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Le Pacte VS L'Ordre
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Le Pacte des Marchombres VS l'Ordre des Envoleurs
 

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 Par une nuit sans lune [Pan et libre]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Sam 16 Mai 2015, 17:07

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Al-Vor. Voilà longtemps que je n’y avais pas mis les pieds. Pourtant c’est une ville riche en couleurs et en animations. La foire de printemps qu’y déroulait chaque année attire d’ailleurs des gens venus de toutes les contrées de l’Empire. Les riches marchands s’y pressent évidemment pour faire prospérer leurs affaires ; mais, selon Juhen, il est possible d’y croiser des Thüls, des Frontaliers et, plus rare, des Faëls. Comme une sorte de marché aux puces géant, elle s’étale dans toutes les rues principales de la ville, s’étendant même à quelques quartiers tout entiers. Tout au long d’un mois, la population de la ville doublait littéralement – c’est du moins ce que laissent entendre certaines rumeurs. Heureusement, la foire s’était terminée quelques jours plus tôt et les riches quartiers résidentiels de la ville avaient retrouvé leur calme habituel.

Juchée sur le toit d’une tour, probablement la plus haute de la ville, je guette ma proie, protégée par le voile sombre de la nuit. Finalement, heureusement que Moryqane avait décidé de m’accompagner durant ce voyage, plus long qu’à l’accoutumée. Veillant ainsi sur Makeno, il avait prétexté la présence d’un vieil ami qui habitait dans un petit village non loin de la confrérie d’Ondiane pour m'accompagner. Il commençait à me connaître assez bien, c’est pourquoi il ne m’aurait jamais laissé partir seule cette fois-ci. Je ne t’ai pas sauvée des griffes de la mort il y a trois ans pour te laisser t’y jeter à nouveau sans rien faire, s’était-il exclamé quand j’avais tenté de l’en dissuader. Si cela m’avais profondément agacée au début – je n’ai pas besoin de nounou, sans rire ! – en plusieurs longues semaines, je me suis habituée à voyager avec ce drôle de bonhomme. Pas très grand et tout maigre, il cachait en revanche une force intérieure plus solide qu’un roc ainsi qu’une volonté de fer.

Vil’Ancrasy, voilà ce qui m’avais amenée à Al-Vor cette nuit. Plus de trois ans après la mort de son fils, Vonoor rumine encore sa colère et sa rage au point de mettre ma tête à prix – et pour une belle somme en plus. Ce qui me console un peu dans cette histoire, toutefois, c’est que je ne suis pas toute seule dans cette galère cette fois-ci, puisque Seren et Gil ont, eux-aussi, leur portrait placardé dans toute la ville pour le meurtre de Vil’Ancrasy junior. Si la mort de ce type m’avait plutôt réjouie et soulagée sur le coup, Seren était toutefois le seul qui ait tiré cette flèche qui avait tué Vanol, un peu plus de trois ans plus tôt. Que Vil’Ancrasy s’en prenne donc à Seren, s’il voulait vraiment assouvir sa colère et sa haine – je suis d’ailleurs à peu près certaine que l’Envoleur serait capable de trouver cela amusant.

Plusieurs mètres en contrebas, une voix s’élève dans le silence de la nuit.

- « Rien à signaler ? » demande un garde.
- « Négatif, tout est calme » répond son acolyte.

Quelques secondes s’égrainent tandis que le premier se frotte les mains l’une contre l’autre, un peu nerveux. L’orage menaçant d’exploser d’un moment à un autre, il doit sûrement sentir l’électricité dans l’air – ou peut-être ma présence invisible. Secouant la tête tout seul, l’homme grogna sourdement dans sa barbe.

- « Ouais, trop… » bougonna-t-il avant de s’éloigner d’un pas vif.

Me coulant le long du mur, je commence ma lente désescalade, protégée par l’obscurité. Prudente, attentive à mon nouveau centre de gravité, sans cesse changeant, je descends à peine sur quelques mètre, puis, je me glisse à l’intérieure de la noble demeure à travers une étroite fenêtre. Si petit qu’un homme adulte ne pourrait jamais s’y introduire. Me réceptionnant souplement sur le plancher de bois, je pose doucement ma main sur mon ventre, juste pour sentir le fœtus s’agiter sous mes doigts. Souriant distraitement, je secoue la tête toute seule avant de me ressaisir vivement. Selon toute évidence, cet endroit poussiéreux doit être l’un de leurs deux greniers. Talia n’y avait jamais mis les pieds, mais elle connaissait leur existence. Le bureau de souffrance où s’enfermait Vonoor devait donc logiquement se trouver deux étages plus bas. Parfait ! Empruntant les escaliers de pierre, je parviens rapidement à un long couloir, mal éclairé. Silencieux. Un peu trop même. Restant sur mes gardes, je rase les murs. Le bureau de Vil’Ancrasy était là. Juste là. La main posée sur la poignée, j’hésite un instant en retenant mon souffle. Entrouvrant la porte, je m’avance lentement pour faire aussitôt une macabre découverte. M’approchant du corps sans vie du noble, je passe mes doigts sur sa gorge ouverte. Son sang était encore chaud !

