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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Quand le passé te rattrape, souviens-toi que l'avenir est devant toi [Notch]

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Éole Létoile
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MessageSujet: Quand le passé te rattrape, souviens-toi que l'avenir est devant toi [Notch]   Jeu 20 Mar 2014, 09:57

Al-Far. Une ville d’apparence charmante, avec ce petit côté désordonné qui fait tout, curieux mélange de bâtiments d’architecture baroque et classique.
Al-Far. Pourquoi cette ville-là plutôt qu’une autre ? Il faut être fou pour avoir envie de visiter la ville numéro un du nombre de crimes... Et pourtant, c’était à la terrasse d’une auberge de cette ville qu’Éole était attablée, sirotant un verre de lait frais au soleil. Elle était arrivée une heure plus tôt, après trois jours sur le dos de Bolshoï, qu’elle avait laissé aux petits soin du garçon d’écuries de l’auberge. Elle venait de terminer son repas et rêvassait tranquillement au soleil.

La jeune fille ne saurait dire ce qui l’avait amenée ici. La curiosité, l’envie de parcourir le monde et une touche de folie sans doute. Elle avait quand même accroché son sabre dans son dos, sachant que, dans cette ville, les criminels courraient les rues... Elle avait aussi pris son arc (dont elle ne se séparait plus), qui était démonté et accroché à sa ceinture. Les flèches étaient bien l’abri dans leur carquois, dans son dos avec son sabre. Elle était donc assez bien armée, comme la plupart des habitants de cette ville, et prête à se défendre.

Son verre terminé, elle déposa quelques piécettes sur la table et partit à la découverte de la ville. Ce n’était pas la nuit, la ville grouillait de monde, la jeune fille ne se méfiait pas plus que cela. Et puis d’abord, pourquoi lui en voudrait-on ? Les gens, même criminels, ne saute pas sur le premier inconnu qui passe ! Bon, c’est une fille... mais contre ces personnes là, Éole pensait pouvoir se défendre. Elle l’avait déjà fait d’ailleurs, lors du cours qu’elle venait de terminer. Alors quelles raison aurait-elle de se promener le sabre à la main ?

Elle se baladait donc tranquillement, en bonne touriste, de rues en rues, entrant dans les boutiques, traversant les parcs, gravant dans sa mémoire chaque particularité de cette ville qu’elle trouvait tout sauf menaçante. Et pourtant...

Ses pas l’emmenèrent dans une ruelle plus petite et beaucoup moins fréquenté que les autres, puis dans une autre où cette fois, il n’y avait personne. La ruelle était pleine de charme, entourée de bâtiments baroques et dont les pavés étaient bancales. Éole appréciait la fraicheur de l’ombre de cette petite rue paisible... quand il fut sur elle.

Sans cette espèce de sensation étrange qui vous prend quand vous avez l’impression d’être suivi additionnée à son entrainement de marchombre, la jeune apprentie se serait faite égorgée avant d’avoir pu dire ouf.
Un mouvement brusque dans l’air l’avait tirée de sa rêverie et les réflexes acquis grâce à Pia firent le reste. En une fraction de seconde elle avait tiré son sabre, faisant volte face pour bloquer le poignard mortelle qui visait la chair tendre de son cou. Sachant qu’elle n’aurait pas le temps d’esquiver une autre attaque, elle profita de la force que son adversaire avait mise dans son coup et de l’effet de surprise qu’elle avait produit pour rouler sur le côté et s’éloigner le plus possible. L’autre avait aussi de très bons réflexes et ne piqua pas du nez comme elle l’avait prédit mais effectua plutôt une jolie roulade. Elle pensa à fuir, mais abandonna vite l’idée. L’homme courrait certainement plus vite qu’elle et il n’était pas question qu’elle lui tourne le dos. Il se firent face quelques secondes puis un sourire intéressé se dessina sur le visage de l’inconnu.

- C’est que tu bats presque aussi bien que ton père ma parole !

Éole détailla l’homme avec un regard surpris, complètement déstabilisée.

- Quoi ?

Son adversaire éclata d’un rire tonitruant, mauvais.

- Je me demandais si je ne m’étais pas trompée en te voyant, continua-t-il, tu la même forme de visage, le même nez, le même menton, la même bouche... Mais tu n’as pas hérité du blond de ses cheveux, ni du bleu si particulier de ses yeux... quoique tu as la même intensité dans ton regard maintenant que j’y pense...

Incrédule et incapable du moindre geste, la jeune fille écoutait cet homme qui se faisait un petit monologue...

- Mais maintenant que je viens de voir de quoi tu es capable, je suis sûre que c’est bien toi... Et dire que tu avais à peine cinq ans la dernière fois que je t’ai vue... Oui ça me revient maintenant, tu as les cheveux et les yeux de ta mère !

Éole secoua la tête et fixa l’homme qui lui faisait face.

- Mais... de quoi, ou plutôt de qui vous parlez ? réussit-elle à demander.
- De toi, de ton père, bien sûr ! Arsil ! Le fameux Amrod Arsil !
- Je suis désolée... vous devez faire erreur... Je ne connais pas d’Amrod Arsil...


La jeune fille regardait l’inconnu avec le même regard qu’elle aurait poser sur un extra-terrestre... Il semblait dans son délire... un délire auquel elle ne comprenait strictement rien.

- Bien sûr ! Tu dois le connaître sous le nom de... de quoi déjà ? Un truc avec des étoiles... Ah oui ! Létoile ! Wellon ? Wellin ?

L’expression de la jeune fille passa de surprise à inquiétude tandis que l’homme cherchait toujours... Qu’est-ce que c’était que cette histoire ?

- Wellan ! C’est ça ! Wellan Létoile ! Ça te dit toujours rien ?

L’homme la fixa avec un sourire malsain. Elle pâlit.

- Je vois... tu n’étais donc pas au courant de qui était réellement ton père ? Ah ! Et bien moi, tu vois, je vais être généreux avec toi et je vais te le dire... Voilà, ton père était Amrod Arsil, un tueur à gage très renommé ici... Le meilleur même... Tu veux savoir ce qui lui est arrivé ? Il est tombé amoureux, cet idiot. Il a tout plaqué. Tout. Et il a cru qu’on ne le retrouverait pas, qu’on le laisserait tranquille... Ça a mis six ans, mais on l’a retrouvé, perché dans une tour en verre de la capitale, dans son petit nid d’amour...

Il marqua un temps d’arrêt son sourire sadique toujours sur ses lèvres. Éole était plus blanche que jamais, comprenant que cet homme disait la vérité. Elle ne savait plus quoi penser. Elle avait toujours cru connaître son père... et sa mère était-elle au courant ? Oui, d’après ce que disait l’homme...

- Et tu sais qui l’a tué ? reprit-il encore plus mauvais.

Éole ne répondit pas. Elle ne savait pas si elle éprouvait de la peur ou du dégout face à cet homme. Elle avait envie de ne pas le croire, elle voulait qu’il se taise, qu’il arrête de parler de son père. Une espèce de rage incontrôlable commençait, sans qu’elle ne s’en rende compte, à bouillir en elle... sa main se resserra autour du manche de son sabre...
L’autre souriait toujours, sournois, sadique. Il se délectait de son visage qui passa du blanc au rouge. Il sentait qu’elle souffrait, qu’elle était déchirée, et cela lui plaisait...

- C’est Moi qui l’ai tué ! lança-t-il d’une voix forte et fier de lui, tu entends ça ? Oui, c’est bien moi qui l’ai tué... Je l’avais repéré depuis quelques jours, le petit chef cuisinier ! La bonne blague ! Arsil cuistot ! Ah ! Je l’ai attendu à la sortie de son restaurant, j’ai bondi sur lui et je lui ai enfoncé cette même lame dans...

