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Le Pacte VS L'Ordre
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 Et le passé se fit présent [PV Syndrell]

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MessageSujet: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Mar 18 Nov 2014, 23:48

« Il faut que je le fasse. »
Cette résolution est la seule chose à laquelle je pense tout en préparant mon équipement. Entre deux galettes de niam glissée dans mon sac, je repense à l’herbe verte d’un petit coin de Gwendalavir. En sécurisant la dague de Pia à ma ceinture, je vois les vieux murs d’une ferme. En harnachant Shantal, je sens la fraicheur des montagnes proches. Déjà je me vois là-bas. Mais comment est-ce maintenant, ce « là-bas » ? Il ne me reste plus qu’à trouver le courage d’aller voir. Il m’a fait défaut pendant des années. J’ai réussi à repousser cette pensée en me disant « après ma formation ».  Sauf que j’ai bien failli mourir il y a un mois. Sans Hope, il n’y aurait plus eu d’espoir de voir la fin de mon apprentissage. Alors aujourd’hui, c’est décidé je fait un détour et je rentre chez moi.


*****


Les vents chassent devant moi de lourds nuages gris, porteurs de pluie. Parfait ! Qu’ils guident le chemin sans me tremper jusqu’aux os. Derrière eux, ils laissent un air plus doux que celui de la semaine passée. On sent bien que l’automne est là, coincé entre l’été et l’hiver. Un jour il fera beau et presque chaud, un autre le soleil aura disparu sous la brume et le froid aura envahi les airs. Ca ne m’étonnerait pas qu’avec ce temps là, les pointes des montagnes soient poudrées de blancs. Au retour je monterais là-haut, voir si je peux y trouver d’autres Anges.
Cette pensée me tire un sourire, bien vite effacé. Je touche au but.

Nous sommes à un carrefour. A droite, une route directe pour le passage du col des Louves puis Alinor et le désert des Murmures. A gauche … des villages, des fermes, des prés. Des ruines.
Une bonne nuit de sommeil à Fériane m’aura permise de me lancer à l’assaut de cette journée avec énergie. Même si c’est Shantal qui a galopé deux heures pour nous mener jusqu’ici, c’est bien moi qui me sent tout à coup vidée. Des années de tension accumulées, de nuits habitées par des cauchemars sanglant, se révèlent pour me faire perdre toute envie de poursuivre. Je tire les rênes légèrement vers la droite pour faire avancer Shantal sur la route d’Alinor. Cette carne décide soudain de me désobéir et s’arrête pour tourner sa lourde tête vers la gauche, humant l’air. Puis il hennit et s’agite. Toi aussi tu te souviens mon vieux ? C’est pour ça que je n’ai pas pris un cheval de l’académie pour faire le voyage. Certes j’aurais pu aller plus vite, mais il aurait manqué le deuxième survivant de l’histoire. Si je dois retourner là-bas, ça ne peux pas être sans toi.


- Tu veux vraiment y aller ? lui soufflais-je en caressant son encolure,

Il s’ébroue et tire à nouveau en direction de la gauche. Difficile de faire plus clair. Pour lui il n’y a pas de choix, juste une route qui s’élance et au loin des prés qui l’appellent. Si seulement tout pouvait être aussi clair dans mon esprit … ça m’éviterait de tergiverser.


- Tu as gagné mon vieux. Vas-y.

D’un coup de talon je relance Shantal, laissant à notre droite la route vers Alinor.


*****


Je la reconnaîtrais entre milles. Peu de fermes dans les environs ont un chemin privé bordé de châtaigniers en guise d’entrée. Ils sont toujours là, immuables. La plupart des feuilles ont rejoint le sol, dissimulant de précieuses bogues qui nous nourrissaient au tout début de l’hiver. Je me souviens du rire léger de Liénor quand une châtaigne explosait dans la cheminée, me faisant crier de surprise. Y-a-t-il des gens aujourd’hui, entourant l’âtre et faisant griller des châtaignes ? C’est cette question à l’esprit que je pousse Shantal sous les arbres.

Nous avons à peine atteint la moitié du chemin que des sons familiers atteignent mes oreilles. Le meuglement d’une vache, des voix humaines, un chien qui aboie. Est-ce moi qui les invente ? Les fantômes de mon passé hantent-ils encore les lieux ? A nouveau je suis partagée entre l’envie de changer de chemin et celle de continuer pour atteindre mon but. Oh et puis ce serait si bête de renoncer si près ! J’ai tellement envie de savoir, de revoir.

Nullement effrayé par les aboiements, ni bientôt par le molosse lui-même, Shantal continue sur sa lancée, accélérant même le pas. « Maison » chantonnent ses sabots sur les pavés. Mais ce n’est plus notre maison mon vieux, c’est celle de ce gamin qui rappelle le chien à ses pieds. Il nous toise d’un air méfiant, et je lis dans son attitude qu’il est prêt à lâcher son animal pour courir chercher ses parents.


- Bonjour, lui dis-je tout simplement, essayant de le rassurer. Et ensuite ? « Je voudrais récupérer ma maison, c’est possible ? » « Est-ce que je peux visiter et déprimer un peu ? » « Nom d’une face de Trodd ! Ca n’a pas changé ici ! » Oui ça n’a pas beaucoup changé … un peu plus de lierre sur le mur d’enceinte, une charrette en moins au fond de la cour, mais à part ça les lieux sont les même. Il y a toujours cette odeur de feu mêlée de foin qui plane dans les airs …

- Qu’est ce que vous voulez ?

La réplique un peu agressive du gamin me tire de ma rêverie. Ah oui j’ai peut-être oublié de lui expliquer ma présence …

- Eh bien je cherchais à faire garder ma monture jusqu’à ce soir. Tu crois que c’est possible ? J’ai un peu d’argent s’il faut.
- Papa ! Tu peux venir ? lance le gamin, me quittant des yeux un bref instant.

Les bruits de marteau en provenance de la grange cessent et bientôt un homme aux larges épaules apparaît. Il parait surpris de voir quelqu’un dans un endroit aussi reculé, mais cache vite ses sentiments derrière un masque d’assurance et de méfiance. D’un geste protecteur, il pose sa main sur l’épaule de son fils qui se hâte de lui répéter ma question. Dans le même temps je glisse au bas de ma selle et m’avance de quelques pas vers eux. Le molosse grogne mais d’un claquement de langue, l’homme le fait s’arrêter. Il me jauge et je ne me gêne pas pour faire de même. Il me dépasse d’une bonne tête et possède une stature imposante. Les rides sur son visage camouflent une cicatrice sur la joue droite, et témoignent d’une vie passée fatigante. J’avais espéré que ses traits me rappelleraient une personne de ma jeunesse. Non. Il n’a rien d’Ermal, de Shael, de Norwen ou encore d’Ilbert. Rien d’autre que les traits d’un inconnu …

- Juste une journée ? Qu’est ce que vous voulez faire en si peu de temps ?
- Me promener. Puis devant son air interrogateur je rajoute : il y avait un village un peu plus loin, je voudrais aller y jeter un coup d’œil.
- Faites comme vous voulez, mais méfiez vous, les loups sont descendus au bas des montagnes récemment. Il ne faudrait pas que vous vous fassiez attaquer.
- Ne vous en faites pas pour moi, j’ai vu pire … au fait je m’appelle Ange.
- Marshal. Et ça c’est Cal, vous pouvez lui confier votre cheval, il va s’en occuper. Tache de lui trouver une place à côté de celui de notre autre invité. Dit-il en se tournant vers son fils, puis en me faisant face : vous êtes la deuxième personne à nous demander de l’aide en deux jours. Nous pouvons vous prêter un coin de grange si vous voulez dormir ici. Les plaines sont plus sures quand le soleil se couche.
- Merci, ça serait très gentil de votre part.

Je tapote l’encolure de Shantal avant de confier les rênes à Cal. Je lui souris et le vois se détendre enfin. C’est peut-être l’idée d’avoir un otage qui le rassure. Puis je m’éloigne, sans vérifier qu’on prend bien soin de mon cheval. C’est impossible pour moi de concevoir que cet endroit puisse être habité par des gens indignes de confiance.

Je me mets à trottiner au milieu des collines, goûtant à l’air frais de ce début d’après-midi. L’herbe sous mes pieds est encore humide d’une pluie récente. Mes bottes en cuir souple sont là heureusement pour me protéger. Je suis équipée pour affronter les froids de Gwendalavir mais pas pour la chaleur du désert des Murmures ! Il parait que jamais l’hiver n’a mis les pieds là-bas. C’est  dans la ville d’Alinor que les flocons s’arrêtent. Après il n’y a plus qu’un été infini et brûlant qui dissuade les plus fous de traverser le désert.

Penser au Rentaï chasse brièvement mon enfance de mes pensées. Cela ne suffit plus quand de petits monticules se dessinent sous les brins d’herbe mouillés. Des yeux innocents ne verraient rien de plus qu’un grand carré de plaine semblable aux autres. Moi j’y vois des maisons, une fontaine, des pavés. Je vois surtout les restes de mon village, usés par le feu, la pluie et la nature. De la pointe de mon pied je dégage un tas de pierre. Autrefois ça devait être la maison de … où suis-je donc … c’est si dur de se repérer quand il ne reste plus rien. Si la route passe à plusieurs centaines de mètres à ma droite, c’est que je dois être vers chez Ermal, un des garçons de mon âge qui aimait le tir à l’arc autant que moi. Et puis si j’avance je devrais tomber sur l’étal de Norwenn. Il n’y a plus d’étal ni de pommes. Encore des pierres rongées par le temps.

Comme une folle je déambule dans des rues que seuls mes yeux peuvent voir. Je ne sais plus si j’évolue au milieu des herbes ou des pierres. J’entends des voix dans mon dos, mais quand je me retourne, il n’y a personne. Le vent me joue des tours et me fait espérer ce que seuls mes rêves ont pu m’offrir jusqu’à présent : la vie de mes amis. Je marche. Je cours. Tout à la fois. Je me perds. Cherche au détour d’un tas de pierre le souvenir d’une âme. Et puis arrive sur ce qui était la place du village. Mon esprit est tellement perdu que l’image du tas de corps en feu revient à moi, plus réel que le jour du massacre. Je tombe à genoux et regarde cet espace où mon enfance à pris fin.
Les larmes roulent sur mes joues, sans qu’un son ne s’échappe de mes lèvres. Comme ce jour macabre, je suis incapable de faire autre chose que de rester prostrée là. Si seulement j’avais été Marchombre il y a cinq ans, j’aurais pu les sauver …

Un bruit dans mon dos. Je m’accroupis, une main sur mon poignard, prête à me défendre. Le visage encore baigné de larmes, je m’apprête à défendre ce cimetière et ma vie. Quel que soit l’être vivant qui se cache, il  ne me fait pas peur.


Dernière édition par Ange Shar le Lun 09 Fév 2015, 22:39, édité 1 fois
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Jeu 29 Jan 2015, 16:58

[Et bien ça y est, me voilà ! Et comme tu peux le constater je n'ai pas chômé ^^ Désolée pour la couleur des paroles de Ciel, c'est un peu pénible à lire et on a la séagréable impression qu'il manque quelque chose en voyant le texte la première fois mais bon, on fait avec xD]





- Cours !

Un cri qui brisa le silence relatif de la nuit et sortit l’interpelé de sa torpeur. Il frémit, laissa l’air pénétrer à nouveau dans ses poumons et parvint à détacher son regard de la créature qui lui fonçait dessus. Il fit volte-face et se mit à courir dans l’herbe craquante de givre.

Les pans de son manteau élimé se soulevèrent dans son dos tandis qu’il accélérait l’allure. Il progressait plus vite que jamais, lui qui n’avait jamais été un grand sportif dans l’âme, mais il pouvait sentir dans son dos la présence mortelle de son poursuivant. Elle se rapprochait de seconde en seconde. Il ne lui en fallait plus qu’une poignée pour atteindre la limite de sécurité. Le souffle court, les poumons en feu, il s’accrochait à cette idée. Presque… Il y était presque. Encore quelques pas et…

… il glissa. Son pied gauche dérapa sur l’herbe humide et il s’écroula de tout son long. Fin de la partie, il était impossible désormais d’espérer échapper au monstre qui s’était lancé à ses trousses. Il se retourna et se redressa sur les coudes, mort de peur mais fermement déterminé à accueillir la mort avec autant de dignité que possible.

Face à lui, la créature arachnéide effectua un bond spectaculaire, prête à lui fondre dessus. Une flèche la faucha en plein élan et infléchit sa trajectoire, la laissant retomber à gauche du jeune homme. Ses pattes s’agitèrent un bref instant avant de s’immobiliser définitivement.

Ciel se laissa tomber sur le dos et, dans un soupir de soulagement, ferma les yeux.


- Prof ? Rien de cassé ?

Le dessinateur ouvrit les paupières  pour croiser un regard incroyablement doré.

- Nan…

Il s’assit prudemment et remua doucement ses bras, puis ses jambes. Non, il n’avait aucune blessure ; son souffle était saccadé, son cœur battait la chamade et il tremblait encore mais il était sain et sauf. Accroupie près de lui, Syndrell lâcha son arc et l’attrapa par le col de son manteau pour plaquer un baiser sur son front.

- Ciel Kern, tu es décidément un sacré personnage ! fit-elle remarquer en se redressant souplement. La chance est ton amie !
- Une drôle d’amie, marmonna-t-il en attrapant la main qu’elle lui tendait pour se lever à son tour.

Il était émotif, pas sportif, et il se pencha aussitôt en avant pour récupérer, les mains sur les genoux. Loin d’être aussi secouée que lui, Syndrell lui ébouriffa les cheveux avant de s’approcher du cadavre qui gisait dans l’herbe à quelques pas d’eux. Elle l’observa un instant, les mains sur les hanches, puis se pencha et entreprit de récupérer sa flèche.

- Ce Marcheur était particulièrement coriace… pourquoi n’as-tu pas dessiné ?
- J’étais trop occupé à courir pour sauver ma peau.
- Je suis là pour ça, non ? Je t’avais dit que tout était sous contrôle.
- Peut-être. T’avais pas dit qu’un Marcheur pouvait en cacher un autre.
- Parce que je n’en étais pas sûre. Il y avait une chance sur deux pour que ce soit le cas.
- Une chance suffisante pour me mettre au parfum !
- Mais puisque c’est toi qui a de la chance…
- Stop !


Ciel plaqua sa main sur les lèvres de la marchombre.

- Plus un mot sur cette fichue chance. J’estime avoir eu largement mon compte pour ce soir… On rentre ?

Syndrell était toujours bâillonnée mais ses yeux parlèrent pour elle. Sourire doré et lumineux. Elle lui attrapa la main et ils s’éloignèrent tranquillement, comme s’ils n’avaient pas risqué leur vie au cours de cette belle nuit. Comme s’ils ne laissaient pas derrière eux le cadavre d’une créature peu commode. Comme si rien de tout ceci n’était capable d’entamer leur complicité et leur bonne humeur.

C’était le cas.




*




Syndrell ne sursauta pas lorsqu’une pile de livres s’abattit brusquement sur la table, à côté d’elle, mais elle haussa un sourcil interrogateur.

- Tu vas me lire une histoire ?lança-t-elle d’un ton gouailleur.

Ciel se contenta de lui jeter un regard noir avant de tirer la chaise pour s’asseoir et ouvrir le premier ouvrage.