Une soudaine agitation me fait brusquement relever la tête tandis que je jure entre mes dents. Réfléchissant à toute vitesse, j’ai tout juste le temps de bondir par la fenêtre avant que la porte du bureau de s’ouvre à la volée.

- « C’est elle ! Ne la laissez pas s’échapper ! »


J’ai dû redoubler de ruse et d’inventivité pour m’échapper de la ville. Toutefois, les hommes de Vil’Ancrasy m’avait bien vite rattrapée. Le vent, s’engouffrant dans mes cheveux, me fouette le visage avec une force incroyable. Un million de questions se bousculent dans mon esprit. Etait-ce Seren qui avait tué Vil’Ancrasy ? Opportuniste comme il est, je l’imagine sans mal. Mais qui sait ce que Gil pourrait bien faire pour protéger son abrutie de copine et son enfant – rien qui ne puisse mettre en danger sa meilleure amie non ? Je très envie d’y croire, mais le doute s’immisce en moi un court instant. Avant que je me retrouve jetée brutalement au sol par l’un de mes poursuivants.

A moitié sonnée par cette chute, je me redresse tant bien que mal. Mais pas assez vite pour me soustraire à la poigne du guerrier. Plaquée violemment contre l’écorce rugueuse d’un arbre, j’ai à peine la force de me débattre. La main de l’homme se resserre dangereusement autour de ma gorge. Suffoquant déjà à moitié, je protège mon ventre du mieux que je puisse tout en essayant de me dégager de cette poigne mortelle qui m’empêche de respirer. Peine perdue ! Mes membres s’engourdissent peu à peu. Mes poumons brûlants réclament de l’air de toute urgence.

*

Un appel.
Pan.
Cri silencieux !

*

Ultime éclair de lucidité qui prend la forme de l’Envoleur aux cornes. Père adoptif de Makeno, père de cette petite chose qui grandissait en moi depuis un peu plus de huit mois, son odeur musquée et sauvage me retient encore, ancrée solidement dans la réalité. M’empêche de sombrer dans l’inconscience, pour puiser dans mes dernières forces. Et sortir les griffes pour les enfoncer profondément dans les yeux de mon assaillant qui pousse un hurlement de douleur inhumain. Me libérant presque instantanément de la pression, le guerrier recule de quelques pas en plaquant ses mains sur yeux en sang. Crevés.

Me coulant hors d’atteinte de l’homme, je m’enfuis à travers les ombres du sous-bois. Le hennissement aigu de Pirate me parvient un instant, porté par la brise légère. Si seulement je pouvais parvenir jusqu’au fleuve, cela me permettrait de brouiller ma piste. Mais je suis incroyablement lente et le moindre de mes mouvement suffit à m’essouffler comme une forge. Une main appuyée contre un tronc d’arbre, je peste en silence de ne pouvoir courir plus de deux cents mètres sans m’arrêter et avoir la sensation de cracher mes poumons. Rassemblant mon souffle, je porte deux doigts à mes lèvres et émet un long sifflement que Pirate reconnaissait désormais immédiatement, tout comme Océan. Il ne fallut pas plus de deux minutes pour l’étalon débarque au galop, suivi de près par les hommes de Vil’Ancrasy. Me hissant sur la scelle du frison, je le talonne tandis qu’il se lance dans un galop puissant et rapide. Comme si la situation pouvait encore empirer, le vent du sud amène les premières gouttes de pluie avec lui. Allongeant un peu plus sa foulée, Pirate agrandit légèrement l’écart entre ces hommes et moi.

Soudain, alors que je ne l’espérais plus, le fleuve se découpe à la lisière du bois et je peux désormais entendre le son du flot régulier, qui semble répondre au grondement féroce du tonnerre. Par la sainte culotte de l’Empereur, la Dame soit louée ! Tandis que j’encourage l’étalon de ma voix, comme j’avais autrefois l’habitude de le faire avec Océan, une branche fouette mon visage tandis que mon cheval négocie un virage serré entre les derniers arbres du petit bois. Sans même prendre le temps de chercher un passage à gué – pas le temps – je laisse Pirate s’élancer dans l’eau. L’étalon, bien que grand et robuste, lutte un long moment contre le courant étonnement puissant pour un si petit fleuve. Parfois, les flots nous emportent sur quelques mètres avant que l’étalon ne reprenne le dessus. Un léger soupir franchit mes lèvres tandis que Pirate parvient enfin à nous hisser sur la berge. Passant une main sur mon ventre, je me redresse un instant sur ma scelle pour défier les hommes de Vil’Ancrasy de mon regard aveugle.