La fin de sa phrase mourut dans un hoquet sanglant. Éole avait bondi elle aussi, mue par une haine indéchiffrable envers cet assassin. Elle n’avait pas réfléchit, elle ne contrôlait plus rien. Avec un hurlement, elle avait plongé en avant et son sabre avait mordu la chair tendre du ventre de l’homme avec tant de violence qu’elle était ressortie dans son dos.
Il n’y avait plus aucune trace de sourire sur son visage, juste une expression de stupeur et une lueur de peur au fond de son regard. Éole serrait les dents, ses yeux noirs pleins de larmes. Elle retira son arme d’un coup sec et le corps s’affala à ses pieds, laissant une trainée écarlate sur ses vêtements.
La jeune fille resta interdite quelques secondes, avant de se rendre compte de ce qu’elle venait de faire. L’horreur prit place sur son visage. Elle jeta son sabre, tomba à genoux à côté du corps désormais sans vie de l’homme, le secoua comme pour le réveiller, mais c’était trop tard... Elle se releva, complètement paniquée et s’enfuit en courant. Les larmes coulaient à flot le long de ses joues et elle ne cessait de se répéter :


*J’ai tué un homme... J’ai tué un homme !*


Elle courut. Longtemps. Sans savoir où elle allait. Elle bouscula quelqu’un et fit tomber sa bourse, mais elle ne s’en rendit pas compte, ne s’excusa pas et continua de courir. Elle déboucha dans une ruelle déserte. Elle pivota pour se retrouver devant la façade d’un vieux bâtiment et s’arrêta un instant. Elle jeta un coup d’œil à droite et à gauche et commença à grimper. Ses réflexes étaient toujours là, tout ce qu’elle avait appris avec Pia dans les Dentelles Vives et chez le peuple Faëls. Le mur était d’autant plus simple à escalader avec ses pierres mal alignées qui offraient de très belles prises. Elle parvint enfin sur le toit, le visage baigné par les larmes, dégoutée par elle-même. Elle baissa les yeux sur ses mains pleines de sang puis leva son regard noir vers le ciel de cette fin d’après-midi.


*Qu’est-ce que j’ai fait ? Suis-je encore réellement une marchombre après cela ? Qui suis-je pour décider si un homme doit vivre ou mourir ? Est-ce que les marchombres tuent ? *


Elle adressait ses questions silencieuses, désespérée, au ciel, au vent. Mais seul un murmure qu’elle ne parvenait pas, qu’elle ne parvenait plus, à comprendre lui répondit.
Elle se rendit alors enfin compte que sa bourse avait disparue... Oh ! Il n’y avait pas toutes ses économies dedans, elle en avait laissé une partie à l’Académie, mais il y avait de quoi payer sa nuit à l’auberge, son repas et les soins de Bolshoï... Le découragement l’envahit et elle se laissa tomber sur l’ardoise du toit. Elle pleura, pleura, regardant la ville qui s’étendait à ses pieds, avec l’impression de vivre un horrible cauchemar... Un cauchemar qui avait un goût amer de réalité...
Elle n’entendit pas celui qui approchait...

__________________________________________



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MessageSujet: Re: Quand le passé te rattrape, souviens-toi que l'avenir est devant toi [Notch]   Ven 21 Mar 2014, 22:29

Al-Far. Rien ne semblait avoir changé. Elle était toujours aussi laide et puante, les mêmes bâtiments étaient au même endroit et les mêmes personnes se promenaient dans la rue. J'étais dans mon quartier, l'un des pires de la ville, l'un des plus pauvres, aussi. Deux rues plus loin, il y avait la maison de ma mère. Je ne m'étais pas tenu aussi près depuis très longtemps et un sentiment étrange me tordait le ventre. Repoussant l'idée de m'y rendre, je bifurquai dans le sens opposé, vers la place centrale. Je n'avais aucune idée de ce que je faisais là, de toute façon, mais je n'avais pas envie de repartir immédiatement. Bien que je ne souhaite pas revoir ma mère, j'avais d'autres personnes à aller voir.

    - Notch ? C'est toi ?


Me retournant, je vis le regard bleu perçant de mon oncle fixé sur moi, et je souris, heureux de le voir.

    - Weroll ! Ça fait longtemps !

    - À qui tu le dis! Tu as vraiment l'air bien petit, ça fait du bien de te voir comme ça! Tu as amené Génocide, tu as l'air de bien t'en occuper !

    - Ce cheval est une perle, c'est très gentil de me le prêter, il m'est extrêmement utile.

    - Il est à toi aussi longtemps que tu le voudras ! Fait-lui attention par contre, c'est l'un de mes meilleurs chevaux. Alors, tu reviens pour de bon ?

    - Non, je ne compte pas revenir de ci tôt. Je suis bien ou je suis.

    - Tu viens chez moi?


*****

    - Sydix. Ça fait un moment que tu n'étais pas venu me voir…

    - Je n'étais pas en ville, Magg. Mais j'avoue que tu m'as manqué.

    - Le Tourmenteur t'a laissé passer?

    - Il m'a donné une besogne à accomplir en échange, tu dois bien t'en douter.

    - Il ne m'a pas dit combien je devais te donner.

    - C'est bien normal. Je ne suis pas ici pour de l'argent… Magg, est-ce que tu vas bien? Tu m'as l'air… perturbé.

    - Tu m'as laissé tomber et tu reviens comme ça, et je dois tout accepter ? Je ne suis peut-être qu'une pute pour toi, mais j'avais espéré que tu étais différent. En même temps, je ne devrais pas m'attendre à quelque chose de bien d'un employé du Tourmenteur…

    - Je n'étais pas à Al-Far, je ne pouvais pas venir te voir! J'étais près d'Al-Chen, tu crois vraiment que je pouvais venir te voir comme bon me semblait? Tu m'as manqué, tu ne le réalises peut-être pas, mais tu n'es pas rien pour moi, tu n'es pas qu'une pute, et je rêve du jour ou tu seras a moi. Je te l'ai déjà dit, et je te le redis. Si je suis parti, c'est pour mieux tenir ma promesse.

    - Tu m'aimes?

    - Je…

    - Non, attend, ne répond pas. C'est mieux comme ça. Que voulais-tu?

    - Toi.


*****

Lorsque je sortis du bureau de Magg, je n'avais qu'une chose en tête et c'était de devenir marchombre. Magg méritait d'acquérir sa liberté, et si je n'avais pas réalisé jusqu'ici a quel point elle m'avait manqué, a quel point j'aimais être dans ses bras, lui parler de mes soucis, je m'en rendais maintenant compte et j'étais prêt plus que jamais a tenir ma promesse. Mais je n'étais pas assez fort. Pas encore. Je me devais encore d'obéir à son bourreau, le Tourmenteur. Et cette fois-ci, je devais tuer quelqu'un.

Je le repérai rapidement. L'homme parlait à une jeune femme, une jeune femme qui semblait bouillir de colère de l'endroit où je me tenais, sur un toit, un couteau de lancer entre les doigts et un autre entre les dents, prêt à être lancé. Je devais assassiner cet homme, mais j'avais l'impression que j'allais avoir de l'aide. Je n'étais pas assez prêt pour comprendre ce que l'homme disait, mais la jeune femme tenait fermement son sabre et je ne marquais aucune surprise lorsqu'elle l'éventra d'un mouvement vif. En fait, ce fut la réaction de la jeune fille qui me surprit.