- Tu sais qu’il y a des chaises dans cette maison ? demanda-t-il au bout de quelques minutes, plongé dans sa lecture.
- Il paraît, oui…

Perchée sur un coin de la table, Syndrell attrapa un livre et le feuilleta distraitement.

- Tu m’expliques ?
- Comment t’asseoir sur une chaise ?
- Non, ce que tu es en train de faire.
- Des recherches. Et je crois que j’ai trouvé quelque chose.


Il tendit sa trouvaille à la jeune femme, qui observa d’un air pensif l’écriture en pattes de mouche et les esquisses représentant vaguement ce qui pouvait ressembler à un Marcheur.

- Toutes ces apparitions de Marcheurs sont liées et je pense avoir mis le doigt sur ce qui les relie entre elles. Il y a un village, dans la campagne de l’est… il n’en reste aujourd’hui que des ruines mais je crois que quelque chose se trame là-bas.
- Quel rapport avec nos Marcheurs ?
- Des témoignages. Anciens, comme tu peux le voir, mais je me demande s’il ne serait pas envisageable d’aller vérifier tout cela.


Le cœur de Syndrell se mit à battre plus vite dans sa poitrine. Elle connaissait cette sensation par cœur : c’était celle qui faisait écho à l’appel de l’aventure, celle qui répondait à cette force la poussant sans cesse en avant et qui traçait son chemin pour l’emmener toujours plus loin. La marchombre referma le livre, un sourire éblouissant aux lèvres.

- Je pars demain matin.




*



Syndrell arrêta la course tranquille de Vagabond et se laissa glisser à terre, le regard fixé sur les quelques maisons qui se profilaient devant elle. C’était une bourgade paisible, bâtie à flanc de coteau et perdue au beau milieu de nulle part. Pionniers dans l’âme, nombreux étaient les alaviriens qui avaient bravé les dangers et la solitude pour trouver un coin de paix dans cet Empire et s’y établir…

Les guides de Vagabond en main, Syndrell s’approcha du village d’un pas léger. Elle venait de dépasser la première chaumine lorsqu’un grognement sourd la fit s’immobiliser. Un chien se tenait devant elle, dressé sur ses quatre pattes, l’échine hérissée et les crocs à découvert.

Il devait bien peser une quarantaine de kilos et semblait déterminé à protéger son territoire de toute intrusion.
Anxieux, Vagabond frémit et commença à s’agiter mais Syndrell le tenait fermement par la bride. Elle ne quittait pas le chien des yeux. Un murmure rauque, bourdonnant et pourtant à peine audible s’échappa de ses lèvres, se mêla au grondement sourd du molosse.

L’apaisa instantanément.

Le chien émit un jappement qui n’avait plus rien de menaçant et trottina jusqu’à la marchombre, qui se fit un plaisir de l’accueillir avec des caresses. Elle était en train de s’extasier sur son pelage  flamboyant lorsqu’une voix teintée de surprise interrompit la scène :


- Comment… comment vous faites ça ?

Syndrell tourna la tête et sourit au garçon qui la détaillait avec étonnement.

- C’est ton chien ? Il est magnifique.
- Il n’est pas tendre avec les inconnus, normalement…


Agé d’une dizaine d’année environ, l’enfant se dandinait d’un pied sur l’autre, ne sachant pas trop quoi penser de ce qu’il voyait.

- Il s’agit peut-être d’un coup de foudre, fit Syndrell en grattant le chien derrière les oreilles. Je crois que le contact est immédiatement passé entre nous.

Comment ne pas y croire en les voyant tout les deux ? Elle souriait, il laissait pendre sa langue d’un air affectueux et finit même par se laisser tomber à terre, ventre à l’air, pour qu’elle poursuive ses caresses. Un spectacle qui acheva de rassurer l’enfant qui s’approcha d’eux.

- Quel est son nom ?
- Kwatch. Et moi c’est Cal.
- Enchantée Cal, je m’appelle Syndrell. Dis-moi, y a-t-il un endroit où je pourrai passer la nuit ?
- Je vais demander ça à p’pa. Je peux m’occuper de ton cheval ?


Syndrell hocha la tête et abandonna les rênes de son frison dans les mains du garçon.

- Il s’appelle Vagabond et il a un faible pour les carottes, lui confia-t-elle dans un clin d’œil complice.
- Des carottes ? Ça tombe bien, on en a plein !

Un abri pour la nuit, des carottes pour son cheval et deux compagnons aussi sympathiques l’un que l’autre ; il n’en fallait guère davantage pour que Syndrell soit heureuse d’être arrivée là...




*



Du bout de son pied, Syndrell déplaça un morceau de poutre qui avait été rongée par les flammes longtemps auparavant. Combien de temps exactement ? Marshal, le père de Cal, était resté curieusement évasif à ce sujet. Nul ne semblait savoir ce qui s’était réellement passé dans ce village, plus petit encore que celui dans lequel elle s’était établie pour mener ses investigations.

Une dizaine de maisons s’étaient tenues là autrefois. La nature avait repris ses droits sur une terre dévastée mais prête à renaître ; toutefois, malgré la végétation qui envahissait le site et ensevelissait les restes du petit bourg, Syndrell n’avait aucun mal à imaginer la vie paisible qu’avaient pu connaître ses habitants.

La jeune femme déambula parmi les vestiges et contourna une butte herbeuse. Son regard suivit pensivement la ligne d’horizon. Aucune trace des Marcheurs ici ; Ciel se serait-il trompé dans ses conjectures ? Elle avait confiance en l’esprit déductif de son ami mais l’intrigante activité de ces créatures la laissait perplexe depuis déjà plusieurs semaines…

La marchombre s’apprêtait à revenir sur ses pas pour étendre ses recherches lorsqu’un bruit, à peine plus conséquent qu’un frémissement, la mit sur ses gardes. L’inconvénient des Marcheurs, c’était qu’ils avaient la capacité de faire un pas sur le côté et donc, d’apparaître à tout moment dans les environs. C’est en se préparant à cette éventualité que Syndrell revint prudemment vers les vestiges du bourg.

Tout en se déplaçant silencieusement elle attrapa une flèche dans son carquois et l’encocha. Rejetant sa longue tresse bleue dans son dos d’un mouvement de tête, elle se glissa derrière les décombre d’une maison dont il ne restait plus que deux murs porteurs recouverts de lierre et plaqua son dos contre un pan de pierre froide. Puis elle jeta un coup d’œil discret dans la direction d’où lui parvenaient les bruits d’une présence… et se détendit légèrement.

Une jeune femme, et non un Marcheur, était accroupie dans ce qui avait dû être autrefois une petite cour. Silhouette mince, cheveux sombres, vêtements de voyage, elle semblait guetter quelque chose. Ou quelqu’un. Syndrell laissé échapper un petit soupir entre ses lèvres, tergiversa une poignée de secondes et décida finalement de laisser sa curiosité légendaire l’entraîner un petit peu plus loin dans cette direction.

Elle rangea sa flèche et fit quelques pas en pleine lumière avant de déposer son arc dans l’herbe, les mains bien en évidence pour prouver la bonne nature de ses intentions.


- Salut ! lança-t-elle joyeusement. Comment ça va ?

Une entrée en matière digne de Miss ; Syndrell ne se rendait pas compte de tous ces instants où elle reprenait machinalement les attitudes de son ancien mentor mais, en l’occurrence, la ressemblance lui sauta aux yeux et lui tira un sourire absolument radieux.

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…




Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Lun 09 Fév 2015, 23:45

De derrière un mur croulant sous la mousse, une jeune femme apparait. Je ne prends même pas le temps de la détailler du regard. Elle a un arc. Certes elle a bien le droit de chasser les lapins qui doivent se planquer dans les ruines, mais elle pourrait tout autant décider que je suis une intruse. Surtout que je ne fais rien pour paraître douce et gentille. Toujours en position accroupie, prête à bondir, je l’observe s’avancer. Ce n’est pas moi ça, la fille sans aucune confiance. J’ai rencontré un paquet d’inconnus au cours de ma vie, et combien se sont révélés dangereux sur le nombre ? Assez pour être méfiant, pas assez pour être agressif. Sauf qu’ici je me sens comme la louve qui protège ses petits. Qui protège ce qu’elle chérit.

-Salut ! Comment ça va ?me lança-t-elle après avoir posé son arc au sol.

Alors ça … cette entrée en matière est tellement sympathique que j’en tombe ma garde. Grossière erreur si c’était une folle hypocrite. Excellente réaction pour l’instant puisque la jeune femme n’en profite pas pour m’attaquer. Apparemment cette fille là ne craint pas les inconnus !

Soudain curieuse, je la détaille rapidement. Grande, fine, assurément souple à en juger par sa façon de se mouvoir, elle dégage une aura de calme puissance. Face à elle, je me sens incapable d’avoir peur. Lentement je me relève et avance à sa rencontre. Son regard est doré. Ses cheveux bleus. Sa beauté est unique. Cela vient s’ajouter à cette aura que j’ai ressentie en la voyant apparaitre et me donnerait presque un sentiment de faiblesse. Presque. Sauf que je m’en fous royalement. Je suis venue pour renouer avec mon ancien moi, pas pour chercher à devenir quelqu’un d’autre. Tant que j’avance, tout va bien. Et quelque chose me dit que cette fille n’est pas arrivée sur ma route par hasard.


- Ca va très bien et toi ?  tout en sachant qu’en plein jour et à cette distance, elle verra mes yeux rougis par les pleurs. Mais dire la vérité, ce serait ouvrir la porte à un déballage de ma vie, ce qui risque d’être ennuyant pour elle et pour moi.

- C’est un bon terrain de chasse par ici ? lui demandais-je en désignant les alentours, J’ai le souvenir d’un temps où ce n’étaient pas des lapins qu’on chassait, mais des vendeurs trop distraits pour surveiller leurs pommes…

Inconsciemment, je laisse à nouveau mon regard se perdre dans les herbes et les images du passé ne tardent pas à remonter à ma mémoire.


- Au voleur ! crie la voix forte d’un homme,
- Vite Mélo avant qu’il ne nous voit ! me murmure un gamin blondinet en me tirant la manche,


Réalisant que je fixe un point presqu’à mes pieds, je me frotte les yeux et me hâte de revenir à la réalité. Non Liénor, je ne fuirais plus jamais Norwenn. Et toi non plus … Tu aurais pu devenir un sacré Marchombre toi aussi …


- Oula … excuse moi, le voyage m’a fatiguée … lui dis-je, sachant pertinemment que je ment, la nuit à Fériane m’ayant requinquée. Je pourrais courir jusqu’à l’Académie avec l’énergie qui coule dans mes veines.

- Je m’appelle Ange, et toi ?

Je tends une main vers l’inconnue, un sourire confiant sur les lèvres. Et une dague à la ceinture toujours là, au cas où. Espérons qu’il n’y ait pas de « au cas où » aujourd’hui, en tout cas pas sur cette terre qui a bu assez de sang.



[HRP : Un peu court, mais je tâcherais de m'emballer plus tard Wink
Si tu écris un livre un jour, n'oublies pas de nous en informer ! Tes Rps sont toujours de pures merveilles.]
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Mar 10 Fév 2015, 14:48

[Merci Ange, c'est gentil... si d'aventures je me hisse au rang très admirable des écrivains de ce monde, tu seras la première au courant Wink]




Syndrell pencha la tête sur le côté et observa, non sans un certain amusement, la jeune inconnue hésiter face à elle. Cette méfiance lui était singulièrement familière et elle savait que trop d’amabilité risquait de la faire douter ; mieux valait rester soi-même !

La marchombre fit donc quelques pas et étira tranquillement ses bras. Cal et sa famille étaient adorables de la laisser occuper leur grange, mais elle avait perdu l’habitude de dormir sur un lit de paille et son dos le lui signifiait douloureusement.


- Ça va très bien et toi ?
- Au poil !


Syndrell fit doucement jouer l’articulation de son épaule gauche en détaillant le visage de la jeune femme. Elle avait de magnifiques yeux d’un bleu marine qui lui rappelait la couleur du ciel, juste après le coucher du soleil, au moment où les étoiles s’allument et appellent la nuit… Mais ce qui brillait dans ce regard-là était un voile de tristesse. Il y avait eu des larmes dans ces yeux et Syndrell, en s’en apercevant, choisit de ne pas y faire allusion.

Chaque chose en son temps…

- C’est un bon terrain de chasse par ici ?

Sur le moment Syndrell ne comprit pas d’où venait cette question, puis elle posa les yeux sur son arc resté à terre et hocha la tête.

- Quelques lapins, mais la saison est encore trop fraîche et la plupart sont bien à l’abri dans leurs tanières.
- J’ai le souvenir d’un temps où ce n’étaient pas des lapins qu’on chassait, mais des vendeurs trop distraits pour surveiller leurs pommes.
- Vraiment ?
fit Syndrell en haussant un sourcil amusé.

Mais son interlocutrice semblait s’être soudain perdue dans ses pensées. Devant son regard vague et son visage fermé, Syndrell devina qu’elle revisitait le souvenir de ces fameux vendeurs de pommes, et son cœur se serra. L’évidence qui se dessinait dans son esprit, l’addition entre les larmes, les souvenirs et les ruines, était bien trop triste pour qu’elle ne se sente pas chagrinée à son tour.

- Oula… excuse-moi, le voyage m’a fatiguée…
- Pas besoin, je sais ce que c’est,
répondit Syndrell en se penchant pour ramasser son arc.
- Je m’appelle Ange, et toi ?

Lorsqu’elle se redressa, elle découvrit la jeune femme juste devant elle, la main tendue et un sourire sur les lèvres. La marchombre passa son arc en bandoulière et s’empressa de serrer cette main dans la sienne, acceptant cette marque de confiance pour ce qu’elle était : une jolie rencontre.

- Enchantée Ange, je suis Syndrell !

Clin d’œil doré.
Echange parfait, salué par un bref mais audacieux rayon de soleil, et un sourire effleura les lèvres de Syndrell. Elle venait d’apercevoir une toute petite étoile dans les yeux bleus d’Ange.




*



Assise sur une pierre plate, Syndrell ouvrit sa besace et fouilla un instant à l’intérieur avant de lâcher une exclamation satisfaite. Elle en sortit un petit paquet qu’elle ouvrit en grand et présenta à Ange, assise près d’elle.

- Des langues de chat. Tu aimes ? Celles-ci sont un peu spéciales : elles ont le pouvoir de ramener le soleil dans le cœur de celui qui les mange. Enfin, c’est ce que prétend mon colocataire, qui se trouve être aussi mon meilleur ami dont l’imagination est… débordante.

La marchombre croqua dans un biscuit et ferma les yeux pour savourer sa bouchée.

- Mmmh… Pour une fois je suis d’accord avec lui !

Elles mangèrent toutes les deux en silence, profitant du calme de la plaine et du chant du vent dans les arbres. Ravie d’avoir un peu de compagnie au beau milieu de ses investigations, Syndrell s’allongea et posa la tête sur son sac.

Les mains croisées derrière la nuque, une langue de chat entre les lèvres, elle regarda défiler les nuages et laissa ses pensées vagabonder, jusqu’à ce que celles-ci la ramènent quelques minutes plus tôt, au moment où Ange avait évoqué les marchands de pommes. Des marchands qu’elle avait connus.
Donc…



- Comment était-ce, avant ? demanda-t-elle simplement.