Hélas, je ne prends pas garde assez tôt du silence équivoque de ces hommes, qui semblaient attendre bêtement que quelque-chose se produise soudain, ni de l’agitation de mon cheval. Les sons gutturaux qui émanaient de sa respiration et ses muscles tendus sous moi auraient pourtant dû m’alerter. Tout se déroule très vite et je ne réalise pas immédiatement la présence du fauve, à quelques mètres à peine, tandis que Pirate se cabre violemment, me projetant au sol. Enroulant mon ventre rond de mes bras afin d’amortir ma chute, je me redresse tant bien que mal sur un coude. Alors seulement je perçois le feulement menaçant d’un puissant tigre des prairies, tapi dans les herbes hautes. Le cheval lance une nouvelle fois ses sabots en l’air pour impressionner le prédateur. Me redressant un peu plus, une douleur aussi soudaine que puissante me tire un petit gémissement. Mon cœur rate un battement. Un éclair déchire le ciel. Et le tonnerre ébranle l’atmosphère de sa colère. Non ! Pas ici ! Pas maintenant ! Pas comme ça, sous la pluie, sous l’orage, seule ! C’est trop tôt ! Et pourtant…

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Mer 22 Juil 2015, 23:30

[ Ouiiiii ! Enfin, je réponds !! Si quelque chose ne te va pas, MP Wink ]







Pan glissa ses doigts dans les crins épais et fournis de Chaombre. Le contraste entre l'argenté de la crinière et sa peau basanée était impressionnant, mais moins qu'entre ses crins et sa robe d'un noir de jai. Plissant les yeux, l'Envoleur poussa un soupir, avant de lever les yeux vers l'horizon.
Il s'était mis en route trois jours plus tôt vers Al-Vor, dans l'espoir de pouvoir rattraper Naïs qui s'y était rendue seule alors qu'elle était enceinte jusqu'au cou. Il était à la fois en colère, en tout cas énervé, et triste :  Il savait pertinemment que la jeune femme ne tenait pas en place, et il avait fait tout son possible pour ne pas qu'elle risque encore plus sa santé et celle du bébé, mais cela n'avait pas suffit.

Il avait cette impression affreusement frustrante d'être parfaitement inutile, dans ce type de situation.
Même si Laïar s'était enfin envolée, et devant ses yeux, à peine un mois plus tôt… En réalité, c'était à cette occasion, parce qu'il n'était plus là pour tenter de la raisonner, que Naïs était partie… sans doute. C'était ainsi qu'il le percevait, même si il n'écartait pas le cas où il se trompait complètement.

On lui avait rapporté que le visage de l'Envoleuse et de Gil étaient placardés dans Al-Vor depuis plusieurs semaines, et connaissant Naïs, même si elle restait imprévisible à sa façon, elle s'y était sans doute rendue dans l'espoir de tout remettre à plat… Ou en tout cas, de régler ça une bonne fois pour toutes.
Pan savait pertinemment que quoi qu'elle fasse, il n'y aurait rien de définitif. Elle était toujours en train de plonger dans les ennuis jusqu'au cou, et quoi qu'elle fasse il y aurait toujours quelque chose ou quelqu'un contre elle, quelque part…

Les murs de Al-Vor se découpaient dans le lointain, à encore une bonne demi-heure de cheval, et Pan relança Chaombre dans un pas dynamique.
Le grand cheval n'avait pas un physique de sprinteur, quoi qu'on en dise. Il était extremement endurant et pouvait parcourir des dizaines de kilomètres par jour au pas et au trot, mais déplacer toute sa masse au galop sur de longues distances lui était pénible ; même s'il faisait de bonnes pointes sur de courtes distances.

Parcourant au petit trot la piste qui menait à l'entrée Sud de la ville plantée au milieu des colines de Taj, Pan essayait de ne pas penser dans quels ennuis la jeune femme avait pu se fourrer. Avec son ventre qui avait grossi cette fois-ci, même s'il n'était pas aussi impressionant que celui de Libertée plusieurs mois plus tôt, ses potentiels agresseurs ou adversaires avaient une cible plus facile…  Et dans le milieu qu'ils fréquentaient tous les deux, personne n'avait de scrupules, même pour une future mère. Surtout pour une future mère…