Elle pleurait. En me rapprochant, j'en eus la confirmation. Elle pleurait, comme si elle ne comprenait pas ce qui venait se passer, comme si elle n'arrivait pas à réaliser qu'elle venait de tuer un homme. Un sourire dur s'afficha sur mes lèvres. Sa réaction prouvait qu'elle n'avait jamais tué auparavant, qui plus est, de sang-froid. Ce n'était pas mon cas, ayant souvent eu des contrats d'assassinat. La jeune femme s'enfuit, laissant son sabre derrière elle. Sautant en bas du toit, qui n'était pas très haut, et effectuant une roulade, je me redressai juste à temps pour voir la jeune femme courir et perdre sa bourse.

Soupirant, j'allai la récupérer, puis je revins près du corps. Plaçant deux doigts sur sa carotide, je vérifiais qu'il n'avait plus de pouls avant de lui couper une mèche de cheveux et de la tremper dans son sang, une mine dégoutée sur le visage. Je détestais le faire, mais je ne pouvais pas me permettre de désobéir au Tourmenteur si je voulais avoir ma paie. Fouillant ensuite dans ses habits, je trouvai la montre de poche dont mon patron m'avait parlé. J'avais tous les éléments dont j'avais besoin. Saisissant le sabre de la jeune femme, j'essuyai sa lame, puis je partis à sa recherche. Elle avait créé tout un remous dans la rue ou je m'aventurai et je n'eus aucune difficulté à savoir ou elle était allée. Voyant sa fine silhouette se découper sur le toit d'un bâtiment, je passai l'arme dans mon dos et je me mis à grimper. Je n'étais pas un grimpeur professionnel, mais je connaissais bien Al-Far et ce bâtiment était plutôt facile à escalader.

J'arrivai dans son dos. Elle ne me vit pas arriver, ou du moins, elle ne se retourna pas. Sans bruit, je me glissai à côté d'elle et voyant un visage, je fus troublé. Marchombre. J'avais déjà croisé cette fille dans les couloirs de l'académie, j'en étais certain. Marchombre, du plutôt apprentis marchombre, d'après ce que j'en savais. Sans un mot, je saisis sa bourse à ma ceinture, la lui tendant avec un petit sourire.

    - Je crois que tu as échappé ça… et que tu as oublié ça…


Sortant son sabre, je le posai devant elle, craignant du coup la réaction qu'elle aurait en voyant l'arme dont elle s'était servi pour tuer l'homme. Je n'avais pas envie de parler. Je ne savais même pas pourquoi je l'avais rejoint. L'homme que j'étais avant se serait emparé de l'argent et aurait revendu ce sabre. Et pourtant…

    - Je… je suis désolé. J'ai vu ce qui s’est passé, même si je n'entendais pas ce qu'il disait. Tu sais, ce n'est pas de ta faute. Non, attends, c'est faux. Mais ce n'est pas grave. Non, ce n'est pas ça non plus. Je… désolé, je parle beaucoup quand je suis nerveux.


Lui adressant un petit sourire désolé, je portai mon regard sur la ville, retrouvant ma contenance.

    - L'homme que tu as tué en était un de la pire espèce. Je le connaissais de réputation, et crois moi, il méritait ce qui lui est arrivé, ou du moins, si un homme pouvait mériter un tel sort, c'est bien lui. Je… j'ai appris quelque chose d'important, il y a quelques années. Tu sais, ce qui arrivé, tu ne peux pas le changer. Tu peux y penser sans relâche, te sentir coupable, te noyer dans ta culpabilité, mais ça ne changera rien à ce qui est arrivé. Peu importe si tu aurais pu agir autrement. Maintenant, tu l'as fait. Tu devrais t'en servir, t'en servir pour avancer… sans t'y noyer.







[J'ai utilisé l'homme dont tu parlais dans ton Rp, j'espère que ça ne dérange pas ! S'il y a quoi que ce soit, envoie-moi un MP^^]
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MessageSujet: Re: Quand le passé te rattrape, souviens-toi que l'avenir est devant toi [Notch]   Dim 23 Mar 2014, 12:16

Qu’avait penser l’homme pendant ses dernières secondes ? Qu’avait pu vouloir dire ce regard qu’il lui avait porté quand elle avait enfoncé son sabre dan ses entrailles ? Avait-il été surpris du geste de la jeune fille ? Avait-il éprouvé de la colère, de la peur ou juste de l’incompréhension ? Avait-il regretté de l’avoir sous-estimée? S’était-il rendu compte de ses erreurs ? L’image de la scène qui s’était déroulée des années plus tôt, lorsque lui même tranchait la gorge du père d’Éole, était-elle revenue hantée sa mémoire à cet instant ?

Son père... comment avait-il dit déjà ? Amrod Arsil ? Un tueur à gage très réputé dans la ville... ou peut-être était-ce dans l’empire ?

Les larmes s’écoulaient silencieusement sur les joues de la jeune fille. Elle n’avait que très peu connu son père et elle ne connaissait de lui que sa part “Wellan Létoile”... Elle venait qu’il lui avait menti... Que sa mère aussi lui avait menti... Est-ce que cela avait un rapport avec sa folie et sa fuite ? Elle serait partie, sans même prévenir sa fille que son père était un assassin et que si ses anciens collègues la retrouvaient, ils la tuerait juste parce qu’elle était sa fille ? Non, Éole ne pouvait pas y croire. Ne voulait pas y croire. Elle n’avait que très peu d’images de son père dans ses souvenirs... mais aucune ne collait avec celle d’un tueur à gages sans pitié...

* Ah ! Pourquoi tout ça me tombe dessus maintenant ? Déjà ma mère il y a quelques mois... Et j’ai choisis de ne pas creuser, de laisser tout cela au passé, de me concentrer sur mon avenir... Je croyais avoir fait un trait définitif sur mon passé, il n’existe plus, c’est une époque terminée ! Alors pourquoi revient-il me hanté ? *

Éole poussa un soupir. Certes, elle avait souvent souhaité connaître un peu plus son père, elle s’était souvent demandé qui l’avait tué et pourquoi.... Mais c’était avant qu’elle trouve l’Académie, avant qu’elle rencontre Aléa, Notok et Pia, avant qu’elle devienne Éole et qu’elle accepte de ne jamais pouvoir répondre à certaine questions... Elle s’était résignée à ne jamais en savoir plus sur son père, alors pourquoi fallait-il que, malgré elle, ces informations lui tombent dessus ?

Elle en était à se poser toutes ses questions, sur la vie, sur sa vie, quand elle sentit quelqu’un s’asseoir à côté d’elle. Elle ne l’avait même pas entendu arriver... Elle tourna la tête, avec un léger mouvement de recul s’imaginant déjà qu’il s’agissait d’un complice de l’homme...

- Je crois que tu as échappé ça… et que tu as oublié ça…

C’était un jeune homme d’une vingtaine d’année probablement, qui lui tendait une petite bourse en cuir et un superbe sabre... Éole regarda tour à tour l’arme, la bourse et le jeune homme qui les tenait.

- M... merci... bredouilla-t-elle, en s’emparant de la bourse... et du sabre.

Elle saisit ce dernier du bout des doigts, comme si il allait lui sauter dessus pour l’éventrer en lui disant “tu as tué un homme Éole ! tu as tué un homme !”. Elle le glissa rapidement dans son fourreau à la manière de quelqu’un qui cache un objet pour ne plus avoir à supporter sa vue...

- Je… je suis désolé. J'ai vu ce qui s’est passé, même si je n'entendais pas ce qu'il disait. Tu sais, ce n'est pas de ta faute. Non, attends, c'est faux. Mais ce n'est pas grave. Non, ce n'est pas ça non plus. Je… désolé, je parle beaucoup quand je suis nerveux.