Inutile de préciser qu’elle parlait du village en ruines, au beau milieu duquel elles se trouvaient. Et la connivence qui vivrait dans cette seule question signifiait à demi-mot qu’Ange pouvait parler sans crainte, si toutefois elle en avait envie.
Ou besoin.



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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Mar 10 Fév 2015, 20:47

Allongée sur une pierre plate, Syndrell scrute le ciel pensivement. A ses côtés, je mâchouille une langue de chat pour la première fois de ma vie. C’est bien bon ces petits trucs ! A tel point que j’en mangerais bien l’équivalent de mon poids. Il faudra songer à demander l’adresse du colocataire. C’est un homme, je devrais pouvoir le charmer pour obtenir plus de gâteaux. A cette idée, mes yeux se mettent à pétiller. Des gâteaux. Plein de gâteaux.

En partageant ses provisions, la jeune femme a définitivement abattu les murs de méfiance qui m’entouraient. J’ai été trahie une fois, il y a de longs mois, mais je peine à croire que tous les gens peuvent être comme cette fiente de Ts’liche de Keith. Un de ces jours je le retrouverais pour lui coller une bonne fessée et lui faire passer le goût de jouer avec le cœur des femmes ! Heureusement que Hope, Mana et Dil étaient là pour me redonner foi en l’espèce humaine.

Syndrell est parfaitement détendue, et elle aurait tort de ne pas l’être. Perdues au milieu des collines, nous sommes seules avec le calme. J’aurais pu le savourer en solitaire si elle n’avait pas été là, mais sa venu m’a fait l’effet d’un rayon de soleil dans un monde bien gris. La jeune femme est vive, intelligente et fort sympathique. Et puis elle a des gâteaux.


- Comment était-ce, avant ?

Je tourne vers elle un regard interrogateur et ne tarde pas pour exprimer le fond de ma pensée.


- Avant ? En quoi est-ce que ça peux t’intéresser ?

J’attends la réponse un quart de seconde avant de vraiment lui répondre. Oh est puis après tout, qu’est-ce que ça me coûte de lui parler de mon village. De toute façon mes informations ne l’amèneront pas bien loin …

- Avant … c’était vivant. Y’avait des enfants qui couraient dans les rues du village et des parents pour les engueuler. Y’avait des artisans, pas beaucoup, juste assez pour faire résonner l’endroit du bruit des marteaux. Pas grand monde passe par ici tu sais. Les gens s’arrêtent à Fériane et vont jamais jusqu’aux montagnes ou au Désert des Murmures. On y était bien dans ce village … jusqu’à ce qu’une bande de pillards décide de rayer cet endroit de la carte…

Tout en parlant, le souvenir du village en flamme remplace celui des murs envahis d’herbes folles.

- Il y a eu un avant où tout brûlait … Tu vois l’espèce de monticule là-bas ? dis-je en pointant l’ancienne place principale, c’était le cœur du village. La dernière image que j’ai, c’est celle d’une pile de corps au milieu d’un feu montant jusqu’aux nuages. Je n’étais pas là le jour où c’est arrivé, c’est pour ça que je suis en vie …

Et je suis bien la seule … Ma voix n’a pas tremblé, et j’ai le sentiment que mes larmes de tout à l’heure étaient les dernières que je versais ici. C’est du passé tout ça, et rien ne ramènera mon village. Il ne reste plus que moi pour le faire vivre à travers ma vie et mes souvenirs.

Je me tourne vers Syndrell, cherchant à savoir si ma réponse lui a convenu. Elle est toujours perdue dans la contemplation des nuages, comme si elle réfléchissait à quelque chose.


- Si tu me demandes ça, c’est que t’es pas du coin. Qu’est ce que tu viens faire ici ?

Elle s’est montrée indiscrète vis-à-vis de ma vie, je peux me permettre de faire pareil. Et je peux aussi me permettre de reprendre un biscuit, ce long monologue m’ayant ouvert l’appétit.

- Chont bon tes gâteaux. Il faudra que ton ami me donne sa rechette, lui dis-je, en réussissant l’exploit de ne pas cracher un seul morceau en parlant !
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Syndrell Ellasian
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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Mer 11 Fév 2015, 10:45



- Avant ? En quoi est-ce que ça peut t’intéresser ?

La question, toute faite de méfiance et de tristesse, avait jaillit durement mais Syndrell s’y attendait. Elle ouvrait déjà la bouche pour répondre quelque chose à Ange lorsque celle-ci poursuivit d’un ton plus doux :

- Avant … c’était vivant. Y’avait des enfants qui couraient dans les rues du village et des parents pour les engueuler. Y’avait des artisans, pas beaucoup, juste assez pour faire résonner l’endroit du bruit des marteaux. Pas grand monde passe par ici tu sais. Les gens s’arrêtent à Fériane et vont jamais jusqu’aux montagnes ou au Désert des Murmures. On y était bien dans ce village … jusqu’à ce qu’une bande de pillards décide de rayer cet endroit de la carte…

Dans le ciel, un nuage plus sombre que les autres glissait paresseusement. Syndrell le suivit des yeux un moment.

- Il y a eu un avant où tout brûlait … Tu vois l’espèce de monticule là-bas ?

La marchombre se redressa sur un coude et regarda dans la direction pointée par Ange.

- La dernière image que j’ai, c’est celle d’une pile de corps au milieu d’un feu montant jusqu’aux nuages. Je n’étais pas là le jour où c’est arrivé, c’est pour ça que je suis en vie …

Pour ça qu’il n’y avait plus d’étoiles dans le bleu de ses yeux. Seulement les larmes d’une enfant qui, des années après le drame, continuait de pleurer son village… S

yndrell se rallongea sans un mot. Un bras replié derrière la tête, elle laissa son regard doré vaguer distraitement parmi les nuages. Pas étonnant que la détresse d’Ange lui ait paru familière ! Elle avait connu la même… Il n’avait fallu pas moins d’un souffleur de verre et son extraordinaire patience pour raviver cette étincelle dans son regard, vive petite lumière qu’il avait appelé espoir…


- Si tu me demandes ça, c’est que t’es pas du coin. Qu’est-ce que tu viens faire ici ?

Il fallait bien que la question de pose enfin… Ange avait grandi ici. Peut-être pouvait-elle lui fournir quelques précieux indices qui nourriraient ses recherches ?

- Chont bons tes gâteaux. Il faudra que ton ami me donne sa rechette.

Syndrell eut un rire qui résonna dans l’air frais et piquant de l’hiver.

- Il risque de piquer un fard et d’en perdre ses moyens, mais oui, ça peut se faire !

Elle tourna la tête et jeta un coup d’œil à la jeune femme en train de savourer un énième biscuit. Magiques ou pas, les langues de chat lui avaient redonné le sourire et rien que pour cela, Syndrell se promit d’embrasser Ciel à son retour.

Elle s’assit souplement et ramena ses jambes en tailleur, laissant planer quelques minutes de silence avant de se passer la langue sur les lèvres pour, enfin, répondre quelque chose à Ange.


- Si tu te rends un jour dans les plaines de Shâal, tout à fait au nord d’Al-Far, à l’endroit où l’Ombre touche les montagnes du Poll, tu trouveras peut-être les restes d’une petite exploitation de ferme. Comme ici, la nature a repris ses droits et il reste peu de choses… rien que les souvenirs d’une gamine de douze ans qui a vu ses parents adoptifs se faire assassiner sous ses yeux. Il lui a fallu plusieurs années pour revenir dans cet endroit chargé de douleur et comprendre qu’il vivait toujours…

Syndrell posa la main sur son cœur.

- … juste là.

Elle leva son autre main et pressa doucement sa paume sur la poitrine d’Ange. Son regard planté dans le sien.

- Tout comme ton village vit encore, chaque fois que tu le visites dans ta mémoire ou lorsque tu l’évoques avec passion, comme tout à l’heure.

Une poignée de secondes figea cet instant de partage unique, puis Syndrell eut un sourire qui fit flamboyer ses yeux et leva sa main pour ramener une mèche derrière l’oreille d’Ange en un geste qui scella définitivement une amitié toute neuve.

- Quant à la raison de ma présence ici, c’est une longue histoire que je peux résumer en un mot : Marcheurs. Est-ce que tu en as déjà entendu parler ?

Elle attrapa une langue de chat, hésita un bref instant et haussa finalement les épaules avant de la glisser entre ses dents. Se goinfrer de gâteaux n’était jamais un mal lorsque c’était en bonne compagnie !


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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Lun 16 Fév 2015, 22:10

Le rire de Syndrell ressemble au chant d’un oiseau. Il apporte un peu de printemps dans l’hiver qui nous enveloppe. Il ramène un sourire sur mes lèvres, celui qui s’était envolé quand j’évoquais mon village. Ma chère Pia aimerait cette jeune femme irrésistiblement sympathique…

Syndrell laisse planer des minutes de silence avant de s’ouvrir un peu à moi. Tout d’abord je ne comprends pas très bien où elle veut en venir, puis ses mots atteignent mon cerveau et prennent enfin tout leur sens. Je ne suis pas la seule à avoir traversé des mauvaises passes. En l’espace d’une minute, Syndrell vient de partager un lourd secret avec moi. Elle aussi a perdu sa famille sous ses yeux. A la voir aussi joyeuse aujourd’hui, difficile de croire à ce passé douloureux … Sa voix est chargée d’émotions, mais pas de celles qui vous font pleurer. Plutôt de celles qui vous font vivre. Et ça, elle me l’explique sans détour.

Une main sur son cœur.
Une main sur le mien.


- Tout comme ton village vit encore, chaque fois que tu le visites dans ta mémoire ou lorsque tu l’évoques avec passion, comme tout à l’heure.

Elle a tellement raison. Il m’en aura fallu du chemin pour arriver à penser comme elle, mais maintenant que j’ai pleuré mes dernières larmes, ses mots sont comme des lanternes allumées en plein jour. Ils n’éclairent pas la route, mais ils la réchauffent. Cette chaleur, c’est celle de l’amitié, scellée par les gestes de Syndrell.

- Quant à la raison de ma présence ici, c’est une longue histoire que je peux résumer en un mot : Marcheurs. Est-ce que tu en as déjà entendu parler ?

Je la regarde se délecter d’un nouveau biscuit et me retient d’en attraper un nouveau. D’abord finir le mien ! J’avoue que j’essaierai bien de voir combien de langues de chat tiennent dans ma bouche, puis dans mon estomac … Dans mon esprit, je laisse sa question faire écho à mes souvenirs.

- Bien sur ! Dans les histoires pour gosses … qui ne connait pas l’histoire du chevalier Fil’Kellan, celui qui cherchait une herbe miraculeuse dans les Plateaux d’Astariul ? Son principal adversaire c’était un Marcheur si j’me souviens bien. Mais on est loin des Plateaux … tu te serais pas un peu égarée ?

Avec les années passées à l’Académie, j’ai pu m’améliorer autant en écriture qu’en géographie. L’intérêt d’avoir des cours éparses et des Maitres sans groupes, c’est que certains acceptent de combler les lacunes des apprentis dans des domaines basiques. Ca facilite la vie d’en savoir un peu plus sur le monde ! Au moins quand je me fixe une destination, je sais par où aller. Je sais donc que les Plateaux d’Astariul sont au Nord d’Ombreuse et que l’Ombre et le Pollimage l’encadrent. Mais les rumeurs qui courent sur ces étendues glacées ne m’ont jamais poussée à y aller. Longer le Pollimage est de loin le meilleur moyen de rejoindre les montagnes au Nord ou Al-Poll. On a autant de chances d’y rencontrer un Marcheur qu’ici !

Un éclair traverse soudain mon esprit. Et si … s’il y avait un lien entre mes questions et celles de Syndrell ? Ca tiendrait tellement du miracle ! Un peu hésitante, je la regarde et demande :


- Tu crois qu’il pourrait y avoir un lien entre la disparition de mon village et tes Marcheurs ? J’ai toujours cru que c’étaient des brigands qui avaient tués et incendié cet endroit … mais peut-être pas.

L’atroce sentiment d’avoir raté quelque chose vient s’immiscer dans mon cœur. Des Marcheurs ou des gens avec un but autre que le pillage … mais ces évènements sont si lointains ! Qui pourrait savoir ? Beaucoup de monde. Les villages sont éloignés les uns des autres, mais les bruits courent plus vite que le vent. Il ne reste plus de témoins en vie ici, mais ailleurs des gens sauront peut-être quelque chose.

- Tu me laisserais résoudre cette histoire de Marcheurs avec toi ? demandais-je à Syndrell, les yeux brillants d’un feu nouveau. Celui de la curiosité. Je veux savoir, pour moi et pour eux.
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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Dim 08 Mar 2015, 12:52

Syndrell ramena ses jambes contre sa poitrine et, posant le menton sur ses genoux, regarda devant elle d’un air pensif. Ange n’avait pas tort, les déplacements des Marcheurs étaient intrigants ; quelle raison avaient-ils de s’éloigner à ce point de leur territoire d’origine ?

- J’ai encore trop peu d’éléments pour pouvoir émettre la moindre hypothèse… Tout ce que je sais, c’est que ces derniers temps ces sales bestioles agissent d’une bien étrange manière. Ils attaquent des villages dans les provinces qui bordent Al-Chen.

Deux semaines plus tôt, Ciel avait contacté la marchombre pour lui demander son aide. Certains de ses élèves avaient eu affaire à un Marcheurs et s’ils s’en étaient sortis de justesse, les fermiers qui vivaient paisiblement à l’extérieur de la cité n’avaient pas eu cette chance. Les tuer était difficile, les traquer davantage et Syndrell ne comprenait pas ce qui motivait ces créatures à agir de la sorte.

- Si les Marcheurs ont un lien avec l’histoire de ton village, nous le découvrirons, décida-t-elle en levant la tête pour croiser le regard d’Ange.

Elle avait insisté sur le « nous » pour lui faire comprendre qu’elle acceptait volontiers son aide. Mais c’était un risque énorme à prendre et elle se promit de garder un œil sur la jeune femme. Juste au cas où.


- Tu étais trop petite et surtout sous le choc pour te souvenir de quoi que ce soit, dit-elle en rangeant les langues de chat dans son sac. Mais peut-être que le père de Cal et les autres villageois du coin pourront nous fournir quelques indices intéressants…

C’était hasardeux, mais avaient-elles le choix ? Etablir un lien entre les Marcheurs et la tragédie du village d’Ange serait un bon début. Syndrell ajusta son sac sur son épaule et fit quelques pas dans l’herbe avant de se retourner pour continuer de marcher à reculons.

- Si tu connais des histoires sur les Marcheurs, tu dois savoir qu’ils sont rapides, teigneux et surtout, capables de faire un pas sur le côté. C’est ce qui les rend redoutables. On peut les tuer mais la tâche n’est pas si simple. Tu sais te battre ?

Syndrell n’était ni aveugle, ni idiote : lorsqu’elle avait surpris Ange, elle avait très bien reconnu une garde de combat simple et efficace. Sa question était superflue, elle n’était qu’un prétexte pour faire parler Ange et en apprendre davantage à son sujet. La marchombre était curieuse et chaque détail était susceptible de l’aider dans sa mission.