Soudain, les oreilles de Chaombre s'agitèrent et le cheval poussa un ronflement de surprise et de curiosité en même temps, et sa foulée s'allongea légèrement alors qu'il s'incurvait sur la droite. Pan fronça les sourcils, avant d'entendre un hennissement d'agression une cinquantaine de mètres plus loin. Sa monture, à ce son, pila sans prévenir et le colosse se retint à sa crinière pour ne pas être désarçonné. Fronçant les sourcils, il flatta l'encolure de l'étalon avant de le pousser en avant et vers les bruits de piétinememt qu'il entendait…

Le cavalier et le shire débarquèrent au moment où un autre cheval d'un noir de jai se dressait sur ses postérieurs pour intimider un immense félin qui donna un coup de griffer en avant. Le regard de Pan se posa sur une petite silhouette recroquevillée sur le sol derrière le cheval qui tentait de faire peur au tigre… Il lui fallut plusieurs secondes pour réaliser que la silhouette en question était celle de Naïs.
Et il fallut quelques secondes de plus à l'Envoleur pour réaliser la position dans laquelle se trouvait l'Envoleuse, il aperçut des silhouettes à cheval derrière la rivière en furie…
Il lui fallut une dizaine de secondes pour englober la scène des yeux, mais seulement une demi-seconde pour prendre une décision.

Talonnant Chaombre, il lança son immense étalon à pleine vitesse vers le fauve, qui était malgré tout plus petit que le cheval, et qui recula en feulant, avant de vouloir à nouveau attaquer la proie qu'était l'herbivore… C'était sans compter sur Pan qui poussa un cri de guerre guttural à ce moment-là. Le son surpris le félin, qui tourna la tête dans sa direction…
… avant de prendre le pied de l'Envoleur dans la mâchoire. Impact amplifié par la greffe du colosse, l'animal fut projeté deux mètres plus loin, en couinant de douleur. Se relevant difficilement, il feula précipitamment en direction des deux chevaux, mais fila sans demander son reste : il avait affaire à plus fort que lui. En tant qu'animal il avait un minimum d'instinct de conservation.

Et alors que le tigre s'enfuyait dans les fourrés les plus proches, Pan porta son regard sur l'autre rive de la rivière… Et découvrit que les cavaliers étaient toujours déterminés à passer de l'autre côté : ils étaient remontés un peu plus haut pour trouver un passage à gué moins dangereux.
Sautant à terre, l'homme cornu posa une main sur l'épaule de Naïs, recroquevillée sur elle-même, les bras autour de son ventre rebondi.
Il pleuvait tellement fort désormais que tout semblait flou, mais Pan ne doutait pas que les cavaliers les retrouveraient s'ils ne bougeaient pas. Mais en voyant tout le corps contracté de Naïs, le colosse sentit son coeur rater un battement, accélérer, s'arrêter, repartir… Soudain, il se mit à trembler, submergé par la panique : Naïs avait des contractions !

- Bordel de merde! jura-t-il bruyamment, avant de se pencher pour attraper l'Envoleuse sous les genoux et les aisselles pour la plaquer contre lui. Levant la tête, il siffla doucement et les deux étalons qui s'ébrouaient plus loin le rejoignirent au petit trot. Il pencha la tête vers Naïs en plantant ses yeux dans les siens. Je suis là. Respire, et surtout ne pousse pas. Je vais nous mettre à l'abri.

L'orage grondait et zébrait le ciel au dessus d'eux, et Pan se mit à courir, les chevaux aux trousses et Naïs dans les bras.
Entre les coups de tonnerre, il entendait les cris de leurs poursuivants et se dirigeait à l'aveuglette dans le sens opposé à la piste qu'il avait suivie jusque là. Le sol se changeait en bourbier avec la pluie qui se déversait depuis les nuages d'une noirceur impressionnante et mouvante. Pan glissa plusieurs fois, se rattrapant à chaque fois de justesse. Avec la boue, il réussit à gagner du terrain, et ensuite à semer les cris des cavaliers.

Il ne s'arrêta pas de courir pour autant.
Il courait, toujours plus vite, aussi vite que la boue le lui permettait. L'orage s'éloigna peu à peu, la pluie se parsema pour devenir une bruine et puis disparaître complètement, laissant la terre molle et l'herbe détrempée, avec cette atmosphère si sereine d'après la tempête.
Plus un cri ne résonnait dans l'air, seulement les pas de Pan sur le sol et ceux des chevaux qui les suivaient toujours dans un petit trot tranquille.
Et puis, déséquilibré vers l'avant, plié, Pan sentit la fatigue le gagner et ses poumons commencèrent à protester, tout comme son dos et ses jambes.