Il esquissa un petit sourire désolé et Éole, qui avait du mal à rester en contact avec la réalité, se dit qu’il n’avait pas l’air dangereux... ou en tout cas, qu’il ne semblait pas faire partie de la bande à l’homme... Elle ne répondit pas, se contentant de fixer le jeune homme de ses prunelles noires, pleines de larmes et de détresse. Elle ne savait pas quoi répondre de toute façon. Elle avait ôté la vie à un être, elle l’avait priver des années qu’il lui restait, elle avait éteint cette flamme qui animait son cœur et son corps. Et son père était un tueur, un assassin, qui ne s’appelait même pas Létoile.

*En fait, j’aurais du m’appeler Ombe Arsil... Et pourtant je suis là, persuadée d’être Éole Létoile...*

Les larmes coulaient toujours le long de ses joues, elle ne cherchait pas à les masquer, ne cherchait même pas à se méfier du jeune homme qui se tenait à ses côté. Il aurait pu essayer de la tuer qu’elle n’aurait pas été capable de se défendre. Elle se sentait détruite en fait...

- L'homme que tu as tué en était un de la pire espèce. Je le connaissais de réputation, et crois moi, il méritait ce qui lui est arrivé, ou du moins, si un homme pouvait mériter un tel sort, c'est bien lui. Je… j'ai appris quelque chose d'important, il y a quelques années. Tu sais, ce qui arrivé, tu ne peux pas le changer. Tu peux y penser sans relâche, te sentir coupable, te noyer dans ta culpabilité, mais ça ne changera rien à ce qui est arrivé. Peu importe si tu aurais pu agir autrement. Maintenant, tu l'as fait. Tu devrais t'en servir, t'en servir pour avancer… sans t'y noyer.

Son esprit était ailleurs, mais elle réussit quand même à écouter, et à entendre ses paroles. Elles résonnèrent en elle et mirent du temps à parvenir à son cerveau. Éole mit un moment, mais elle finit par les comprendre, par leur donner un sens. Une esquisse de sourire reconnaissant se dessina sur son visage.

Il avait raison après tout. Elle avait perdu le contrôle, s’était laissée emporter par sa rage, sa colère et sa haine. Cela avait été une erreur, mais n’est-ce pas en faisant des erreurs que l’on avance ? Elle savait qu’il lui faudrait du temps pour l’accepter totalement et mettre cela en pratique, mais de s’en être rendu compte était déjà un début... Cela n’enlevait rien à son sentiment de culpabilité, à son envie de retourner en arrière pour ne jamais avoir mis les pieds dans cette foutue ville...

Elle poussa un petit soupir. Elle avait compris ce qu’il avait dit, elle savait qu’il avait raison, c’est certainement ce qu’elle aurait dit si les rôles étaient inversés... Mais là, c’était elle qui avait les mains tachée de sang. Cet homme avait beau être de la pire espèce, méritait-il réellement de mourir ? Et si c’était le cas, pouvait-elle s’arroger le droit de lui donner le coup fatal ? Elle ne s’était pas posé toutes ses questions, et l’avait fait. Elle l’avait tué.

Le début de la tirade du jeune homme résonna soudain dans sa tête... Qu’avait-il dit déjà ? “Je le connaissais de réputation” ? Elle tourna la tête dans sa direction.

- Tu...

Elle ravala sa salive, les mots avaient du mal à sortir, bloqués par les larmes. Elle eut des difficultés à poser sa question. Le fait qu’elle demande cela à un inconnu y était-il sans doute pour quelque chose aussi.

- Tu connaissais ce... cet homme ?

C’était plus une remarque pour elle même qu’une question, mais qui en apporta une autre... Elle dut prendre une grande bouffée d’air et rassembler tout son courage pour oser la poser.

- Et... tu as déjà entendu parler de... Amrod Arsil ?

Le nom était sorti avec encore plus de difficulté que le reste, lui raclant la gorge, brûlant ses lèvres, avec un arrière goût amer et étrangement lointain, comme si elle venait de réveiller un fantôme. Cet homme avait-il finalement existé ? Qui était-il pour elle ?

*Rien. Il n’est rien pour moi. Je ne connais pas Amrod Arsil. *

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MessageSujet: Re: Quand le passé te rattrape, souviens-toi que l'avenir est devant toi [Notch]   Jeu 27 Mar 2014, 18:24

La jeune femme était bouleversé et cela me toucha beaucoup plus que j’en avais l’habitude. J’aurais habituellement volé ses biens, terminer mon travail et je serais parti sans plus y penser. En regardant la ville s’étendant sous nos regards, je me rendis compte a quel point mon oncle avait raison quand il m’avait dit que j’avais changé. Alors que je regardais le ciel, mes pensés s’égarèrent vers Syndrell. Elle avait changé ma vision sur quelque chose que je croyais immuable en moi, elle m’avait ouvert, sans un mot, a un univers nouveau, a une nouvelle perceptive qui m’avait permis d’apprivoiser ma peur, de l’accepter comme une partie de moi. J’avais ressenti sa souffrance, je m’étais ouvert à moi-même pour la première fois de ma vie. Ouverture et acceptation. Deux maîtres-mots. Deux guides sur la voie.

La jeune fille pleurait, le regard dans le vide, et pendant un moment, je me demandai si elle m’avait entendu. Me sentant soudain un peu stupide avec mes paroles toutes faites, je m’apprêtai à me lever. Elle voulait sans doute être seule, et elle en aurait sans doute besoin pour accepter ses actions. Ceux qui disent que tuer n’est rien sont des monstres. J’ai souvent tué, de sang froid et dans l’action. Je peux tuer sans peur ni problème, mais je ne suis pas un assassin, bien que j’accomplisse parfois des tâches qui leur incombe. Juste avant que je me décide, sa voix, celle de la fille, retenti, hésitante, et je stoppai mon mouvement pour l’écouter, avant de me réinstaller. Elle ne me chassait pas.

    - Je… ce nom ne me dis rien… mais la ville est grande et je suis jeune,
    dis-je avec un sourire désolé.


Pendant un instant, je me demandais ce que je pouvais lui dévoiler, ce que je pouvais lui dire par rapport à ce que je savais. Ce n’était pas grand-chose, et j’ignorais si elle voudrait vraiment le savoir. Les questions qu’elle avait posées avaient été dites sur le bout des lèvres et cela ne ferait sans doute que raviver la douleur qu’elle ressentait. Et pourtant, malgré tout, je parlai. Car si elle ne voulait pas m’entendre, elle ne m’aurait pas parlé, et parce qu’elle était assez grande pour savoir ce qu’elle voulait entendre.

    - Je ne le connaissais pas vraiment, mais j’avais… je… je devais tuer l’homme que tu as tué. Si, comme c’était prévu, je l’aurais tué de mes mains, probablement que je n’aurais aucune question en tête en ce moment, et que ma tâche serait accompli, tout simplement. Je… tu me fais prendre conscience que même sous contrat, tuer ne devrais pas être aussi anodin… Et pour cette raison, pour donner un sens à tout ça, je crois que tu as le droit de savoir ce que je sais…


Je n’avais pas quitté les toits qui nous faisaient face des yeux. Je parlais et dans ma tête, les images tournaient, inlassablement.

