas ? »

* C’est toi qui me laisse, Naïs. Mais c’est pas grave. On se retrouvera.*

Expirant longuement, l’Envoleur fit passer son sac par-dessus son épaule, et regarda une dernière fois en direction de la porte de la chambre du nourrisson.
Celui-là, il avait bien choisi son moment pour entrer dans la vie.







[ Hyper court pour terminer, mais je ne me sentais pas de faire mieux ! ]

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Quand la passion mène sur les chemins de l'enfer [Lib', Gil et Pan]
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