Il finit par s'arrêter dans une petite forêt, au pied d'un arbre si large qu'il aurait fallu trois personnes pour en faire le tour en se tenant la main. Déposant Naïs délicatement sur le sol, l'Envoleur passa une main sur son visage, glissant ses doigts sur ses sourcils qui avaient emmagasiné toute l'eau de pluie qui lui était tombée dessus pour ne pas qu'il en ai trop dans les yeux.
S'agenouillant au dessus de Naïs, il posa ses doigts sur sa joue, avant de déposer délicatement ses lèvres sur les siennes.

- Tu ne peux pas t'empêcher de chercher les ennuis, hein ? Comment tu te sens ? Attends, j'ai des couvertures.

Il savait que les contractions n'avaient pas du s'arrêter. Au contraire, de ce qu'il en savait par l'enseignement de sa mère, elles devenaient plus fortes et plus fréquentes une fois qu'elles s'étaient déclarées… et il était hors de question que l'Envoleuse accouche sur le sol et dans la boue.
Même si cela ne faisait que huit mois, approximativement, que le bébé grandissait dans le ventre de Naïs, il était viable. Pan avait appris avec surprise que la période de gestation des humains était de neuf mois, contre 30 semaines – sept moins et demi – pour les Pabiancornes.

L'Envoleur récupéra ses couvertures sur la selle de Chaombre, bien protégées et sèches grâce à ses sacoches en cuir lisse. Il les étala parterre pour que Naïs puisse s'y installer confortablement et il lui prit la main avec une infinie délicatesse, posant sa seconde main sur son ventre pour sentir les contractions.

- Je suis là.
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Sam 25 Juil 2015, 00:44

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

… Et pourtant cette douleur est bien réelle. Alors que j’en ai littéralement le souffle coupé, mon sang se glace dans mes veines. Me mordant la lèvre inférieure pour tenter de juguler cette vague de douleur puissante, je manque de me laisser retomber mollement sur le sol boueux. Mais la main qui se pose doucement sur mon épaule me fait relever la tête. Pan ! Alors que mon corps semble enfin se relâcher, je m’autorise à reprendre ma respiration avec un léger soupir de soulagement. Cependant, je n’ai pas la force de répondre à l’Envoleur aux cornes, ne serait-ce que pour le rassurer. Tandis qu’il me soulève délicatement dans ses bras, je parviens tout juste à glisser un bras derrière son épaule pour m’agripper doucement à sa nuque. Enfouissant mon visage contre le torse musclé de Pan, j’inhale profondément son odeur que je saurai reconnaître entre mille – ce simple geste avait toujours ce don de m’apaiser en toutes situations. Avant de poser mon autre main sur mon ventre rond, dur à craquer sous l’assaut d’une nouvelle contraction.

Cela ne peut pas arriver. Pas maintenant. Pas sous cette pluie torrentielle. Une voix moqueuse raisonne un instant au fond de moi : tu l’as bien cherché, aurait sûrement raillé Nwëlla – ce en quoi elle n’aurait pas eu tort. Ou que j’aille, quoi que je fasse, je finis toujours par m’attirer des ennuis malgré moi. Si seulement j’avais écouté Pan pour une fois, tout ça ne serait probablement jamais arrivé et ce bébé serait resté au chaud encore quelques semaines. Mais comme d’habitude, je n’ai écouté que mon instinct, ce qui a encore une fois bien failli me mener à la catastrophe assurée. Pestant contre moi-même, une nouvelle contraction me tire un léger gémissement.

La pluie finit par s’arrêter progressivement. Une odeur d’humidité rafraichissante règne désormais dans l’air alors que l’orage continue de s’éloigner. Un calme serein s’installe, mais la lumière de la lune ne reparaît pas pour autant, voilée par une épaisse couche de nuages. Dans sa course folle sous la pluie diluvienne, Pan était parvenu à semer le groupe de cavalier qui m’avait prise en chasse quelques heures plus tôt. Et c’est à l’abri d’une petite forêt que l’Envoleur finit par me poser délicatement sur le sol, contre l’écorce rugueuse d’un gros arbre. Levant légèrement la tête, je savoure le contact de mes lèvres sur celles de Pan, cherchant à prolonger cet échange quelques secondes de plus comme pour balayer la peur qui me mord les entrailles. Séchant mon visage d’un revers de bras, j’esquisse un petit sourire. L’Envoleur est décidément celui qui me connaît le mieux, aussi n’ai-je pas besoin de lui expliquer la raison de mon voyage à Al-Vor. En revanche, j’entreprends de rassurer immédiatement mon amant.