    - Je ne te dirais pas son nom. Ce n’est pas important. Cet homme faisait le mal pour le plaisir du mal seul. Sa réputation, depuis mon enfance, m’es connu. Il en était un de la pire espèce, avec un esprit de perversité qui corrompait les âmes les plus pures. J’ai vu un ami tomber entre ses mains. C’était affreux. Il l’a brisé. Complètement. Avant de le reconstruire dans le moule de son esprit tortueux. Il n’était pas seulement pervers ou manipulateur. Il était un tueur, oui, mais plus encore. Il était ce genre d’homme qui prenait plaisir au sang et a la souffrance. Ce genre d’homme qui aurait pu rire a égorgé un enfant. Je le haïssais. Personnellement. Et je ne crois pas que personne ne le pleure. Tu n’as pas à craindre des représailles.


J’avais tourné mon regard vers elle, et dans ses yeux noirs, j’avais lu le doute et le gouffre. Pendant un moment, j’avais eu envi d’arrêter de parler et de m’enfuir. De la laisser tomber dans le gouffre qui la guettait, dans la tristesse et dans son incompréhension. J’aurais pu le faire. Je m’y étais refusé. Trop facile. Trop facile de fuir, trop facile de tuer, trop facile de faire le mal. Alors que l’image de Magg apparaissait dans mon esprit, je me promis de ne plus fuir. Ce n’était pas le bien et le mal, le chaos ou l’harmonie. C’était le choix entre ma conscience ou la facilité bête de la fuite. J’avais choisi de rester.

    - Tu m’as demandé si je le connaissais, je t’ai parlé de lui sans réfléchir… Mais toi, toi, le connaissais-tu?


M’arrêtant un instant, je la regardai. Finement musclé, de beaux cheveux, des yeux profond. Je ne la connaissais même pas. En quoi j’avais le droit de lui poser ce genre de question? Qui étais-je pour la confronter à ses propres pensés, surement déjà bien confuse? Je gardai pourtant le silence. Mes pensés se bousculaient dans ma tête, le changement qui s’opérait en moi m’apparaissant à la fois comme un gouffre et comme un envol. Je ne parvenais pas à saisir vers quoi je m’en allais. Ma vie n’était, pour la première fois, plus du tout linéaire et je me surpris à avoir peur. Auparavant, j’avais toujours su qui j’étais, et de quoi j’étais capable et maintenant, face à tous ces questionnements, je ne savais plus. Qui étais-je en train de devenir?
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Éole Létoile
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MessageSujet: Re: Quand le passé te rattrape, souviens-toi que l'avenir est devant toi [Notch]   Dim 30 Mar 2014, 00:22

Le jeune homme n’avait jamais entendu parler de “Amrod Arsil”. En même temps, comme il venait de le dire, il était jeune. Peut-être même un peu plus jeune que Éole, à une ou deux année près et Wellan... pardon, Amrod était mort dix-sept ans auparavant !

*Amrod Arsil...* se dit-elle *c’est tellement moche en plus ! Je préfère largement Wellan Létoile...*

La jeune fille hocha légèrement la tête pour signifier qu’elle avait entendu, compris, et qu’elle était d’accord avec les paroles du jeune homme, continuant de fixer l’horizon, incapable de sortir de cette étrange mélancolie qui s’était emparée de son cœur. Il y eut un bref moment où le silence plana, où l’on entendit que le murmure du vent et la respiration des deux jeunes gens sur le toit. Quelques larmes continuaient de couler sur le doux visage d’Éole, lentes et silencieuses. Elle n’arrivait pas à les retenir et ne cherchait pas à le faire, ne se souciant pas de la présence du jeune homme à ses côtés. Au contraire, cette présence avait quelques chose de... rassurant pourrait-on dire. Éole ne le connaissait pas, il pourrait être n’importe qui, peut-être devrait-elle s’en méfier, mais elle avait la tête tellement prise par des tas d’autres choses, qu’elle n’y songea même pas. Elle pensa seulement que, au moins, même si il ne disait rien, elle n’était pas seule. Et puis... ne venait-il pas de démontrer qu’il était plutôt de son côté ? Qu’il n’avait aucune mauvaise intention envers elle ? Il lui avait rendu son sabre et sa bourse là où d’autres les auraient simplement gardé pour eux, il avait tenté maladroitement de la faire déculpabiliser, il lui avait parlé et il avait essayé de la comprendre. Il continua d’ailleurs de parler, d’expliquer ce qu’il savait. En avait-il le droit ? Prenait-il des risques ? Elle n’en savait rien, mais, même si elle ne répondait que par des bribes de phrases, même si elle ne le montrait pas, elle lui était reconnaissante du temps qu’il passait assis là, à côté d’elle, à lui parler. Elle se doutait que regarder derrière elle, revenir sur son passé serait douloureux, mais elle sentait aussi qu’elle en avait besoin. Besoin de savoir qui était son père, qui était cet homme qu’elle venait de tuer, quel était le lien qui les unissait... Alors elle écouta.

- Je ne le connaissais pas vraiment, mais j’avais… je… je devais tuer l’homme que tu as tué. Si, comme c’était prévu, je l’aurais tué de mes mains, probablement que je n’aurais aucune question en tête en ce moment, et que ma tâche serait accompli, tout simplement. Je… tu me fais prendre conscience que même sous contrat, tuer ne devrais pas être aussi anodin… Et pour cette raison, pour donner un sens à tout ça, je crois que tu as le droit de savoir ce que je sais…

Honnête. Il était honnête avec elle. C’est peut-être aussi ce qui la rassurait. Il était visiblement... un tueur... lui aussi, mais il était honnête, avec elle et avec lui-même.

- Je ne te dirais pas son nom. Ce n’est pas important. Cet homme faisait le mal pour le plaisir du mal seul. Sa réputation, depuis mon enfance, m’es connu. Il en était un de la pire espèce, avec un esprit de perversité qui corrompait les âmes les plus pures. J’ai vu un ami tomber entre ses mains. C’était affreux. Il l’a brisé. Complètement. Avant de le reconstruire dans le moule de son esprit tortueux. Il n’était pas seulement pervers ou manipulateur. Il était un tueur, oui, mais plus encore. Il était ce genre d’homme qui prenait plaisir au sang et a la souffrance. Ce genre d’homme qui aurait pu rire a égorgé un enfant. Je le haïssais. Personnellement. Et je ne crois pas que personne ne le pleure. Tu n’as pas à craindre des représailles.

Éole tressaillit. Si la description de l’homme allégea légèrement le poids du meurtre qu’elle avait sur les mains, elle augmenta celui du passé de son père... Avait-il été, lui aussi, un meurtrier sanguinaire et sans pitié ? Un homme de la pire espèce qui prenait plaisir à torturer ?
Le jeune homme plongea ses yeux dans ceux de l’apprentie, qui se noya dans un océan d’un bleu si pur... Les siens étaient toujours pleins de larmes, de détresse et de doute. Et une question tournait en boucle. Qui avait été son père ? Quel genre d’homme était Amrod Arsil ?
Elle avait peur. L’image qu’elle avait de son père, l’image d’un homme calme et souriant, l’image d’un père aimant et protecteur, l’image d’un cuisinier de talent généreux et serviable, cette image-là venait de se briser en morceau comme un verre se briserait en millions d’éclats. Brillants et tranchants. La jeune fille ne se souvenait que très vaguement de son père, mais le sourire qui illuminait ses souvenirs se transforma en un rictus sanglant et sombre.

*Papa... qui es-tu ?*

Il n’y avait pas de mots pour décrire ce qu’elle ressentait, pas de mots pour expliquer l’étau qui se resserrait sur son cœur.

- Tu m’as demandé si je le connaissais, je t’ai parlé de lui sans réfléchir… Mais toi, toi, le connaissais-tu ?