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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Lun 27 Avr 2015, 22:59

En plus d’être une femme éminemment sympathique, Syndrell se révéle être quelqu’un tout en finesse. Sa façon de montrer qu’elle accepte que je me joigne à elle dans sa quête est un mélange de simplicité et de franchise qui me donne l’impression que je suis la bienvenue, que je ne serais pas un poids pour elle. A sa place j’aurais eu des doutes, j’aurais même hésité à m’encombrer d’une inconnue dont la vie allait de fait être mise en jeu. J’aimerais lui dire que je suis presqu’un Marchombre accomplie, mais que sait-elle des Marchombres ? Peu de gens en Gwendalavir connaissent vraiment la guilde. Les rumeurs et les ragots sont légions dans cet empire, et je dois avouer que dans ma jeunesse je baignais moi aussi dans l’ignorance. Est-ce que ce n’est pas toujours le cas ? Moi qui vais au devant d’une Montagne étrange dont je ne sais rien. Moi qui me demande combien de secrets sur la Guilde il me reste encore à découvrir. Moi qui aie encore et toujours du chemin à faire.

J’écoute Syndrell réfléchir tout haut, quand un nom me fait tendre l’oreille. Je rêve où elle vient de parler de Cal ? Serait-ce le même que le mien ? Quelle étrange coïncidence … j’ose à peine y croire. Non ça ne peut pas être le même … il doit bien y en avoir d’autres dans le coin. Surtout que si elle avait voulu parler de la ferme, elle aurait parlé de son père, de Marshal. Pourtant si je me souviens bien, le fermier a mentionné un autre invité inconnu arrivé récemment… curieuse, je me promets de lui poser la question dès que l’occasion se présentera.

En attendant, la jeune femme continue à parler, me présentant cette fois les Marcheurs. Je me sens comme le Gwendalavirien moyen qui ne connait pas les Marchombres. Et bien moi je ne connais pas les Marcheurs. J’ai bien du entendre des histoires à leur sujet, juste de quoi me donner envie de les éviter. Il paraitrait que ce sont des araignées géantes aux crochets venimeux. Syndrell n’ajoute pas grand-chose à ce que je sais, se contentant de décrire en mots simples le danger représenté par les monstres.


- On peut les tuer mais la tâche n’est pas si simple. Tu sais te battre ?

Je me lève et m’étire les épaules, le dos tourné, comme si je prenais le temps de réfléchir à la question. Quand je me retourne vers Syndrell, c’est avec un demi-sourire un peu provocant.

- Bien sûr, qu’est-ce que tu crois ? Tu veux une démonstration ?

Je me remets en garde, un peu la même que celle que j’avais lorsqu’elle a déboulé dans ma vie mais plus relevée, moins sur la défensive.

Un hurlement.
Deux hurlements.
J’abandonne ma garde et me tourne instinctivement vers les bois bordant la montagne à l’est. Cal avait parlé de ce danger tout à l’heure et je sais que ses avertissements n’étaient pas à prendre à la légère. Je ne sais pas combien de loups sont cachés, ni si ils se rapprochent, mais il n’est pas bon de tarder dans des espaces découverts comme ici. Et puis le soleil commence à décliner sérieusement, emportant avec lui la faible chaleur du jour.


- Tu t’es trouvé un endroit où dormir à Marcourt je suppose ? Alors allons-y avant d’avoir de la compagnie. Tu ne voudrais pas te faire croquer par des loups avant d’avoir trouvé des réponses à tes questions ? Eh bien moi non plus.

Marcourt, le village à proximité de mon ancienne ferme, maintenant celle de Cal. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où elle pourrait avoir prévu de passer la nuit en sécurité et je prends pour acquis la direction du village.
A nouveau les hurlements se font entendre dans le lointain. Par sécurité, je me mets à trottiner lentement pour être sure que Syndrell va arriver à suivre. Puis je réalise que sa respiration est régulière : elle n’a rien de la fille qui court pour la première fois. Alors doucement, sans éveiller son attention, je me mets à allonger mes foulées. Tant est si bien que bientôt nous sommes deux à galoper à travers les monts. Chaque coup d’œil verts la jeune femme m’informe que je n’arriverais pas à l’épuiser facilement. Sa démarche est souple, comme une Marchombre. Pourtant j’hésite à la ranger dans cette case sans savoir. On m’a dit que les Frontaliers – entre autre – on des capacités physiques aussi bonnes voir bien meilleures que les Marchombres. Qui qu’elle soit je vais voir ce qu’elle a dans le ventre.


- La dernière à arriver chez Cal est une face de Trodd ! Dis-je soudain en mettant toute mon énergie dans ma course.

En nommant le fils du fermier j’ai finalement pris le parti qu’elle est bien la deuxième invité à profiter de l’hospitalité de Marshal. A chaque pas cette idée semble se confirmer. J’ai lancé l’idée à quelques mètres d’un décrochement menant soit au village soit à la ferme et Syndrell n’a pas pris la mauvaise route. Nous allons donc passer la soirée ensemble à discuter. Cette pensée me tire un sourire ravi, mais pas autant que celui de disputer une course avec elle. C’est qu’elle est plus rapide qu’un éclair celle-là ! Les obstacles semblent ne pas exister sous nos pas assurés. J’ai l’impression qu’elle connait mieux le terrain que moi qui y ait passé la première partie de ma vie ! Me dire ça me donne un regain d’énergie et me permet de garder le rythme. Sauf que quoi que je fasse ou me dise Syndrell gagne millimètre par millimètre et finit par me doubler dans la dernière ligne droite.

J’arrive derrière elle dans la cour et m’arrête au milieu, m’étouffant avec un rire nerveux. Quelle folie ! Je ne me suis pas sentie l’âme d’une gamine depuis … depuis mon examen en fait. Ca me rappelle cette descente le long de la rivière gelée. Le frisson de la vitesse était si intense ! Là c’était un peu pareil.
Mon rire s’éteint avec l’arrivée d’un Marshal inquiété par le bruit causé par notre arrivée. Ce n’est pas son chien qui nous a dénoncées cette fois, puisqu’il est en train de tourner autour de Syndrell, surement en quête de caresses. Son comportement est bien éloigné de celui qu’il m’a montré tout à l’heure …


- Ah ce n’est que vous … et sa voix ne cache pas son soulagement. Tiens je vois que nos deux invitées se sont trouvées. Mais les loups sont à votre poursuite pour que vous ayez l’air aussi essouflées ?

J’ai à nouveau une folle envie de rire. Si seulement il y avait une vraie raison à cette course ! Mais nous avons éloigné le risque depuis bien longtemps. Il nous prendrait peut-être pour des filles immatures si nous lui disions que nous courrions sans raison. Enfin si il y avait une raison … Je suis officiellement une face de Trodd … et du peu que je connais Syndrell, je sens que ce surnom va me rester.

- Tiens si vous vous ennuyez, ma femme aurait peut-être besoin d’un coup de main en cuisine.

Et sur ce il nous laisse seules dans la cour, retournant à ses occupations dans la grange. Cal n’est nulle part en vu, surement occupé à aider sa mère. J’ai un peu honte de profiter de leur souper comme ça, mais la faim qui monte dans mon ventre va bientôt me faire oublier toute arrière pensée. Devant un bon bol de soupe, on ne peut qu’apprécier la générosité des gens.

- Le dernier à éplucher des patates est une fiente de Ts’Liche !

Le temps que mes mots atteignent les oreilles de Syndrell, je suis déjà à la porte de la maison, bien décidée à gagner une fois dans la journée.


[Et voilà ! Je l'ai fait B) Ah ça fait du bien de Rp une peu ^^]
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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Mar 05 Mai 2015, 21:14


- Bien sûr, qu’est-ce que tu crois ? Tu veux une démonstration ?

Joignant le geste à la parole, Ange adopta aussitôt une garde de combat simple mais équivoque. Syndrell s’empressa de l’imiter, le sourire aux lèvres, mais le hurlement d’un loup les interrompit brutalement. La marchombre se redressa tandis que son amie se retournait, ses longs cheveux noirs suivant son mouvement avec grâce.

- Tu t’es trouvé un endroit où dormir à Marcourt je suppose ? Alors allons-y avant d’avoir de la compagnie. Tu ne voudrais pas te faire croquer par des loups avant d’avoir trouvé des questions ? Et bien moi non plus.

Syndrell hocha la tête. Elle aimait bien les loups mais de loin surtout ! Elle accorda donc sa foulée à celle d’Ange et les deux jeunes femmes s’éloignèrent des ruines du village. Le soleil qui flirtait désormais avec l’horizon nimbait le ciel d’un orange vif. Le fond de l’air fraîchissait déjà. La combinaison de cuir souple aux reflets gris que portait Syndrell n’était pas épaisse mais la marchombre, qui avait grandi dans les montagnes du Poll, n’avait pas froid : elle craignait davantage la chaleur du sud de l’Empire !

Un petit nuage de condensation se formait au bord de ses lèvres au rythme de sa respiration lente et régulière. Sa tresse se balançait allègrement dans son dos. Elle se déplaçait avec énergie et souplesse, mais un coup d’œil en direction d’Ange lui apprit qu’elle n’était pas la seule à maîtriser l’endurance. Cette découverte commune et instantanée fit naître deux sourires. Et un défi.


- La dernière à arriver chez Cal est une face de Trodd !

Ange s’élança.
Syndrell aussi.





*



- Hum…

Perplexe, Syndrell cessa de martyriser sa carotte et observa d’un air dépité le tas de légume qui grossissait à vue d’œil devant Ange. Elle loucha un bref instant devant la dextérité de ses mouvements puis soupira avant de se remettre au travail. Péniblement.

- Je ne te savais pas aussi douée pour les tâches ménagères, face de Trodd.

Piètre attaque, mais Syndrell préférait profiter encore un peu de son privilège de grande gagnante avant de se voir affublée d’un surnom à son tour. Elle se rendit compte que vivre en compagnie de Ciel ne favorisait pas ses progrès en cuisine. Au contraire, à force de se laisser chouchouter par son ami, elle en oubliait les bases… Vaguement honteuse, elle se promit de lui donner un coup de main plus régulièrement, ne serait-ce que pour éviter de se prendre une nouvelle raclée de ce genre.

- Comment ça se passe, les filles ? s’enquit Marshal en glissant la tête dans l’entrebâillement de la porte de la cuisine.
- En ce qui me concerne, c’est un désastre… marmonna Syndrell alors que son légume lui échappait une énième fois des mains. Mais grâce à Ange, nous devrions manger quelque chose ce soir !
- Laisse,
proposa alors la douce Melly, et va plutôt mettre la table.

Elle prit la place de Syndrell qui, ravie d’échapper à la corvée, adressa un clin d’œil doré à Ange avant de suivre Marshal dans le salon. Elle dressa la table pendant qu’il ajoutait du bois dans l’âtre. La chaleur et l’odeur du feu de cheminée envahirent la maisonnée.

- Aah, je préfère ça… murmura le fermier en regardant les flammes s’élever joyeusement.
- On dirait que le vent se lève.
- C’est courant par ici ! Ma Melly dit qu’il vente un jour sur deux dans l’année.
- Merci de nous offrir un repas et un toit pour la nuit…
- Pas d’quoi, jeune fille : on n’a pas grand-chose mais c’est toujours un plaisir de partager ce qu’on possède.


Syndrell s’amusa à plier les serviettes en forme de fleurs qu’elle disposa dans les assiettes.

- C’est plutôt calme par ici, non ?
- Tout dépend de ce que vous entendez par « calme »…


La marchombre eut un sourire.

- Les villages les plus éloignés des grandes villes subissent fréquemment les attaques de pillards, expliqua-t-elle en pliant une serviette avec agilité. Certaines fermes isolées doivent également composer avec les bêtes féroces qui menacent le bétail…
- Vous avez donc bel et bien croisé des loups ?
- De loin.


Marshal gratta machinalement la cicatrice qui zigzaguait sur sa joue droite.

- Mes bêtes sont en sécurité depuis que Swatch est là pour veiller sur le troupeau. Mais nous avons dû essuyer quelques attaques de bandits l’année passée. J’ai dû apprendre à Cal à se servir d’une arme…


A en juger par son expression, cette décision ne s’était pas faite de gaité de cœur ; Syndrell hocha la tête.

- Se battre pour protéger sa famille et sa vie est louable.
- Allez dire ça à ma femme…


Ils rirent. Syndrell installa sa dernière fleur et s’approcha de la cheminée.

- Marshal, je suis à la recherche d’un groupe de Marcheurs. Ces créatures vivent en Astariul, je sais, mais j’ai de bonnes raisons de croire qu’elles ont des envies de voyage ces derniers temps. Est-ce que ça vous dit quelque chose ?
- Des Marcheurs, ici ? Pas que je sache ! Vous ne cherchez pas au bon endroit, jeune fille. Pour reprendre votre expression, cette région est plutôt calme.


Syndrell fronça les sourcils. Elle devinait que Marshal ne lui disait pas la vérité mais elle ignorait la raison de son mutisme, et l’arrivée tonitruante de Cal et de Swatch l’empêcha de questionner davantage le fermier.

Ils passèrent à table et savourèrent un excellent repas au coin du feu, alimenté par les histoires de Cal et ponctué par les railleries d’Ange – elle ne manqua pas de l’appeler « fiente de Ts’Liche » ; en échange, la marchombre les régala de quelques anecdotes plus ou moins cocasses, issues de ses aventures aux quatre coins de Gwendalavir.


Chaque fois que la conversation effleura le sujet des Marcheurs ou bien du village d’Ange autrefois détruit et dont il ne restait aujourd’hui que des ruines, Marshal se débrouillait pour changer de direction. Subtilement, mais pas assez pour duper Syndrell. Elle échangea un regard avec Ange ; elles devaient trouver le moyen de découvrir la vérité !


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Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…




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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Mer 06 Mai 2015, 23:30

- C’est ça, fuis fiente de Ts’liche.

J’échange un sourire complice avec Syndrell avant qu’elle ne quitte la cuisine, me laissant seule avec Melly et mes carottes. Je m’arrête quelques minutes dans mon travail pour contempler le tas d’épluchures de l’autre côté de la table. Quel massacre … J’ai bien essayé de lui expliquer la technique mais la cuisine ne semble pas faire partie de ses talents. Je soupire avant d’étouffer un petit rire en repensant à Syndrell se battant avec sa carotte.


- Celle-là n’est pas faite pour s’occuper d’une maison, pas vrai ?

Melly par contre arrive à s’occuper à la fois des légumes qui cuisent, de ceux que j’ai préparé, et de son petit dernier qu’elle nourrit. Emaël, 11 mois, a rit avec nous grâce aux frasques comiques de Syndrell. Il est mignon ce gamin, avec ses dents blanches qui commencent à pointer le bout de leur émail. Enfin mignon … dès qu’il commencera à pleurer, je changerais d’avis. Pour l’instant il est calme et accepte avec joie la bouillie dont le nourrit sa mère.

- C’est sur qu’elle ne t’arrive pas à la cheville, mais ça n’a pas l’air simple de gérer une maisonnée comme celle là …

Je laisse mon regard trainer sur les murs, pensant qu’à une époque je m’occupais à sa place de cet endroit. Certes je n’avais pas d’enfants, mais ce n’était pas facile non plus.