- « Humide » trouvais-je la force de plaisanter « Je me sens plutôt humide »

La violence d’une nouvelle contraction m’arrache une grimace de douleur, tandis que Pan installe plusieurs couvertures sur le sol afin que je sois le plus confortablement installée. Glissant mes doigts sur ceux de l’Envoleur aux cornes, qui venait de poser sa grande main sur mon ventre tendu à l’extrême. Ce seul contact permet de juguler cette douleur que j’avais oubliée depuis longtemps. Cette impression horrible d’être broyée de l’intérieur, et même littéralement écartelée, ne m’avait pas manqué le moins du monde. Quelque part, j’avais été chanceuse pour la naissance de Makeno, puisque j’avais été trop dans le coaltar pour me rendre compte de ce qui m’arrivait. Et avant que je ne le réalise, il était là. Je jure un instant entre mes dents, serrant les doigts de Pan dans ma main avec force.

- « Enfeeeer » gémis-je « J’avais oublié que ça faisait un mal de chien » tentais-je pour rassurer Pan « La poche des eaux n’est pas encore rompu, ça peut prendre un peu de temps » expliquais-je.

Là, adossée contre ce gros tronc, les contractions se rapprochent imperceptiblement avec la même intensité. Toutefois, la main de Pan sur mon ventre et ses doigts entremêlés dans les miens me permettent de garder un certain contrôle et de juguler la douleur. De temps en temps, une contraction plus violente que les autres parvenait à m’arracher un long gémissement. Combien temps s’écoule ainsi ? Les minutes s’égrainent, défilent, s’étirent. J’en viens à perdre toute notion du temps. Mais tout ce que je sais désormais, c’est que ce bébé ne parvient pas à descendre correctement. Si je reste dans cette position à demi assise, je risque fort de souffrir de longues heures avant que l’enfant ne vienne au monde. Cette certitude pulse en moi et dans un éclair de lucidité, j’attrape le bras de Pan.

- « Aide-moi à me lever, il faut que je marche » demandais-je d’une voix rauque.

Il fallut quelques secondes avant que l’Envoleur ne réalise ce que je voulais. Cependant, très vite, il m’aide à me hisser sur mes jambes et, accrochée à l’homme aux cornes, j’effectue quelques pas en prenant soin de bien bouger le bassin. Aussitôt je sens une différence de taille : le bébé semble nettement plus à son aise pour bouger. Enlaçant Pan par la nuque, je laisse alors faire la gravité, parvenant toujours à juguler la douleur des contractions grâces aux grandes mains rassurantes de l’Envoleur, posées sur mon ventre rond.

- « On prend les paris ? » proposais-je avec un léger sourire « Tu penses que ça sera une fille ? Ou un garçon ? » précisais-je en cherchant le regard de Pan.





[Un brin court, mais je n'avais pas envie de faire un blabla inutile ^^]

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Alaia Tendor
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Lun 27 Juil 2015, 13:20

Quand Gracieuse lui avait annoncé que quelques jours la séparaient de son Ahn Ku, elle avait hésité entre rester au Domaine ou non, mais devant son agitation frénétique, son besoin viscéral de solitude avait pris le dessus et les avaient entraînés, Impal et elle, vers les lacs des collines de Taj, là où elle avait appris à nager avec son maître. De là, elle avait remonté le fleuve en jouant quotidiennement avec lui. Elle sortait toujours de ses danses élémentaires avec une sensation de plénitude qu’elle goûtait presque plus que les étendues désertiques qui s’étendaient sous ses yeux. Il lui semblait que le monde avait été transformé, même si elle savait pertinemment que c’était son regard qui avait changé : ses sens lui offraient une infinité d’informations qu’elle n’aurait pu imaginer avant de rencontrer les envoleurs et qui désormais s’offraient à elle. C’était… grisant.
Un de ses derniers jours de solitude, alors qu’elle hésitait entre reprendre le chemin d’Ombreuse et profiter un dernier jour de la présence du fleuve, le vent chargé d’humidité et de la promesse d’un orage la décida : quitte à être mouillée, autant s’amuser ! Elle mit donc pied à terre et confia ses affaires à Impal alors qu’elle remontait le courant à ses côtés. Ces pauses quotidiennes permettaient à l’étalon de souffler et de profiter de l’herbe tendre qui avait commencé à couvrir d’émeraude les abords des points d’eau avec le retour des beaux jours.
Alors qu’elle savourait l’étreinte froide de l’eau, ses sens l’avertir de l’arrivée imminente d’une troupe de cavaliers qui ne cherchaient en rien à se dissimuler, et la décidèrent à sortir. Pas qu’elle craigne leur présence, simplement qu’elle préférait éviter les questions concernant son aptitude à remonter le courant, parfois violent, d’un fleuve à la nage… Etonnement, et bien qu’ils semblaient pressés, ils prirent le temps de s’arrêter à sa hauteur – ils ne firent aucun commentaires sur son absence de tenue, mais leurs yeux et le sourcil levé haut de celui qui semblait être leur chef parlaient d’eux-mêmes – avant de l’interpeler.