Éole secoua doucement la tête, encore plongée dans ses pensées. Elle avait entendu la question, mais les mots pour répondre n’arrivait pas à sortir. C’était comme si son esprit était tellement pris que d’autres mots risquaient de s’échapper à leur place.
Il fallut quelques instants à la jeune fille pour mettre de l’ordre dans sa tête, pour respirer un bon coup et donner au jeune homme une réponse un minimum intelligible.

- Je... je ne le connaissais pas non... il...

Elle ferma les yeux, les rouvris. Perdue. Elle était perdue. Elle ne savait pas quoi dire, ni par où commencer. Que raconter ? Tout ? Rien ? La moitié ? Elle ne savait même plus où elle en était... Tout cela semblait si irréel... Elle avait l’impression de flotter comme on flotte dans un rêve, ou dans un cauchemar. Elle avait perdu le fil. Était-elle vraiment sur ce toit ? Et ce jeune homme, existait-il réellement ? Et ce sang sur ses mains, sur ses vêtements... à qui appartenait-il déjà ? Était-ce celui de l’homme, ou le sien ? Avait-il véritablement parlé de son père ? N’avait-elle pas inventé ce Amrod Arsil ?
Tout semblait confus, et pourtant un éclat de lucidité brillait dans tout cela. Un éclat de vérité. Tranchant et douloureux. Qui frappait Éole comme un coup de poignard. Ce n’était pas un cauchemar. Tout cela n’était que la stricte réalité.

Elle avait tué un homme. Et son père était un monstre.

Laquelle des deux affirmations faisait le plus mal ? Elle n’aurait su le dire. Elle secoua la tête violemment et poussa un soupir.

- Je suis désolée... je n’arrive plus à penser, je ne comprends pas... je suis pommée... complètement pommée...

Un nouveau soupir franchit ses lèvres et, dans les yeux bleus de l’inconnu, elle planta un regard noir comme une nuit sans lune, comme une nuit remplie de nuages, une nuit d’averse où la pluie ne cesse de tomber. Il avait été honnête avec elle, elle choisit de lui dire la vérité. Non pas qu’elle hésitait, mais elle lui raconta.

- Mon père est mort assassiné il y a dix-sept ans... j’en avais à peine cinq... On n’a jamais su qui était son meurtrier... enfin peut-être que ma mère était au courant... enfin bref, ça c’est une autre histoire...

Un léger sourire vint flotter sur ses lèvres, tel un mirage, avant de s’évanouir comme si il n’avait jamais existé.

- Donc, mon père s’est fait assassiner et je ne savais pas qui en était l’auteur... Je n’ai jamais cherché d’ailleurs... Bien sûr que je me suis posée plusieurs fois la question, que j’ai voulu enquêter, etc. mais je n’ai jamais eu ni le courage, ni la force, ni la possibilité d’aller au bout de cette idée et j’ai laissé tomber, continuant de vivre ma petite vie tranquille. Par contre, j’ai souvent cherché à en apprendre plus sur mon père, mais c’était un sujet tabou chez moi, et tout ce que j’ai pu obtenir de ma mère ou de ses collègues, c’était qu’il était génial, que c’était un homme super, quelqu’un de bien...

Comme si c’était encore possible, les yeux de la jeune fille s’assombrirent.

- Il y a quelques années, des évènements m’ont conduite à fuir tout ça et j’ai fais un trait sur mon passé. J’ai laissé toute l’histoire, toutes les questions, bien rangées d’un tiroir de ma mémoire que j’ai verrouillé à double tour. Je voulais passer définitivement à autre chose, m’envoler et vivre. Sauf qu’il y a eu cet homme, tout à l’heure, qui m’a reconnue... Il a vu sur moi des ressemblances avec mon père... et il a pris un malin plaisir à tout m’avouer, à me déballer toute son histoire, à me dévoiler ce qui devait être le plus grand secret de mon père.

Éole marqua une pause pour respirer et mettre de l’ordre dans sa tête. Est-ce que tout cela avait un quelconque rapport avec la question qu’il lui avait posé ? Elle ne s’en souvenait plus. Elle était certainement hors-sujet et peut-être qu’il s’en fichait de sa vie... mais elle n’en pouvait plus de tout garder pour elle. Elle avait besoin de se décharger de ce fardeau. Elle avait besoin de parler. Alors elle parlait.

- L’homme m’a dit qu’il faisait parti d’un des plus grand réseau de tueurs à gages d’Al-Far et il a affirmé que mon père en avait fait parti... qu’il faisait même partie des meilleurs tueurs à l’époque... Mon père s’appelait Wellan Létoile... mais il l’a appelé Amrod Arsil... Il m’a expliquer que, un jour, mon père était tomber amoureux et avait tout quitté pour cette femme. Il a changé de nom et s’est caché pendant quelques années... jusqu’au jour où ils l’ont retrouvé. L’homme m’a...

Les mots restèrent soudain coincés dans la gorge de la jeune fille. Elle ferma les yeux, laissant échapper des larmes sous ses paupières... Elle resta comme cela un long moment où le silence s’installa, puis elle ouvrit les yeux et son regard se perdit au delà de la ville...

- Il a avoué l’avoir tuer. Tu aurais vu son visage... Son expression... Il souriait ! Il voyait que je souffrais, il était conscient d’avoir tué mon père de sang-froid et il jubilait ! Il était fier, heureux, content de lui, et je sentais qu’il comptait recommencer avec moi, mais après m’avoir torturée et violée certainement ! Il avait quelque chose de tellement mauvais dans le regard, de tellement abjecte !

Elle avait haussé le ton, mais se calma soudainement, enfouissant son visage dans ses mains. Quand elle se redressa, plongeant de nouveau son regard dans celui du jeune homme, les larmes ruisselaient abondamment sur ses joues et sa voix était faible.

- Je ne voulais pas le tuer... mais... j’étais tellement en colère contre lui, contre ce qu’il disait... j’avais de la rage dans les yeux, de la haine dans le cœur... il ne s’y attendait pas... c’est parti tout seul... Juste avant qu’il meurt, j’ai pu voir son visage passer de la jubilation, à la surprise puis à l’horreur... je n’ai jamais été une adepte de la vengeance... et pourtant c’est ce que je viens de faire... mais c’est lui qui a gagné. Il a réussit à me dire tout ce qu’il avait à dire sur mon père. Tout ce qui a touché juste, tout ce qui fait mal...

Éole se tut.

*Il a réussi à me détruire...*

Elle avait tout dit, tout ce qui lui pesait sur le cœur. Ses larmes s’arrêtèrent de couleur. Elle se sentait vidée. Et soulagée un peu aussi. Parler l’avait libérée d’une partie du poids de la douleur. Elle était toujours là, logée dans son cœur, plaie béante qui mettrait longtemps à se refermée, mais elle était moins violente.

Elle balaya les toits de la ville de son regard. Le soleil entamait sa descente au loin et le ciel prit des couleurs roses, rouges et orangées. Elle n’avait plus rien à ajouter.

- Je... je suis désolée... je ne sais pas pourquoi je te dis tout cela... je ne te connais même pas...

Elle esquissa un demi sourire à l’adresse du jeune homme.

- Je ne sais même pas ton prénom... Moi c’est Éole Létoile.