- D’ailleurs c’est une bien belle ferme. Héritage d’un de vos parents ?
- Non … pas vraiment, me répond-elle en hésitant, l’air gênée, les anciens propriétaires sont morts … et nous avons récupérés les lieux peu après.
- Oh … je suis désolée … c’était de la famille peut-être ?
- Non non ne t’en fais pas. Par contre notre cousin les connaissait. Apparemment ils sont morts dans l’attaque d’un autre village il y a plusieurs années… un bien triste évènement …

Alors pourquoi est-ce que ces mots sonnent creux ? Pourquoi est-ce que ses yeux ont soudain pris un éclat dur ? Je me retiens de demander le nom de ce cousin, pour ne pas m’intéresser à des choses trop précises et éveiller les soupçons de cette femme. Au lieu de ça je relance la conversation sur des banalités telles que ses enfants et finit en même temps d’éplucher mes carottes.

******

Syndrell était mieux à la salle à manger qu’au salon ! Je suis surprise par les serviettes pliées en fleurs. Venant d’une fille qui ne semblait pas douée pour les arts de la maison, voilà de bien jolies créations. Ce que j’aime surtout, c’est voir la lumière vacillante du feu faire jouer les ombres sur les pétales et donner de la vie au tissu.

A nouveau j’ai l’impression familière d’être rentrée à la maison. Cette odeur de bois … de cuisine … d’humain … ça n’a pas changé. Que des étrangers aient envahi mon chez moi ou non, cet endroit reste empreint de la mémoire de ses anciens propriétaires. En laissant mes doigts glisser sur la pierre au dessus de l’âtre, je soupire rêveusement. Cette ancienne vie était agréable … sans questions … sans aventures … sans dangers … enfin c’est ce que nous pensions à l’époque. Je ne regrette pas de l’avoir quittée, même si j’avoue que j’aurais pu m’en satisfaire éternellement si je n’avais pas rencontré de Marchombre. Liénor était un ange et partager à sa vie m’aurait toujours suffit.

L’arrivée pleine de cris et d’aboiements me tirent de mes pensées. Cal est là, bien plus détendu vis-à-vis de moi que tout à l’heure. Maintenant que je suis une invitée, je ne suis plus classée dans la catégorie des étrangers potentiellement dangereux. Tant mieux car ses histoires m’auraient manquées : quelle joie d’entendre ce gamin plein de vie partager ses aventures avec nous. Le temps que le repas cuise passe sans qu’on s’en aperçoive et un « Déjà ? » étonné se peint sur mes lèvres quand Melly apporte le plat sur la table et commence à nous servir.
Une fois assis sur les bancs en chêne, nous quittons les histoires de Cal pour passer à d’autres parfois plus sérieuses ou tout aussi drôle, venant de Syndrell. Avec finesse, elle tente d’aborder les sujets qui nous ont toutes deux amenées ici : les Marcheurs et la disparition de mon village. Mais avec autant de finesse, Marshal et Melly évitent ses questions, nous laissant sur notre faim.


- Vous ne nous en voudrez pas de vous faire dormir dans la grange avec les chevaux ? Il y a un étage où vous serez en sécurité.

Les bols sont vides et nos estomacs sont bien remplis. Ces arguments suffisent à Marshal pour mettre un terme à la soirée. J’aurais aimé passer encore un peu de temps au coin du feu avec cette famille, à tenter à mon tour d’aborder des sujets m’intéressant. Ca n’a pas l’air d’être du gout du chef qui se lève et nous invite à le suivre. Syndrell a déjà dormi ici et connait le chemin, moi aussi même si je ne suis officiellement jamais venue dans cette ferme. L’homme nous laisse sans lumière, de peur qu’une bougie provoque un incendie dans la grange, et nous abandonne après un échange de politesses.

Allongées dans la paille, nous voilà seules.


- On est pas bien avancées avec tout ça … soufflais-je en contemplant les poutres aussi noires que la nuit… tu crois qu’ils nous cachent quelque chose ?

Mais avant qu’elle ait pu me répondre, je pose ma main sur sa bouche et me concentre sur les bruits alentours. La porte d’entrée de la maison vient de claquer. Suivent des pas dans la cour, faisant crisser les pierres. Quelqu’un s’en va, et à en juger par le pas lourd, il s’agit de Marshal.

- On aura peut-être la réponse plus tôt que prévu …

Nous voilà à nouveau debout. Comme deux plumes légères et silencieuses, nous nous glissons dehors après un coup d’œil à travers les planches. Marshal est bien là, sur le chemin quittant la ferme. A ses côtés, le chien assure sa protection. Cette sale bête risque de nous mettre des bâtons dans les roues … enfin nous verrons bien …
La lune en est à son premier quart et éclaire à peine les environs. Sa lumière est idéale pour pouvoir à la fois avancer et rester caché dans la pénombre. Marshal ne se soucie pas de ce détail, la torche à sa main éclairant son chemin.


- Il se dirige vers le village de Marcourt …

Je pensais que ma voix n’était qu’un murmure invisible. Ca l’est bien. Pour un humain, pas pour un chien. Swatch s’arrête et tourne la tête dans notre direction. Je me fige et prie pour qu’il nous oublie.


[Enfin une réponse rapide ! Héhé B)
Un petit chant marchombre pour nous sortir de là ? grosyeux Voilà bien un truc qui pourrait intéresser Ange ... ]
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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Dim 10 Mai 2015, 11:53


La nuit était calme et le mince croissant de lune diffusait une chiche lumière dans la grange de Marshal, en s’infiltrant par les rainures du toit et des murs. L’endroit servait d’entrepôt au fermier, qui y avait installé le fourrage nécessaire à son bétail ; celui-ci paissait tranquillement dehors, dans le pré, mais des mangeoires vides indiquaient qu’il restait ici à l’abri au plus dur de l’hiver.

- On est pas bien avancées avec tout ça… soupira Ange. Tu crois qu’ils nous cachent quelque chose ?

Allongée dans la paille, les mains croisées sous la nuque, Syndrell acquiesça. Oh oui, elle était persuadée que Marshal et sa famille n’étaient pas honnêtes vis-à-vis de l’histoire de ce village en ruines et des Marcheurs. Elle ouvrait la bouche pour répondre à Ange lorsque celle-ci plaqua brusquement la main sur les lèvres de la marchombre.

Précaution inutile : Syndrell avait perçu un bruit de pas au dehors. D’un signe de tête, elle fit comprendre à son amie qu’elle pouvait ôter sa main, puis roula dans la paille pour se mettre à plat ventre à côté d’elle et jeta un coup d’œil à travers une mince ouverture dans le bois de la grange.


- On aura peut-être la réponse plus tôt que prévu…
- Il semblerait,
murmura Syndrell en suivant Marshal des yeux. On y va ?

Pas besoin d’attendre la réponse d’Ange, celle-ci s’approchait déjà de la porte pour se glisser à l’extérieur. Un sourire sur les lèvres, Syndrell la suivit et les deux jeunes femmes s’enfoncèrent dans la nuit. Impossible d’y voir comme en plein jour, mais Marshal s’était muni d’une torche qui éclairait sa route et indiquait de fait la direction à suivre. Sans hésiter, elles le suivirent.

- On dirait qu’il se dirige vers Marcourt…
- Chut !


Trop tard, Swatch s’était arrêté et humait l’air tandis qu’une raie menaçante se formait sur son dos. Syndrell n’hésita pas. Elle se déplaça sur la gauche aussi vite et silencieusement que possible ; lorsqu’elle eut le vent dans le dos elle s’arrêta et s’accroupit. Son odeur, portée par la brise nocturne, signala son identité au chien qui agita la queue ; il la reconnaissait et savait qu’il s’agissait d’une amie. Sa raie disparut, il se remit en route en trottinant tranquillement à côté de son maître. Syndrell soupira de soulagement et rejoignit Ange.

- Viens, il ne faut pas le perdre de vue. Reste sous le vent pour que Swatch ne donne pas l’alerte.

Prendre quelqu’un en filature n’était pas simple, mais Syndrell cessa de s’inquiéter lorsqu’elle remarqua la finesse et la légèreté d’Ange. Ces atouts, alliés à la garde de combat qu’elle avait pu observer dans les ruines de Marcourt et à la jolie pointe de vitesse qui l’avait épatée, commençaient à intriguer la marchombre : qui était Ange ?

Un mystère à la fois. Pour l’heure il s’agissait de découvrir celui qui poussait Marshal à faire une balade avec son chien en pleine nuit, alors que les loups hurlaient dans le lointain. Syndrell fit machinalement coulisser le manche du poignard de Miss dans sa gaine. Elle était sur ses gardes.

De jour, les ruines du village d’Ange étaient tristes, mais la nuit elles étaient carrément lugubres. Les restes des maisons se découpaient dans les ténèbres et faisaient froid dans le dos ; comme si cela ne suffisait pas, la torche de Marshal jetait des ombres sur les pierres qui vacillaient et créaient ainsi des formes menaçantes. Le fermier s’était arrêté au cœur des ruines. Il semblait attendre quelque chose… ou quelqu’un.

Allongée dans l’herbe aux côté d’Ange, à quelques mètres de là, Syndrell se raidit en voyant une silhouette surgir de l’ombre et avancer à la lumière des torches. Homme ou femme ? Difficile à dire, cette personne était emmitouflée dans une épaisse cape de voyage qui voilait les courbes de son corps et dissimulait son crâne. Un foulard recouvrait le bas de son visage, si bien que seuls ses yeux étaient visibles.

La marchombre envisagea de s’approcher davantage, mais Swatch furetait à droite et à gauche ; s’il venait les voir, leur présence serait trahie. Syndrell se redressa sur les coudes et observa le visage de Marshal. Elle était trop loin pour l’entendre, mais la torche qu’il tenait toujours dans sa main éclairait parfaitement son visage – et ses lèvres.


- Je devrais pouvoir lire les paroles de Marshal, murmura-t-elle. Voyons si cela nous avance à quelque chose.

Elle se mit à répéter à voix haute ce qu’elle lisait sur les lèvres du fermier.

- « Vous m’aviez dit qu’il n’y aurait aucun problème… Bien sûr que je le sais ! Vos bestioles ont été aperçues aux environs d’Al-Chen… C’est cette fille, elle dit que… Non, je n’ai rien dit… Non ! Je vous jure que c’est vrai… Je ne mettrais pas la sécurité de ma famille en jeu, vous le savez... »

Syndrell échangea un coup d’œil avec Ange. Le silence de Marshal s’expliquait ! Le fermier se taisait pour protéger les siens… Mais que taisait-il, et pourquoi ?

- « Je ne peux pas… Non, je ne suis pas un assassin ! Faites-le vous-même… Dans la grange… S’il vous plait, faites vite, je ne voudrai pas que… Les Marcheurs ? Vous êtes sûrs de pouvoir les contrôler ?...D’accord. »

La silhouette tourna les talons et disparut. Syndrell attrapa Ange par le bras.

- Il faut filer ! Ce type veut nous éliminer. Nous devons retourner à la grande avant lui pour l’affronter.

C’était risqué. Le bon sens aurait voulu que, fortes de cette éventualité, les deux jeunes femmes prennent la fuite ; mais Syndrell savait que le risque état au moins aussi grand pour le fermier et sa famille. Ils étaient tenus en respect par la pression de cet homme ou cette femme qui était venu le retrouver dans les ruines. Qui sait ce qu’il pourrait advenir s’il ou elle ne pouvait pas régler le problème ?

Silencieuses comme des chats, rapides comme le vent, les deux jeunes femmes filèrent vers la ferme, précédant Marshal qui avançait sur le sentier, l’air abattu. Elles n’étaient plus très loin lorsque, dans leur dos, des aboiements féroces se firent entendre. Syndrell freina aussi sec et se retourna, aux aguets. Quelques secondes lui suffirent pour comprendre ce qu’il se passait.


- Des loups !

Elle se précipita vers Marshal qui luttait vaillamment en brandissant sa torche. Il était attaqué par un énorme loup au poil gris sombre tandis que Swatch affrontait à coups de pattes et de crocs un loup plus petit, mais visiblement plus hargneux. Le reste de la meute n’allait pas tarder à arriver.

Syndrell n’hésita pas. Elle n’avait aucune chance d’affronter un loup aussi puissant alors que le temps pressait et surtout, que la présence d’Ange et Marshal rendait la situation dangereuse. Il fallait agir vite et efficacement. La marchombre entrouvrit les lèvres et émit un son qui, à peine audible, sembla pourtant surpasser le bruit des grognements sourds et du combat canin qui avait lieu un peu plus loin.

Le chant des marchombres. Syndrell l’utilisait rarement mais c’était un savoir, un héritage qui pulsait en elle à la manière d’un écho ; souffle, murmure, mélodie ? Un vrombissement étrange sortait de sa gorge et figeait le loup gris comme si ses pattes étaient soudain ancrées dans le sol. Sans cesser de chanter, Syndrell s’approcha de lui.

Il était affamé. Les loups n’attaquent pas les hommes sans raison et, en voyant ses côtes à travers le pelage terne, Syndrell comprit les motivations de ce chef de meute. Elle s’accroupit à deux pas de lui et modula son chant.


Rentre chez toi, disait-il.

Le loup baissa les oreilles. Il se remit en mouvement mais pas pour se jeter sur Marshal : il fit demi-tour et s’enfonça dans la nuit. Son appel interrompit le combat de Swatch et de l’autre loup, qui disparut à son tour dans les fourrés, laissant le chien essoufflé mais sain et sauf. Le vrombissement s’évanouit à son tour et le calme revint.

Marshal n’avait pas encore retrouvé ses esprits. Syndrell avait fait en sorte que le chant l’atteigne lui aussi, pour ne pas trahir un secret jalousement gardé par la Guilde ; elle fronça les sourcils en remarquant que Ange n’était pas affectée, mais elle n’avait pas le temps de laisser sa curiosité parler : il fallait filer !


- Vite ! s’exclama-t-elle en attrapant le poignet de la jeune femme.

Elles coururent vers la grange. Syndrell referma la porte derrière elles et s’y adossa pour reprendre son souffle.


- Je crois que nous allons recevoir la visite de quelques Marcheurs, dit-elle en balayant l’endroit du regard. Celui qui les contrôle pense compter sur l’effet de surprise, mais on va prendre cet avantage.

Elle fouilla dans ses affaires, récupéra son arc et son carquois et les fourra dans les bras d’Ange.

- Place-toi là-haut, ordonna-t-elle en montrant l’étage de la grange, dont l’accès était permis par une échelle. Tire dès que tu en as l’occasion et n’oublie pas que les Marcheurs sont capables de faire le grand pas.

Elle interpela Ange avant que celle-ci atteigne l’échelle.

- Fais attention à toi, face de Trodd, d’accord ?

Sourire complice.
Promesse absolue.




*



Assise en tailleur au milieu de la grange, Syndrell attend. Ses muscles sont détendus, sa respiration lente et calme.

Patience.





*




Elle entend la respiration d’Ange au-dessus de sa tête. Le vent qui se glisse dans les planches du toit. Marshal qui rentre dans sa maison.

Ecoute.




*




La porte s’ouvre à la volée. Au même moment, un Marcheur se matérialise dans la grange, à droite de Syndrell. Ses pattes s’agitent, ses tentacules fusent, l’une d’elle fuse vers la joue de la jeune femme… un sifflement brise le silence et une flèche se plante entre les yeux de l’araignée. Glapissement de douleur. Mort assurée.