__________________________________________



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MessageSujet: Re: Quand le passé te rattrape, souviens-toi que l'avenir est devant toi [Notch]   Mar 01 Avr 2014, 17:41

La jeune fille était perdue, et le doute que je lisais dans ses yeux eut l’effet d’une bombe dans mon cœur. J’avais l’impression que j’étais a sa place, alors que je découvrais qui était vraiment mon père, cet homme perfide et mauvais jusqu’au bout des ongles, cet homme a qui j’essayais de ne jamais penser, mais que les paroles de la fille réveillait en moi. Mon père n’avait jamais rien fait de bon pour moi, et pourtant, pendant si longtemps, je m’étais persuadé que ma mère me mentait simplement parce qu’elle n’aimait pas mon père. Je croyais qu’il était parti pour mon bien, pour échapper a ma folle mère et a ses multiples conquêtes, pour me construire une échappatoire lorsque je serais assez vieux pour voyager. Ça avait sans aucun doute été ma pire erreur. Et me reconstruire suite a la découverte de mon père avait été l’une des choses les plus dure que j’avais eu à faire depuis ma naissance, avec mon deuil de Cobe, deux évènements qui, encore aujourd’hui, me grugeait lorsque j’y pensais trop.

Et elle parla. Elle parla sans véritablement s’arrêter, comme plongé dans la mélancolie de son histoire et je l’écoutai, je l’écoutai comme je n’avais jamais écouté personne. Je l’écoutais, et plus elle parla de son père, plus je sentais le parallèle avec mon propre vécu. Plus je sentais que son histoire était un contraire presque parfait a ce que j’avais vécu avec mon propre paternel. A la différence près que le sien était mort et que le mien croupissait dans une cellule d’Al-Poll. Je ne l’interrompis jamais, essayant plutôt de la comprendre dans un respect que je n’avais pas l’habitude de faire preuve. Elle se présenta alors. Éole.

    - Je suis Notch, Notch Sydix.


Je lui souris. Elle semblait heureuse d’avoir parlé. Et j’étais heureux de l’avoir écouter.

    - Tu sais, je ne crois pas que ton père soit quelqu’un de mal. Peut-être que c’est vrai que celui-ci était un assassin. Mais est-ce vraiment important? Les choix qu’il a faits, les gestes qu’il a posés ne sont-il pas ce qu’il reste vraiment de cet homme? L’homme qu’il était vraiment ne serait-il pas celui qu’il était a sa mort, un homme aimant et bon, un père de famille, tel que tout le monde se souviens de lui? J’ai connu des hommes, des assassins qui étaient père de famille, des hommes profondément bons qui tuaient pour assurer un avenir à leurs enfants. Simplement parce que l’assassinat est un métier très payant.


Regardant le ciel sans véritablement le voir, je soupirai. Parler. Pour se libérer.

    - Contrairement a toi, ma mère m’a toujours dit que mon père était quelqu’un de mal. Mais je n’aimais pas beaucoup ma mère, je croyais qu’elle me mentait a son propos. Il était partis peu après ma naissance, vois-tu… Je me suis inventé une histoire rocambolesque sur lui, j’étais certain de trouver un refuge en mon père et un jour, je suis partis d’ici et je suis allé le rejoindre, a Al-Poll.


Le rire bref qui sortit de ma bouche n’avait rien de joyeux, au contraire.

    - Mon père était mauvais. Profondément, irrémédiablement mauvais. Mais je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. J’ai vécu avec lui un an. Un an pendant lequel il m’a entrainé dans les pires déboires, me faisant commettre les pire infractions sans même que je ne m’imagine que j’étais manipulé, que ce que je faisais était mal. Et pourtant, je le faisais. Aujourd’hui, il est en prison. Et, tu vois, me remettre de cela, lorsque je suis revenu ici, chez ma mère, a Al-Far, ça a été la chose la plus dure de toute ma vie. Car cette fois, je ne pouvais plus voiler la vérité. Ce que mon père était, ce que les gens se souvenait de lui, c’était ses actions, ses choix. Et ceux-ci étaient exécrables. Et j’étais le fils de cet homme et au-delà des mots et du physique, je lui ressemblais. J’avais choisi de lui ressembler.


Je n’avais pas remarqué que mes poings étaient fermé, que mon visage était crispé, que mes yeux envoyaient des éclairs au ciel. Parler de mon père, de l’expérience que j’avais vécue n’était pas quelque chose de facile et faisait toujours ressortir cette colère profonde qui m’habitait. Je détestais devoir avouer que je lui ressemblais. Que j’avais voulu la douleur des autres.

    - Nous ne nous connaissons pas, c’est vrai… et pourtant, parler, justement, a quelqu’un qui ne nous connais pas, qui ne peut pas porter de jugement sur nos paroles, c’est réellement libérateur. Je suis content que nos routes se soient croisées, Éole, vraiment.


J’avais l’impression d’avoir utilisé un ton solennelle, comme si je voulais imprégner mes paroles d’une certaine gravité. C’était peut-être le cas, au final.

    - J’ai choisi de changer. J’ai choisi de devenir quelqu’un d’autre. J’ai choisis de partir pour un monde meilleur. Et j’espère que ce qui restera, a ma mort, sera mes dernières actions, mes bonnes actions, et non pas mes erreurs passé. Tu sais, j’ai le souvenir de t’avoir déjà croisé à l’académie…


Ma tête c’était vidé. J’étais là, serein, simplement apaisé. Mes craintes c’était envolé et je n’avais aucune peur de parler des marchombres, que la jeune femme à mes côtés connaissait sans doute beaucoup mieux que moi. Marchombre. Un mot, une promesse, un avenir. Marchombre.

    - La voie n’est pas celle de la facilité. Je crois qu’elle nous sert de guide, qu’elle nous pousse vers la bonne direction, et pourtant, l’arpenter est quelque chose de difficile, je m’en rends compte un peu plus chaque jour. Tu sais, même si tu n’as rien dit à ce propos, j’ai une certitude profonde que tu comprends de quoi je parle.


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MessageSujet: Re: Quand le passé te rattrape, souviens-toi que l'avenir est devant toi [Notch]   Jeu 03 Avr 2014, 00:01

- Je suis Notch, Notch Sydix.

Il sourit et la jeune fille lui rendit son sourire, reconnaissante. Notch, puisque c’est comme ça qu’il s’appelait, lui avait prêté une grande attention à son récit. Il l’avait écouté, elle ne savait pas pourquoi, mais il l’avait fait. Il n’était pas parti et il lui souriait, comme si il était heureux de l’avoir écouter. Et pour tout cela, elle lui était reconnaissante. Et elle se sentait beaucoup plus sereine. Confiante.

- Tu sais, je ne crois pas que ton père soit quelqu’un de mal. Peut-être que c’est vrai que celui-ci était un assassin. Mais est-ce vraiment important? Les choix qu’il a faits, les gestes qu’il a posés ne sont-il pas ce qu’il reste vraiment de cet homme? L’homme qu’il était vraiment ne serait-il pas celui qu’il était a sa mort, un homme aimant et bon, un père de famille, tel que tout le monde se souviens de lui? J’ai connu des hommes, des assassins qui étaient père de famille, des hommes profondément bons qui tuaient pour assurer un avenir à leurs enfants. Simplement parce que l’assassinat est un métier très payant.

Il avait raison. Si l’homme était un monstre, cela ne voulait pas forcément dire que son père en était un aussi. Soit parce que, comme l’avait dit Notch, il avait juste besoin d’agent, auquel cas, il ne prenait pas forcément de plaisir à tuer, soit parce que, même si il était un assassin par vocation, il n’agissait peut-être pas de façon aussi inhumaine que l’homme décrit par Notch.
Et puis le jeune homme avait raison aussi sur une autre chose : ce qui importe, ce ne sont pas ses erreurs du passé, mais bien ce qu’il était à sa mort. Le fait qu’il ait tout abandonné pour la femme dont il était tombé amoureux prouvait bien qu’il n’était pas un monstre. Il avait quand même pris des risques, et il était d’ailleurs mort pour cela, quand il avait tout laissé tomber, qu’il avait pris une autre identité, qu’il s’était caché à Al-Jeit. Il avait quand même fait tout cela pour sa femme. Et pour sa fille.
Éole sourit, soulagée. Son père, si il avait commis des erreurs, s’il avait pu faire du mal autour de lui, il avait tenté de se racheter, il était devenu quelqu’un de bien, qui était mort pour protéger sa famille. Son père n’était pas un monstre.