Toujours immobile, les coudes sur les genoux, Syndrell sourit à la silhouette qui se tient dans l’encadrement de la porte.


- Salut. Ça baigne ?

Le temps est la clé.
Engrenage parfait des secondes, des minutes, des heures. Continuité éternelle et impossible à différer.
Temps du marchombre, qui diffère quand même en surpassant les heures, les minutes, les secondes.

Temps du marchombre qui est la clé.

Syndrell bouge si vite que son mouvement est flou. C’est un éclair bleu qui vole à travers la pièce et frôle la silhouette encapuchonnée. Une seconde, peut-être moins… Amplement suffisant.

La silhouette vacille, puis s’effondre.





*




Syndrell jeta un coup d’œil au dehors en entendant du bruit. Ce qu’elle vit la fit se plaquer contre la porte et lever un regard ennuyé vers Ange.

- Ce type est fou de croire qu’il peut dresser des Marcheurs mieux que les Ts’Liches, railla-t-elle. Parce que ceux qui arrivent ne sont pas là pour faire dans la délicatesse ! Prête à les accueillir ?

Il valait mieux l’être. Syndrell ferma la porte d’un coup de pied et recula, un poignard dans chaque main.

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Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…




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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Mer 13 Mai 2015, 22:59

Cette femme est fantastique.
Elle calme un chien à distance.
Elle lit sur les lèvres dans la pénombre.
Elle manipule un loup en « chantant ».
Elle sauve un homme qui nous a trahies.
Elle élabore une stratégie gagnante.
Elle m’impressionne.

Et moi est-ce que je peux l’impressionner ?

*****

La flèche vole et se plante dans la tête de l’araignée géante.

*****

Je ne réalise pas encore que calmer Swatch n’est qu’un petit talent en comparaison de ceux qu’elle va me montrer par la suite. Cela suffit déjà pour que je la regarde avec des yeux emplis d’admiration. En la voyant je comprends ce que je dois faire, avant même qu’elle me le dise : au contraire d’elle, je dois me profiter du vent pour que Swatch ne me sente pas et nous oublie. Aussitôt dit aussitôt fait et me voilà à nouveau cachée dans les ombres, à avancer sans que ni Marshal ni Swatch ne s’aperçoive de ma présence. Le fermier reprend sa marche, pestant tout haut contre son chien. A sa démarche, je sens qu’il est tendu et que cette fausse alerte n’a fait qu’empirer son état. Ses yeux se mettent à fouiller les alentours pendant qu’il avance, mais il cesse très vite. Son attention est revenue sur ce qui l’attend dans les ruines où nous arrivons. Les sens aux aguets, je guette le moindre son, la moindre odeur, le moindre trouble dans les airs. Qu’est-ce qui nous attend là-bas ? Des Marcheurs ? Je sens un frisson remonter le long de mon dos, à la fois d’excitation et de frayeur. J’ai hâte mais la pensée de mourir avant d’avoir rencontré le Rentaï m’attriste par avance.

De nuit les ruines me semblent encore plus terrifiantes que de jour. Les ombres donnent un aspect désolé à l’endroit, comme si les morts pouvaient jaillir à tout moment de derrière les murs. Je sens leur présence autour de nous. Ils n’ont pas oublié le sort qu’on leur a réservé il y a quelques années. Est-ce une vengeance qu’ils veulent ? C’est bien un mot qui ne m’est jamais venu à l’esprit. Pourquoi se venger ? Pour que quelqu’un cherche à son tour à se venger ? Cette roue sans fin n’a pas d’intérêt. Si les morts obtiennent vengeance, ce ne sera pas parce que je l’aurais cherchée. Je veux juste savoir.

Comme un début de réponse à mes interrogations, une forme s’échappe des ombres et s’approche de Marshal. Je plisse des yeux, espérant naïvement que cela m’aide à mieux percer la nuit. Je ne vois rien : cet homme – ou cette femme – a pris soin de protéger son visage avec un foulard et une capuche. Il n’y a que ses yeux qui brillent dans le noir.


- Je devrais pouvoir lire les paroles de Marshal. Voyons si cela nous avance à quelque chose.

Je la regarde, attendant qu’elle éclate de rire et s’excuse pour cette plaisanterie minable. Ce n’est pas drôle de donner de l’espoir aux gens ! Surtout dans une situation comme la notre ! Mais Syndrell se met effectivement à lire sur les lèvres de Marshal, et ce qu’elle traduit m’enlève tout doute sur ses capacités. C’est une formidable conteuse, mais si elle avait voulu mentir, elle aurait inventé le dialogue de l’inconnu dans la foulée.
Ce que je tire de cette histoire c’est que Marshal est en partie victime de pressions sur sa famille et qu’il vient de balancer notre gite de la nuit. Pas très malin vu que maintenant, l’autre va envoyer ses Marcheurs sur la maison. Donc sur sa famille.


- Il faut filer ! Ce type veut nous éliminer. Nous devons retourner à la grange avant lui pour l’affronter.

Nous pourrions rester là aussi, et ils ne nous trouveraient jamais. Mais l’inconnu en déduirait que Marshal l’a trahi et jetterait ses monstres sur la chaire fraiche la plus proche : Cal, son petit frère et leur mère. L’idée de voir ce gamin si plein de vie bouffé par des araignées géantes me donne envie de vomir. Non, nous devons retourner en arrière.

Je hoche la tête pour signifier mon accord à Syndrell. Sans attendre Marshal et Swatch, nous filons vers la ferme. Jusqu’à ce que des hurlements à glacer le sang nous arrêtent. Des loups ! Et c’est effectivement ce que traduit ma compagne. Nous échangeons un regard, mais il doit être plein d’incompréhension puisque Syndrell fait demi-tour. Je peste contre sa folie qui nous retarde mais la suit vers les hurlements. Qui s’avèrent être aussi ceux d’un chien. Et d’un humain.
Marshal est là, se battant désespérément avec sa torche. Ridicule petit fermier … qu’espère-t-il faire avec ça ? Repousser un peu la mort ? Ou attendre des secours ? Il a raison sur ce point, car nous sommes bien là. Je sors de dague de sous ma veste et m’apprête à les lancer sur le plus gros loup quand Syndrell se met à murmurer.
A grogner.
A chanter.
Sans savoir trop pourquoi, je me détends et oublie d’attaquer le loup. Les bruits qui sortent de son corps trouvent un écho dans le mien et m’apaise. J’ai le sentiment soudain qu’elle me comprend. Qu’elle nous comprend.
Le loup aussi doit ressentir la même chose.
Le calme se fait dans la clairière alors que les grognements de la bataille s’effacent pour laisser entièrement place au chant de Syndrell. Sans manifester de crainte, la jeune femme s’avance vers le prédateur et s’accroupit à deux pas de lui. Leurs regards se croisent, s’attachent, et elle en profite pour lui parler. Lui parler. Oui c’est bien le sentiment que j’ai en les voyant. Et lui comprend. Sans demander son reste ou tenter une nouvelle attaque, il se calme et disparait dans les fourrés, bien vite suivi par son compagnon.

Nous voilà seuls.

Le chant a disparu.
J’ai l’impression d’avoir perdu quelque chose.
J’ai l’impression d’avoir regagné ma liberté.

Cette femme recèle beaucoup de mystères et elle en devient soudain inquiétante. Ce murmure nous a tous hypnotisés… pourra-t-elle l’utiliser sur les Marcheurs ? A l’inquiétude succède un éclat d’espoir. Puis l’adrénaline déferle à nouveau dans mes veines. La ferme ! La famille de Marshal !

Je jette un coup d’œil au fermier avant de m’élancer à la suite de Syndrell, trainée de force par sa main sur mon poignet. L’homme est hagard, comme s’il avait été assomé. Je ne suis pas sure qu’il ait compris la situation … enfin nous verrons plus tard. Nous avons d’autres problèmes à régler.
A commencer par une certaine araignée géante.


*****

La flèche vole et se plante dans la tête de l’araignée géante.

Syndrell a eut raison sur tous les points : l’effet de surprise et l’avantage d’un point en hauteur. La bestiole s’écroule aux pieds de la guerrière indemne. Lui par contre n’est pas prêt de se relever … Je ne peux pas retenir un sourire victorieux de fleurir sur mes lèvres. Il s’étend encore plus en voyant la surprise sur le visage du nouvel arrivant puis son corps s’affaisser au sol, rejoignant celui du monstre.

Ca y est ? On a gagné ?

Non. Pas vraiment. Je ne sais pas exactement ce que Syndrell a vu dans la cour, mais ça n’a pas l’air folichon.


- Ce type est fou de croire qu’il peut dresser des Marcheurs mieux que les Ts’Liches. Parce que ceux qui arrivent ne sont pas là pour faire dans la délicatesse ! Prête à les accueillir ?

- Ca dépend. Seulement si ils sont moins de cent. La dernière à arriver à vingt prépare le déjeuner demain ! Tu ferais mieux de te dépêcher, j’en suis déjà à un !

Avec cette guerrière, je pourrais m’estimer en avance avec dix-neuf monstres à mon tableau de chasse. Vu sa technique, elle serait même capable de me rattraper … Pour ne pas me laisser rattraper, je bande mon arc et prépare une nouvelle flèche. Syndrell elle aussi est prête, un poignard dans chaque main, prête à faire couler le sang.

Le temps s’arrête.

Les crissements dans la cour se stoppent.

La porte de la grange explose.

Deux araignées tentent de passer en même temps dans l’ouverture, arrachant avec elles les planches encore accrochées aux murs. C’est l’occasion rêvée pour moi. La flèche vole, aussi meurtrière que la fois précédente. Cette fois elle ne traverse que du vide et finit sa course en se plantant dans les graviers dehors. Ne pouvant pas passer par l’entrée, les Marcheurs ont fait un pas sur le côté.
Je roule sur le coté, évitant une pointe venimeuse. Je fixe le monstre. C’est la première fois que je vois une de ces bestioles de près. Elle a tout d’une araignée, des poils velus aux yeux multiples. Il y a cependant ces deux tentacules à la si mauvaise réputation. Une piqure et s’en est finit de moi ? Je vais éviter de me faire toucher alors …
Je tente de m’enfuir pour gagner du temps en sautant au bas de la grange, mais le Marcheur est là pour m’accueillir à la sortie de ma roulade. Et merde. J’esquive en me glissant entre ses pattes. Le poignard de Pia en tranche une au passage, mais ça ne fait qu’énerver le monstre qui se rue sur moi de plus belle. Je tente de saisir son rythme pour m’y glisser mais ça relève du miracle si j’arrive à ne pas me faire empaler pendant ce temps là.

A coté, je vois une ombre bleue se battre farouchement. Syndrell est beaucoup plus efficace que moi, mais son combat n’est pas plus simple que le mien. Je parlais d’en arriver à vingt monstres, mais en tuer plus de deux relève du miracle. Et dire qu’un nouveau Marcheur vient d’apparaitre alors que nous n’en avons abattu aucun …

Soudain des ombres bien humaines apparaissent dans l’encadrure de la porte détruite. Parce que cet imbécile toujours assommé n’était pas seul dans l’histoire ?!

- Si j’étais toi j’arrêterais de me battre tout de suite.

Ce n’est pas de réaliser que Cal est maintenu par un des hommes, un poignard sous la gorge, qui arrête mon cœur. Non … c’est cette voix … elle a murie, pris en épaisseur mais c’est bien celle de mon ancien mari.


- Liénor …

Ma voix n’est qu’un murmure, la pâle traduction d’une question que je n’arrive pas à faire sortir. « Mais pourquoi ? Que … » Cette question en amène mille à mon esprit et anesthésie tous mes sens. J’ai passé des années à aiguiser mes réflexes pour me protéger. Inutile quand le monde se fait vide.
La patte velue de l’araignée me cueille dans l’abdomen et m’envoie valser dans le mur de planche de la grange. L’air quitte brutalement mes poumons. Je m’effondre et glisse sur un amas de paille.
Les dernières images qui imprègnent ma rétine sont celle d’une femme aux cheveux bleues, cernées par trois Marcheurs et des ombres à la forme humaine, encapuchonnée comme celle qui git à terre.


« Désolée … »

Ce mot n’est qu’une gargouillis qui sort de ma bouche en même temps qu’un filet de sang. Je n’aurais même pas eu la force de m’excuser auprès de Syndrell pour ma faiblesse.
Enfin je sombre dans le brouillard.

*****

Et moi est-ce que je peux l’impressionner ?
Il faut croire que non.
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Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Jeu 14 Mai 2015, 15:21

[Je pense que c'est l'occasion d'Ange d'impressionner Syn ! N'hésite pas à me faire signe si quelque chose ne te convient pas.]



Syndrell roula sur le sol poussiéreux de la grange, évitant de justesse un tentacule qui aurait pu causer pas mal de dégâts. Elle se redressa en serrant les dents. C’était une chose d’affronter un Marcheur en compagnie d’un maître Dessinateur, mais se battre contre trois créatures et sans l’aide précieuse de Ciel ? Ce n’était définitivement pas la même galère…

La marchombre pivota et frappa de son talon, puis bondit et se laissa glisser sous l’abdomen d’un Marcheur qui s’était arrêté. Ses poignards entamèrent difficilement le cuir velu qui enveloppait la bestiole. Une égratignure ridicule qui ne fit qu’énerver davantage le Marcheur. Syndrell tourbillonna pour éviter les pattes qui fusèrent dans sa direction et se remit en garde.


- Oh, nom d’une chiure de mouche ! pesta la jeune femme en surveillant Ange du coin de l’œil.

Son amie s’en sortait relativement bien, étant donné la difficulté de la situation : elle bougeait rapidement et efficacement, si bien qu’à nouveau une sensation familière remonta le long de l’échine de Syndrell. Elle connaissait cette façon de se déplacer, mais…

Un tentacule s’enroula autour de sa cheville et lui fit perdre l’équilibre. Syndrell se libéra d’un coup de poignard et roula sur le côté, laissant le dard s’empaler dans la terre meuble plutôt que dans sa poitrine. Ouverture ! Elle avait une poignée de secondes pour agir. Nouveau coup d’œil en direction d’Ange. Elle avait entendu son chant, s’était forcément posé des questions. D’une certaine façon, elle avait trahi les siens en dévoilant cette étonnante capacité… devait-elle à présent trahir sa condition en sollicitant ses lames ?

Un Marcheur bouscula Ange et celle-ci n’évita le pire que d’extrême justesse. Cela suffit à Syndrell pour prendre sa décision. A quoi bon posséder la greffe si elle ne pouvait pas l’utiliser pour sauver sa peau et celle de ses amis ?

Chuintement secret.
Lames de corps, âmes d’acier.
Syndrell tendit les bras et le Marcheur émit un son horrible lorsque deux sillons sanglants s’ouvrirent sur son ventre.

La marchombre sentit l’espoir la gagner à nouveau. Elles étaient capables de venir à bout de ces fichues bestioles ! Mais alors qu’elle s’élançait vers la suivante, déterminée à en finir le plus vite possible, la silhouette d’un homme se découpa dans l’ouverture de la grange. Ridicule de vulnérabilité, surtout en comparaison des Marcheurs qui s’agitaient dans l’ombre de la bâtisse.

Mais Cal, prisonnier d’une étreinte de fer et menacé par une lame posée sur sa gorge, n’était sûrement pas de cet avis. Cette vision aiguillonna la colère de Syndrell. Elle plissa les yeux, esquissa un pas en avant, recula précipitamment pour éviter une paire de tentacules et jura  vertement avant de lever ses bras armés pour se défendre.

Du coin de l’œil, elle vit Ange être fauchée par un coup puissant. La jeune femme fut propulsée à travers la grange ; la paille amortit sa chute, mais la puissance du choc l’avait assommée. Elle vacilla, murmura un mot d’excuse et s’effondra, inconsciente.


- Ange ! s’écria Syndrell.

Elle courut, se faufila sous les pattes d’un premier Marcheur, blessa sévèrement le second…


- Stop !

Ce n’est pas l’ordre qui arrêta Syndrell aussi efficacement que si un mur s’était soudain dressé devant elle, mais le gémissement de terreur qui avait filtré à travers les lèvres entrouvertes de Cal. La pointe de la lame qui s’était enfoncée dans sa peau avait fait naître deux petits sillons vermillon qui coulaient le long de sa gorge nouée.

- Plus un geste, marchombre, ou le gosse paiera pour ton erreur.

Le souffle court et les nerfs à fleur de peau, Syndrell foudroya l’homme du regard. Elle rétracta ses lames en apercevant le sang qui roulait sur la gorge de Cal.

- Qui es-tu ? demanda-t-elle d’un ton dur.
- Ça ne te regarde pas.
- Peut-être bien que si.


L’un et l’autre se jaugèrent un bref instant, puis l’homme qui tenait Cal en respect se rapprocha de celui que Syndrell avait assommé et lui donna un coup de pied.

- Debout, Emyn !
- Aïe… quoi ?
- Attrape les menottes dans ma poche, et attache cette femme. Fais attention, c’est une marchombre.
- Une marchombre ?
s’exclama Emyn en se redressant péniblement. Est-ce qu’on ne devrait pas plutôt nous débarrasser d’elle ?

Le regard doré de Syndrell flamboya de colère et elle se raidit, prête à lutter pour sa survie.

- Fais ce que je te dis, c’est tout.

Emyn s’exécuta en soupirant. Syndrell aurait eut le temps de l’égorger dix fois au moins lorsqu’il lui ramena les bras derrière le dos pour l’attacher, mais Cal était en bien trop mauvaise posture pour qu’elle ose prendre un tel risque. Elle n’avait pas l’avantage et elle devait l’accepter.

- Seuls les Ts’Liches peuvent contrôler les Marcheurs, dit-elle en s’efforçant d’ignorer le métal froid qui cerclait ses poignets.
- Pour une femme qui est capable de faire jaillir des lames de ses bras, tu es plutôt étroite d’esprit.
- Oui, difficile d’être plus ouvert quand on a affaire à un imbécile qui tire son avantage en menaçant la vie d’un enfant.
- Liénor,
intervint Emyn.

Il se tenait accroupi près d’Ange et attendait la suite. Syndrell crut apercevoir une expression peinée passer brièvement sur le visage du dénommé Liénor, mais lorsqu’il prit la parole, son ton était ferme et assuré.


- Emmène-là chez le fermier. On te suit.

Un Marcheur bouscula Syndrell pour la faire avancer. Elle n’eut d’autre choix que de suivre les deux hommes hors de la grange. Marshal était dehors, un bras passé autour des épaules de Melly qui tenait son bébé contre sa poitrine.

- Maman… gémit Cal, dont les pieds touchaient à peine le sol alors que Liénor le tenait toujours en respect avec sa lame.

Désespéré, Marshal esquissa un mouvement que Syndrell repéra.


- Ne tentez rien, Marshal. Laissez-moi m’occuper de ça.
- Liénor,
intervint à nouveau Emyn, qui transportait Ange dans ses bras.

Il paraissait inquiet et il avait raison de l’être. Syndrell n’allait pas supporter ses menottes très longtemps.


- Il n’y a rien à faire, marchombre, fit Liénor lorsqu’ils entrèrent dans la maison. Ce qui vous arrive est entièrement ta faute. Tu n’aurais pas dû venir ici.
- Alors ça, c’est la meilleure ! Des Marcheurs attaquent des innocents et c’est ma faute ?
- Je n’aime pas les fouineuses dans ton genre.
- Tant mieux parce que moi, je n’aime pas les types prétentieux dans ton genre.


Liénor fronça les sourcils, contrarié, mais ne céda pas à la colère. Syndrell le vit se rapprocher du canapé sur lequel Emyn venait de déposer Ange.

- Laisse-les tranquille, fit alors la marchombre. Marshal et sa famille ne savaient pas que j’enquêtais sur les Marcheurs lorsqu’ils m’ont proposé leur hospitalité.
- Je suis d’accord sur ce point, mais j’aime avoir un atout dans ma manche,
rétorqua Liénor en désignant Cal du menton.
- Pourquoi dresser des Marcheurs ? Et pourquoi les laisser attaquer des villages ?
- Il me semble t’avoir déjà dit que ce ne sont pas tes affaires.


Des aboiements furieux retentirent soudain à l’extérieur, faisant sursauter tout le monde de concert.

- Swatch ! cria Cal.

Le chien parvint à se faufiler entre les Marcheurs et à rentrer dans le salon. Il se planta devant Liénor en grognant, révélant des crocs impressionnants, mais celui-ci demeura imperturbable. Il éloigna son bras armé de la gorge de Cal pour le tendre devant lui. Droit vers le chien qui se ramassa sur lui-même, prêt à bondir.

Il n’en fit rien. Sans un mot, Liénor posa la main sur le crâne de l’animal et appuya du bout de ses doigts à deux endroits différents. Le sourire ironique de Syndrell s’effaça et elle écarquilla les yeux, stupéfaite. Liénor était en train de calmer le molosse ! Et non seulement il y parvenait, mais en plus il réalisait cet exploit avec deux doigts. C’était impressionnant.

La marchombre fronça les sourcils. Voilà comment cet homme s’y prenait pour contrôler les Marcheurs. Il avait trouvé le moyen de dominer leur bestialité en exerçant une pression physique sur eux. Comment cela fonctionnait-il ? Quelle était cette technique ? Elle ouvrait la bouche pour poser la question lorsqu’Ange laissa échapper un murmure. Elle se réveillait.

C’est à cet instant que Syndrell réalisa quelque chose. Liénor n’avait pas ordonné à Emyn d’attacher Ange ! Elle avait combattu les Marcheurs et n’était pas un adversaire à prendre à la légère. Pourquoi avoir pris la peine de l’installer sur le canapé ?

- Qui est tu ? répéta la jeune femme en dévisageant Liénor.

Il ne répondit pas.
Son regard venait de croiser celui d’Ange.


__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…




Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Jeu 11 Juin 2015, 00:23

J’ai vaguement conscience qu’il se passe des choses autour de moi.
Réveille-toi.
Vaguement conscience qu’on me porte.
Réveille-toi.
Conscience de ces voix.
Réveille-toi
Cette voix.
Réveille-toi.
Liénor.

C’était un rêve, d’ailleurs c’est encore un rêve.
« - Il me semble … ce ne … tes affaires. » C’est bien sa voix. Si j’ouvre les yeux, elle va disparaitre. Je n’ai pas envie d’ouvrir les yeux. Dormir encore un peu … ne pas le perdre à nouveau. Mais doucement je commence à réaliser que je suis allongée sur quelque chose de mou. Mes sens s’ouvrent peu à peu sur le monde et les aboiements d’un chien finissent de me sortir de ma torpeur. J’ai mal au crâne. A l’épaule aussi. Je me souviens maintenant … les Marcheurs nous attaquant, ces maudits monstres de cauchemar … et puis cette voix sortie de la pénombre … et le dernier regard d’or dans la nuit que me lance une Syndrell assaillie de toutes parts …
Syndrell !
Mes yeux se décident enfin à s’ouvrir en réalisant que je peux, que je dois, encore l’aider. Elle est toujours là, sauf que la scène a changé : tout est calme. Plus de bataille mais des discussions. Du moins c’est ce que je suppose en voyant ma compagne assise sur une chaise, le dos tourné, faisant face à un homme qui me regarde.
Je voudrais m’évanouir à nouveau. Il ne peut pas appartenir à ma réalité alors qu’il est censé être mort ! Pourquoi les rêveurs m’auraient menti quand ils m’ont recueillie, après la destruction du village ? Liénor a du les payer, pourquoi ?

Il a vu que j’étais réveillée et garde des mots en suspens. Il a de la douceur dans son regard, autant qu’il y a de douleurs. Pas besoin d’être devin pour comprendre que mille tourments s’agitent dans son esprit en me voyant. Il a toujours su que je reviendrais jusqu’ici, mais au fond il espérait surement le contraire. Il espérait surtout que je n’entende jamais parler des Marcheurs. Dommage pour lui que ma route ait croisé celle d’une Marchombre aux cheveux bleu.


- Qui est tu ?


La voix de Syndrell. Si Liénor l’ignore avec superbe pour s’approcher de moi, elle me permet de m’accrocher à la réalité. Non je ne rêve pas, ce qui me donne soudain envie de haïr cet homme qui s’assoit à mes côtés. D’un mouvement rapide, je porte ma main à ma ceinture et y attrape une dague. Dans le même temps je me relève. Tente de me relever serait plus juste. Ma tête se met soudain à tourner, comme si j’allais à nouveau m’évanouir. Le regard vide planté sur le plancher, je tente de respirer pour me calmer. Le temps que je reprenne mes esprits, mes mains sont solidement attachées par une corde. Maudit choc ! Sans lui j’aurais pu prendre Liénor par surprise !

- Tu ne prends même pas le temps de m’écouter …
et la déception perce sa voix sans se cacher. Allez Emyn on les embarque. Occupe-toi de la marchombre.

De son côté il m’aide à m’assoir sur le canapé puis à me relever. Je m’agrippe avec mes deux mains liées à son épaule, sentant que ses muscles se sont affinés. Le jeune fermier que j’ai épousé un jour a disparu. Enfin presque.


- Ca va aller ?


Je sens qu’il voudrait en dire plus. J’espère bien qu’il a envie de se justifier pour le massacre de notre village et pour m’avoir abandonnée ! Ce sale traitre ! Je ne lui réponds pas, me contentant de le fixer une seconde avec un regard froid comme l’acier. Je me décale et m’avance sans son aide vers la sortie où se tient déjà le dénommé Emyn et Syndrell.


- Toi tu viens avec nous.


Le ton de sa voix est dur. Je ne l’ai jamais entendu parler de la sorte à quelqu’un, lui qui était si gentil. Par l’enfer des Raïs que j’ai été naïve !!! En attendant il agrippe Cal par l’épaule et le petit cri de douleur de l’enfant m’informe que ce n’était pas une action en douceur. Il vient de se glisser dans la peau d’un homme qui n’est pas mon Liénor. Le mien n’aurait jamais fait de mal à un enfant.

Marshal m’observe. Melly me contemple. Syndrell me regarde. Des trois, c’est bien le seul qui me scrute et m’interroge. Je sens ses muscles prêts à contracter pour envoyer balader son gardien. Même attachée elle reste dangereuse. Ils auraient mieux fait de la tuer dès qu’ils le pouvaient … ils vont le regretter, mais doivent-ils le regretter maintenant ? D’un imperceptible mouvement de tête, je lui indique d’attendre encore un peu. J’ai envie d’en savoir un peu plus, et ce n’est pas en éliminant Liénor et son comparse maintenant que ça va arriver.


- Avancez, et vous, dit-il en pointant sa dague sur le couple de fermier, ne bougez pas où votre fils paiera pour vous. On vous le ramène quand cette histoire sera terminée.

Je préfèrerais que ce soit moi qui le ramène, vivant. Je tente de rassurer ses parents en leur souriant, mais leurs visages restent anxieux. Ces deux là risquent de nous haïr toute leur vie s’il arrive quelque chose à Cal. C’est alors que je remarque que Swatch est gentiment assis au coin du feu et nous laisse partir sans rien dire, comme si tout était normal. Je ne comprends pas très bien ce chien qui a toujours été très agressif avec moi mais ne l’est pas avec les autres.

Dehors, Liénor s’approche de deux ombres dans la nuit et les caresse, ou tout du moins les touches. Je le regarde, ébahie : il contrôle ces monstres ? Certes il a toujours eu un don avec les animaux, mais avec des araignées géantes ?! La pénombre ne suffit pas à cacher ma surprise et ma curiosité à la vue de mon ancien compagnon qui se permet un petit sourire provocateur dans ma direction. J’ai trouvée ma Voie chez les Marchombres, mais lui semble avoir trouvé la sienne chez des dresseurs fous.

Nous mettons à marcher, les chouinements de Cal rythmant notre marche nocturne. J’ai de la pitié pour ce gamin mais je ne sais pas quoi faire pour lui, pour l’instant. Agir serait s’exposer à un nouveau combat avec les Marcheurs qui nous escortent. Liénor a du enfin comprendre qu’ils n’étaient pas assez de deux pour nous encadrer.


- Comment tu as fait ça ?
- Ahah c’est un secret ! Je t’expliquerais si …
Il s’arrête soudain de parler, comme s’il en avait déjà trop dit.
- Si quoi ? lui dis-je en m’arrêtant et en lui faisant face.
- Si rien. Tu verras Mélo. Son coup d’œil furtif vers Emyn me fait comprendre que la présence de l’autre le gêne pour parler. Ils ne sont pas les seuls impliqués dans l’histoire.

*****

Il y a une porte qui tient encore sur une maison presqu’en ruine. Emyn doit repousser le lierre qui la cache en partie avant de l’ouvrir. Elle ne fait pas un bruit en nous laissant passer, preuve que malgré son état miteux, elle est entretenue. Idem pour la trappe dissimulée dans le sol. Ca a tout l’air d’une entrée secondaire et je me demande bien qui la cachait chez lui. Le village en ruine et rongé par la verdure m’a fait perdre la plupart de mes repères.

Nous descendons des marches luisantes d’humidité pour arriver dans un tunnel qui me semble horriblement long. Seule une torche éclaire notre périple sous terre, n’aidant pas à faire passer le temps plus vite.

Puis arrive le repère.

Le tunnel prend vie avec des sphères de lumières accrochées aux murs et nous commençons à croiser d’autres tunnels, puis des salles, des escaliers. Quelques gens encapuchonnés, la plupart en train de dormir sur des lits de fortune. Exactement l’idée que je me suis toujours faite d’un repère de bandits des montagnes. A moins de connaitre une entrée, c’est impossible de trouver leur planque.

Je suis dans le nid des Raïs qui ont tué ma famille et mes amis.

Liénor interpelle deux hommes et leur intime d’emmener Syndrell aux cachots. Emyn se charge quand à lui de Cal, avec qui il disparait dans un tunnel pour aller je ne sais où. Je suis désormais seule avec mon ancien mari, lequel s’empresse de couper les liens qui entravent mes mains. Coincée dans ce trou à rat plein de vermine, je ne devrais pas risquer de m’enfuir. Ca c’est qu’il croit.