*Mon père était Wellan Létoile. Amrod Arsil est mort avant ma naissance, le jour où il est tombé amoureux de ma mère et qu’il a choisi de suivre une autre Voie. Comme pour moi, Ombe est morte le jour où j’ai trouvé l’Académie.*

Éole fut amusée de cette ressemblance avec son père. À moindre échelle, elle avait elle aussi abandonnée ce qu’elle était avant pour avancer sur une nouvelle Voie.

Elle reporta son attention sur le jeune homme qui regardait le ciel à côté d’elle. Il poussa un soupir et il parla. Et elle l’écouta, comme il l’avait écouté.

Le destin, ou peut-être le hasard, ou simplement la force de la vie les avaient réunis ce jour là, sur ce toit, pour qu’ils se parlent. Ils ne se connaissaient pas et pourtant ils se dirent les choses les plus enfouies en eux. Des choses qu’ils n’avaient peut-être jamais partagées avant ce jour. Leurs chemins s’étaient croisés pour qu’ils se déchargent d’un poids.

Chacun son tour. Comme si cela était naturel. Il n’était pas question de méfiance ou autre, non, c’était juste simple. Et cela faisait énormément de bien.

La jeune fille se rendit compte qu’écouter était aussi apaisant que parler. Au fur et à mesure des paroles de Notch, elle sentait ce poids quitter ses épaules, elle sentait son esprit s’alléger, son âme se libérer, comme elle avait senti le même poids quitter ses propres épaules, son propre esprit s’alléger, sa propre âme s’apaiser, quand elle même parlait.

Pour lui aussi il s’agissait de son père. Pour lui aussi c’était un homme qui avait eu un passé sombre, mais là où il différait du père d’Éole, c’est que lui, avait continuer sur cette voie là. Et Notch avait vécu dans l’illusion qu’il était quelqu’un de bien et il avait été manipulé et bien abimé par ce père... Éole comprenait sa douleur, c’est un peu celle qu’elle avait ressenti quand elle avait appris que son propre père était un assassin, même si elle était désormais convaincue que c’était un homme bon. La fin n’avait pas été aussi heureuse pour Notch.

Le jeune homme s’était crispé tout au long de son récit. Éole identifia cela comme de la colère. De la colère contre lui même, contre ce qu’il était. Il avait pourtant tout avouer à la jeune fille, il ne lui avait pas caché qu’il avait commis des crimes. Il avait été honnête avec elle. Avec lui-même. Parce que ne pas mentir aux autres, c’est aussi ne pas se mentir.

- Nous ne nous connaissons pas, c’est vrai… et pourtant, parler, justement, a quelqu’un qui ne nous connait pas, qui ne peut pas porter de jugement sur nos paroles, c’est réellement libérateur. Je suis content que nos routes se soient croisées, Éole, vraiment.

La jeune fille hocha la tête et sourit. Elle était d’accord, parce que, finalement, on a toujours peur du regard des autres. Et il était vrai que c’était plus simple de parler de choses dures, qui ont du mal à sortir, à quelqu’un qui ne connait rien de votre vie et qui ne portera pas de conclusions trop hâtives sur vous.

- Je suis contente aussi que nos chemins se soient croisés ce soir. Merci Notch, de m’avoir écoutée et d’avoir parlé. Merci.

Son sourire s’agrandit. Elle se sentait beaucoup mieux, beaucoup plus calme, plus sereine. Oui, elle avait tuer un homme. Elle n’en était pas fière, elle aurait aimé que cela se passe autrement. Mais elle voyait les choses autrement désormais et elle voyait se profiler une petite lumière devant elle. Elle commençait à pouvoir envisager de relativiser la situation, de se dire que l’homme qu’elle a tué était de la pire espèce qu’il soit et qu’elle ne contrôlait pas vraiment la situation à cet instant. Lui voulait la tuer et n’aurait pas hésiter une seule seconde. Elle n’arrivait pas encore à accepter tout cela, mais elle avait bon espoir qu’avec le temps elle y parvienne. Grâce à Notch.

- J’ai choisi de changer. J’ai choisi de devenir quelqu’un d’autre. J’ai choisis de partir pour un monde meilleur. Et j’espère que ce qui restera, a ma mort, sera mes dernières actions, mes bonnes actions, et non pas mes erreurs passé. Tu sais, j’ai le souvenir de t’avoir déjà croisé à l’académie…

Le dernier mot lui titilla l’oreille... Avait-il bien dit l’académie ? Il ne pouvait s’agir que d’une seule chose... elle ne fréquentait pas d’autre académie depuis environ six ans... Éole posa son regard sur le jeune homme et sourit. Un mot se fraya un chemin de son esprit. Comme une évidence. Marchombre.

Non, Éole ne se souvenait pas de l’avoir croisé à l’Académie, mais en même temps, elle y croisait tellement de monde... Et cela faisait si longtemps qu’elle en arpentait les couloirs... Pourtant, il ne devait pas passer inaperçu, il semblait plutôt grand et il avait d’assez larges épaules qui lui donnait une carrure imposante.

- La voie n’est pas celle de la facilité. Je crois qu’elle nous sert de guide, qu’elle nous pousse vers la bonne direction, et pourtant, l’arpenter est quelque chose de difficile, je m’en rends compte un peu plus chaque jour. Tu sais, même si tu n’as rien dit à ce propos, j’ai une certitude profonde que tu comprends de quoi je parle.

Le sourire de la jeune apprentie s’agrandit. La Voie des Marchombres était incroyable. Et elle était heureuse que Notch l’arpente. Elle était persuadée qu’il réussirait à être celui qu’il voulait. Il l’était déjà.
Elle lui adressa un clin d’œil malicieux, qui signifiait que oui, elle savait de quoi il parlait, mais que les mots n’étaient pas utiles pour le dire. En revanche, elle ajouta autre chose.

- A propos de ton histoire, je voulais te dire... C’est normal pour un petit garçon de voir en son père un modèle, de vouloir lui ressembler. Ce que je veux dire, c’est que tu peux faire la paix avec toi-même de ce côté là, ce n’est pas parce que tu lui ressembles, ou que tu as choisi de lui ressembler que tu n’es pas quelqu’un de bien. Et je pense que tu es quelqu’un de bien. Sincèrement.

Éole lui adressa un sourire qui fit briller le fond de ses prunelles noires comme brillent des étoiles sur le ciel sombre de la nuit.

- En tout cas, tu es sur la bonne Voie pour que ce qui restera, après ta mort, ce sera l’image d’un homme bien.

Nouveau clin d’œil complice. Oui, la Voie des Marchombres était vraiment merveilleuse. Et Éole était persuadée qu’elle pouvait guérir toutes les blessures, racheter toutes les erreurs, tant qu’on l’arpente toujours, en se souvenant de qui on a été, de qui on est, et qui on veut devenir.

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"C'est donc bien que la danseuse est dans un autre monde, qui n'est plus celui qui se peint de nos regards, mais celui qu'elle tisse de ses pas et construit de ses gestes"
- Paul Valéry -

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