- Ils ne vont pas leur faire de mal ?! S’il te plait …
et à mon plus grand dégoût, ma voix supplie cet homme qui m’a trahie.
- Ce n’est pas moi qui décide Mélo.
- Ne m’appelle plus Mélo ! Elle est morte avec les autres !
Ma voix s’est transformée en un cri. Malgré moi je sens la rage qui menace de m’engloutir. Il faut que je me contrôle.
- S’il te plait écoute moi … je tiens à toi. J’ai toujours tenue à toi. Alors comporte toi bien, au moins le temps de fuir cet endroit sans risque, et tout ira bien. Il ne parle plus que dans un murmure, comme s’il avait peur qu’on l’entende.
- Je m’en fous de fuir si c’est pour abandonner cette fille et Cal !
- S’il te plait. Fais moi confiance … même si c’est compliqué.
- Tu répondras à mes questions ?
- Oui.


Je hoche la tête et attrape la main qu’il me tend, la laissant me guider à travers un nouveau dédale de tunnels et de pièces variées. Nous aboutissons enfin dans une salle bien plus grande que toutes les autres, renforcée par d’immenses poutres de bois. Pas grand risque qu’elle s’écroule, à moins que les Marcheurs débarquent.
Un homme se tient sur une estrade, assis sur un imposant siège de bois. Il discute avec une personne mais la fait partir d’un signe de main en nous apercevant.


- Liénor. Tu as résolu notre problème ?
- Oui. La fille est en prison et … mon amie a acceptée de se joindre à nous.


Leur chef me fait signe d’approcher. Apparemment j’ai accepté de rejoindre leur bande de tueurs éleveurs de Marcheurs, je me force donc à agir comme si j’étais vraiment avec eux. Je ne souris pas, ne le tue pas du regard, mais obéis sans discuter. Il me détaille et je fais de même, cherchant quelque chose de connu dans sa gueule cassée. Mais sous ses cicatrices je ne retrouve aucun trait familier. Dommage.

- Elle serait mieux dans un bordel qu’ici … Occupe toi d’elle Liénor, mais à la première erreur de sa part, ta tête saute avec la sienne.

Le jeune homme s’apprête à répondre quand un brouhaha confus s’élève du fond de la salle. Du tunnel d’où nous somme arrivés, un bandit débouche tout essouflé.

- Elle … elle s’est échappée !
- Qui ça ?
- La prisonnière de Liénor.


Le chef se retourne vers le jeune homme qui essaie de garder une contenance malgré son incompréhension. Plus jamais il ne sous-estimera une Marchombre.

- Retrouve là et cette fois tue là.


L’ordre est sans équivoque. Liénor s’incline légèrement devant son chef avant de m’entraîner avec lui en courant. Si j’étais Emyn, il se hâterait surement de passer ses nerfs, mais il semble avoir gardé un semblant d’affection pour moi et ne me blâme pas pour l’évasion de Syndrell. Il se contente de laisser passer un compliment entre ses dents serrées avant de laisser échapper ce qui l’inquiète le plus :


- Cette garce est plus maline que je pensais. J’espère qu’elle ne va pas trouver le repère des Marcheurs … ce ne serait bon ni pour toi ni pour moi.


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Syndrell Ellasian
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Signe particulier: Syndrell sait lire sur les lèvres

MessageSujet: Re: Et le passé se fit présent [PV Syndrell]   Jeu 11 Juin 2015, 17:51


Par empressement ou par bêtise, Emyn n’avait pas délesté Ange de ses armes. Celle-ci prit tout le monde par surprise, y compris Liénor, en tirant sa dague pour l’attaquer ; Syndrell, elle, avait entrevu l’échec de ce coup de poker avant même que la jeune femme ait esquissé le moindre geste. Elle était blême et avait reçu un coup sérieux à la tête. Ses forces la trahirent dans son action et l’empêchèrent de menacer sérieusement Liénor.

Plus tard, et désormais attachée elle aussi, Ange croisa le regard interrogateur de Syndrell. Il y avait de la tristesse dans ses yeux, et la marchombre sentit la morsure insidieuse du doute faire ses marques au plus profond d’elle-même. Ange connaissait cet homme, c’était plus qu’évident. Elle avait tenté de le tuer et il l’avait neutralisée, mais se pouvait-il que tout ceci ne soit guère plus qu’une mise en scène ? Une poudre aux yeux qui l’empêchait de mettre le doigt sur ce qui la dérangeait vraiment ?

Emyn l’attrapa de nouveau par le bras et Syndrell se raidit instantanément. Un geste, un souffle… L’homme ne verrait rien venir. Mais il sentirait le choc du coude dans son sternum, la douleur du poing entrant en collision avec sa mâchoire et enfin, du genou qui réduirait tout avenir de descendance à néant.

Ange secoua doucement la tête et Syndrell se laissa entraîner à l’extérieur sans rien tenter. Le doute était toujours là mais elle préférait l’ignorer pour le moment, et croire qu’Ange savait ce qu’elle faisait en lui intimant de rester calme. Liénor avait peut-être deviné son conflit intérieur, car il emmena Cal avec lui et ne laissa rien d’autre qu’une promesse à laquelle Marshal et son épouse allaient s’accrocher désespérément.

Les Marcheurs les attendaient à l’extérieur. Les ombres frémissantes firent tinter leurs pinces sur leurs carapaces tandis que Liénor s’approchait d’elles. Sourcils froncés, Syndrell tenta de percevoir un geste particulier, un indice qui pourrait expliquer cet étrange phénomène, mais Emyn la poussa durement sur le sentier et elle soupira longuement.

La situation n’était pas brillante. Encore une fois, elle avait fourré son nez dans des affaires qui s’avéraient beaucoup plus complexes – et dangereuses ! – qu’elles ne l’avaient laissé croire. C’était comme donner un grand coup de pied dans une fourmilière et regretter son geste immédiatement après. Tout en suivant Liénor et Ange dans la nuit, Syndrell songea à Ciel. S’il avait pu savoir ce qui attendait son amie, jamais le dessinateur ne l’aurait envoyée ici. Il allait se mettre sacrément en rogne lorsqu’elle lui ferait on rapport…

Elle secoua la tête pour garder les idées claires. Inutile de songer à ce qui aurait pu être ou à ce qui serait si jamais elle sortait indemne de ce traquenard ; mieux valait rester concentrée sur l’instant présent afin d’en concevoir tous les détails. Un seul d’entre eux pouvait suffire à faire pencher la balance en sa faveur.  Devant elle, Liénor avançait en soutenant Ange. Elle semblait avoir recouvré ses esprits mais n’aurait jamais pu suivre leur allure sans son aide.


- Comment tu as fait ça ? demanda-t-elle en désignant les créatures qui les suivaient docilement.
- Ahah ! C’est un secret, je t’expliquerais si…
- Si quoi ?
Si rien. Tu verras Melo.


Mélo ? Syndrell intégra ce nouvel élément mine de rien, mais en elle le doute se fit plus grand et plus tenace. Elle avait rencontré Ange quelques heures plus tôt seulement. Il fallait admettre que c’était bien peu pour se faire une réelle idée de ce qu’elle était vraiment. La marchombre n’était toujours pas prête à formuler de conclusions hâtives, mais elle prit le soin de consolider sa méfiance.

Elle avait été trahie une fois, et cela avait bien failli lui coûter la vie.




*




Le village abandonné était un leurre.
C’était une couverture, un masque qui dissimulait ce que l’œil ne pouvait voir ; Liénor leur en fournit la preuve en les faisant descendre sous les décombre d’une maison, par un étroit conduit qui les mena plusieurs mètres sous la surface du sol. Des sphères disposées ça et là diffusaient une chiche lueur qui leur permettait toutefois d’avancer sans craindre de trébucher sur un obstacle ;

Syndrell laissa son regard doré se poser à droite et à gauche, enregistrant et mémorisant la moindre cavité, le moindre dénivelé, la moindre fissure dans les murs suintant d’humidité.
Ciel allait devoir modifier ses cartes de la région.

Des hommes et des femmes vivaient là, dans cet antre sombre et glacial. Leurs vêtements ne dataient pas de la veille et ils se mouvaient lentement, par souci d’économie ou bien à cause d’une vie passée à se terrer dans un trou, à la manière d’un gibier qui aurait trop peur de s’aventurer hors de sa tanière. Plus Syndrell avançait et moins elle comprenait. Qui étaient ces gens et qu’avaient-ils à voir avec les Marcheurs qui obéissaient à Liénor ? Plongée dans ses pensées, elle ne vit pas que le groupe s’était arrêté et manqua de buter contre Ange.


- Egen, Pykes, veuillez conduire cette demoiselle à ses… appartements.

Les deux hommes interpellés par Liénor prirent la place d’Emyn. Ils étaient plus petits et plus mince que ce dernier mais leur poigne nettement plus rude, et Syndrell grimaça en sentant leurs doigts s’enfoncer dans la chair de ses bras. Sans mot dire, ils l’entraînèrent dans un dédale de boyaux en pente, jusqu’à ce que des barreaux se dressent devant le nez de la jeune femme.

- Entre, ordonna Egen – ou bien était-ce Pykes ? – en ouvrant la porte de la cellule dans un long grincement.
- Là-dedans ? s’exclama Syndrell en détaillant ce qui lui semblait être une cage sombre et froide. Non merci, sans façon.

Et elle bondit pour faire passer ses jambes entre ses bras, de sorte qu’ils furent attachés devant et non plus derrière, ce qui lui permit d’utiliser l’effet de surprise pour écraser violemment le pied de son voisin de droite tout en envoyant son coude dans celui de gauche. Puis elle pivota et, avec une rapidité confondante et une efficacité qui aurait allumé une étincelle de fierté dans le regard de Miss, la marchombre assomma ses geôliers.

Elle s’accroupit pour les fouiller mais en dehors de deux dagues qu’elle glissa dans sa ceinture, elle ne trouva pas la clé qui aurait pu débloquer le mécanisme de ses menottes. Haussant les épaules d’un geste désinvolte, elle se redressa et tira Egen et Pykes dans la cellule, qu’elle ferma à double tour. Ces deux là seraient bien surpris à leur réveil…

Un sourire aux lèvres, Syndrell tourna les talons et disparut dans le couloir froid et humide.




*



On ne tarda pas à découvrir sa disparition. Loin de s’en inquiéter, Syndrell continua de longer les couloirs d’un pas vif et silencieux ; elle avait repéré celui qui conduisait vers la sortie mais elle avait pris sa décision : elle ne quitterait pas cet endroit sans Cal. A plusieurs reprises, il lui fallu se plaquer contre la paroi humide, dans l’ombre d’un renfoncement, pour éviter d’être repérée par des gens de passage.

La plupart portaient le même masque qui dissimulait le haut du visage d’Emyn et discutaient de leurs plus belles prises. L’Empereur connaissait-il l’existence de cette communauté secrète ? Un instant, Syndrell envisagea de contacter mentalement Ciel ; mais il lui avait récemment enjoint de n’utiliser ce moyen de communication qu’en cas d’extrême urgence et puis, de toute façon, son ami ne pourrait pas faire grand-chose depuis Al-Chen. Prévenir l’Empereur pouvait attendre qu’elle sorte de là.

Le tunnel qu’elle suivait finit par se séparer en deux boyaux plus étroits. Celui de droite était éclairé par les sphères lumineuses tandis que celui de gauche s’enfonçait dans les ténèbres. Syndrell s’arrêta au carrefour et remua ses poignets. Le métal serré de ses menottes était désagréable sur sa peau. Elle mourrait de soif. Un rapide calcul lui permit d’estimer que l’aube s’installait à la surface ; à l’Académie, Mia devait être en train de préparer un petit-déjeuner pantagruesque, sans remarquer Lyke et Ylléna dissimulé dans son garde-manger bien rempli.

La marchombre secoua la tête lorsque son ventre se mit à gargouiller. Inutile de penser à cela maintenant ! Mais dans son dos, un bruit de voix résonna et fit bondit son cœur dans sa poitrine. Elle s’élança dans le conduit obscur et s’enfonça dans le noir sans perdre un instant. Elle avançait en gardant le mur en contact avec son épaule gauche pour ne pas se perdre dans les ténèbres. Au bout d’une centaine de pas, elle s’arrêta.

Quelque chose bougeait devant elle. Elle ne le voyait pas mais le sentait. Ses poils se dressèrent sur ses bras et un frisson la secoua tout entière. Marchombre ou pas, elle était humaine et, dans le noir, un simple souffle pouvait être effrayant. Sauf que ce qui se trouvait devant elle ne se contenta pas de souffler. Lorsqu’un cliquetis raisonna dans la nuit, Syndrell n’hésita pas.

Elle tourna les talons et courut aussi vite que possible.
Les Marcheurs se lancèrent à ses trousses.





*




Ils étaient rapides ! Trop, même. Syndrell serra les dents en les sentant se rapprocher dans son dos. La peur, toutefois, était comme une décharge d’adrénaline et poussait le corps à franchir les limites du possible : elle courait si vite qu’un vent sifflait dans ses oreilles. Ses menottes gênaient ses mouvements ne l’empêchèrent pas d’atteindre le carrefour avant les Marcheurs...

… pour heurter de plein fouet Liénor qui arrivait dans l’autre sens. Le choc les envoya tous les deux à terre et un Marcheur emporté par son élan passa au-dessus de leurs têtes à toute vitesse. Un autre bouscula Syndrell alors qu’elle tentait de se redresser. Elle roula sur le côté, les bras tendus devant elle, et leva vivement la tête en entendant un CLONG ! retentissant. Les yeux écarquillés, elle fixa la chaîne de ses menottes sectionnée par le dard de l’une des créatures.

L’instant suivant, une main l’attrapait durement par le col et la remettait sur ses jambes.


- Qu’est-ce que tu fiches, bon sang ! cria Liénor.

Il avait l’air furieux… et terrifié. Syndrell se dégagea sèchement et son regard glissa vers Ange. Dans quel camp était-elle, finalement ? Elle avait l’air soulagée de la voir saine et sauve, mais encore une fois elle accompagnait cet homme comme s’ils étaient les meilleurs amis du monde… ou même davantage. Le regard doré de la marchombre revint se planter dans celui de son adversaire.

- Je n’aime pas la vie des taupes alors je m’en vais, rétorqua-t-elle d’un ton mordant. Avec Cal.

Liénor ouvrit la bouche pour répliquer quelque chose, mais il se figea brusquement et son visage perdit toutes ses couleurs.

- Recule, murmura-t-il. Maintenant.

Syndrell s’exécuta et frémit en sentant une patte la frôler. Les Marcheurs s’étaient arrêtés mais ils semblaient sur le point de passer à l’attaque. Surprise, elle regarda Liénor et le questionna dans un souffle :

- Pourquoi tu ne leur ordonne pas de nous laisser ?
- Je ne peux pas.


Le ton était sans appel et diablement clair.

- Pourquoi ?

Il remua le bout de ses doigts.

- Plus de liserine.
- Quoi ?
- C’est une sorte de gel, celui qui me permet de neutraliser l’instinct primitif de tout animal et de lui enjoindre ma propre volonté. Je n’en ai plus sur les doigts.


Ciel allait adorer ça.

- Alors on fait quoi ?
- Et bien…





[... et bien on attend qu'Ange nous sorte de là Razz Sonne-moi si quelque chose te déplaît dans ce post.]

__________________________________________

Marchombre. Un souffle, un geste, un élan de vie. Un formidable amalgame entre liberté et harmonie.

Vous. Moi…




Spoiler:
 

(Wëlle, merci... tout simplement)
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