- Eh, toi, tu n’aurais pas vu deux cavaliers par hasard ? Un homme et une femme.
- Moi ? fit-elle ironiquement, car elle était seule à des lieux à la ronde. Non, je suis cette piste depuis plusieurs jours et je n’ai croisé personne.
- Tu es sûre ?
- Allons chef, un cornu ça ne s’oublie pas ! lança un des cavaliers avant qu’elle n’ait pu ouvrir la bouche.

Ses yeux marquèrent sa surprise – Pan ? – et elle ne chercha pas à la cacher au regard perçant du chef qui s’était fiché dans le sien, l’amplifiant même pour dissimuler le fait qu’elle connaissait certainement celui qu’ils poursuivaient.

- Cornu ? furent ses seules paroles, d’un ton éberlué qui le trompa aisément.
- Laisse, fit l’homme le plus proche, sans doute le second ; la fille était enceinte jusqu’aux yeux et je maintiens qu’ils ont dû filer vers Ondiane après nous avoir baladé un peu. Il y a un gué pas loin ?

Alaia fouilla sa mémoire : oui, il y avait un gué à une demi-heure d’ici, où elle s’était mise à l’eau, y avait-elle remarqué des traces particulières ? Se pourrait-il que Pan y soit passé après elle ? Elle réfléchissait à toute vitesse, consciente des regards inquisiteurs qui pesaient sur elle, avant de répondre :

- Oui, à quelques minutes, suffisamment stable pour des cavaliers je pense.

Les chances que Pan y soit passé étaient minimes, mais dans tous les cas si elle leur mentait elle deviendrait d’autant plus suspecte et ne pourrait pas mener ses propres recherches sans risquer qu’ils ne la suivent. Elle préférait jouer la carte de la prudence et se fiait suffisamment à ses talents de pisteurs, durement éprouvés dans les marais, pour les retrouver avant eux ou au moins arriver à temps.
Une fois qu’ils se furent éloignés, elle commença sa propre traque sans même se rhabiller – à quoi bon, elle était encore trempée et ne sècherait pas sous la pluie ! – en remontant la piste profonde laissée par les cavaliers en armure. Elle se mit à la place d’un envoleur en fuite, cherchant non seulement les traces de passage de chevaux, mais aussi les pistes animales qui pouvaient masquer leurs traces. L’idée de la Confrérie était loin d’être stupide, mais trop évidente. A sa place, elle aurait coupé par les Collines de Taj. Les villages étaient rares, voire inexistants ici à cause des ogres, aucune chance qu’un paysan ne les trahisse. Combien de temps leur fallait-il pour rejoindre le Domaine ? Au moins une journée entière, que les chevaux ne tiendraient pas au galop, deux jours donc. Trop loin.
Elle faillit louper la bifurcation, car elle ne s’attendait pas à trouver des empreintes humaines. Pour elle, ainsi que pour les cavaliers sans doute, il était évident qu’il aurait un cheval et fuirait sur son dos, créant de profondes traces dans la terre meuble. Ce qui lui mit la puce à l’oreille fut en effet la profondeur des traces. Rien d’anormal pour n’importe quel pisteur qui n’était pas habitué aux terres détrempées, car si elles marquaient bien elles brouillaient facilement les traces. Suivant son instinct, elle courut le long des traces en prenant garde aux bifurcations avant de tomber sur une piste plus droite qu’elle suivit à cheval une fois sa tunique et ses bottes rapidement enfilée. Les nuages, bien que toujours présents, avaient cessé de se déchaîner, ce qui lui facilitait le travail… Et elle n’allait pas s’en plaindre vu les trésors d’observation et de patience qu’elle avait dû déployer jusque-là pour parvenir à les trouver… Encore fallait-il que ce soit la bonne piste. Elle chassa cette idée en lançant Impal dans un petit galop.  

Lorsqu’elle arriva aux abords d’une petite forêt de feuillus, elle mit pied à terre : son instinct lui disait qu’ils y avaient trouvé refuge, en tout cas c’est ce qu’elle aurait fait si elle devait protéger quelqu’un d’aussi vulnérable. Impal soufflait bruyamment, fatigué de sa course folle après une longue journée de marche et de trot, et elle le récompensa d’une caresse avant de le mener par la bride dans l’ouverture qu’avait créée le passage d’autres chevaux avant lui. En entrant ici, Pan ne cherchait plus à se cacher, il savait qu’il les avait semé, et cela se voyait au nombre de branches cassées ou piétinées qui formaient une piste autrement plus facile à suivre que celle qu’elle s’était échinée à trouver.
Souplesse et fluidité étaient désormais solidement collées à ses traces, elle n’avait donc même pas à regarder où elle mettait les pieds et en profitait pour réfléchir à toute allure. Si elle ne prenait aucune mesure pour être particulièrement discrète, elle se doutait de ce que sa présence risquait de susciter si elle ne s’annonçait pas : se fier à ses sens et à son instinct pour trouver les deux fugitifs, comme elle l’aurait fait lors d’une traque, n’était pas du tout la bonne solution, pas si elle souhaitait garder obscure encore la sensation de se faire transpercer de part en part. Elle prit donc une grande inspiration et, d’une voix forte et claire, commença à parler à intervalle régulier:

- Pan, c’est moi,  Alaia. Je ne sais pas si tu te souviens, mais nous nous sommes rencontrés aux écuries…

Elle évitait de mentionner le Domaine, tout comme la salle aux statues, dans un élan de paranoïa qui lui dictait qu’elle ne maîtrisait pas suffisamment le terrain et les oreilles baladeuses qui pouvaient s’y trouver – d’autant que l’envoleur n’était pas seul, et qu’elle se garderait bien de révéler sa nature à sa compagne de voyage s’il ne l’avait déjà fait : elle ne voulait pas se mêler de ces choses-là.
Elle avait conscience des changements physiques qui s’étaient opérés en elle, et pas seulement quelques mèches coupées : elle s’était vue aux travers des yeux des autres – et particulièrement ceux de son maître – prendre une belle dose d’assurance et de muscles fins et efficaces. Mais restait ce qu’elle avait cherché à cacher durant de longues années de par leur trop grande expressivité : ses yeux, d’un bleu profond comme le lac Chen, qui montreraient à Pan qu’elle n’était pas venue en ennemie.

- Pan, recommença-t-elle, c’est Alaia, j’ai croisé les cavaliers il y a deux heures à peu près et je n’ai pas été suivie… leur pisteur est exécrable, plaisanta-t-elle pour bien montrer qu’elle était détendue.

Les habitants de la forêt s’enfuyaient à son bruyant passage, et elle savait que, plus que ses paroles, ce seront eux qui avertiront l’envoleur de sa présence, comme elle-même avait appris à le faire dans les marais pour éviter les troupes de Rais. Un petit sourire flotta sur ses lèvres : il était tellement… réconfortant et galvanisant de pouvoir penser ainsi, de se servir de son apprentissage individuel pour communiquer avec… un autre membre de sa meute, Pan avait tout juste dans sa comparaison.

- Pan, c’est Alaia, est-ce que je peux t’aider ?

Sa voix ne s’était pas encore éteinte qu’elle entendit un bruit de présence humaine à sa droite et, se gardant bien d’accélérer ou de porter la main à son arme, elle bifurqua pour se retrouver dans une clairière où un étrange spectacle l’attendait. Evidemment, elle aurait dû y penser. Enceinte jusqu’aux yeux, avait dit un des cavaliers. Evidemment qu’elle allait souffrir de cette course poursuite… Elle ouvrit la bouche puis la referma lorsque son regard s’assombrit…

- Ils font route vers Ondiane, et veulent vous y attendre… Je vous aurais bien proposé d’y aller moi-même mais ils m’ont vue… Et les portes d’Al Vor seront fermées avant que j’y arrive. Est-ce que je peux faire quoi que ce soit ? ajouta-t-elle en ouvrant légèrement les bras, paumes ouvertes devant elle en signe de soutien. Allumer un feu, ou bien…

Le souvenir d’une autre nuit d’orage quelques mois plus tôt, et du feu qu’elle y avait allumé se faufila dans sa mémoire, mais elle le repoussa violemment : elle n’était pas superstitieuse, mais refusait de penser à la mort auprès d’une femme sur le point d’accoucher.


[Pan: je t'ai manquée? Razz
Nais: dans le deuxième cours de Lamn elle est déjà enceinte ou pas?]

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Mar 28 Juil 2015, 16:28

Quand il déposa Naïs sur le sol et lui trouva des couvertures, cette dernière avait repris suffisamment de forces pour plaisanter un instant sur le fait qu'ils étaient tous les deux totalement trempés par la pluie, même si cette dernière avait presque cessé depuis une minute ou deux.
Le coeur battant à bâtons rompus, Pan se pencha vers l'Envoleuse alors qu'elle se pliait encore en deux sous l'assaut d'une contraction. D'instinct, il posa sa main sur le ventre arrondi de cette dernière, comme il le faisait souvent quand la petite créature à l'intérieur s'agitait de trop, depuis quelques mois. Cela n'allait pas changer grand-chose, les contractions venaient des muscles de Naïs, mais il pouvait sentit au moins les mouvements du bébé.

- Enfeeeer ! J’avais oublié que ça faisait un mal de chien. La poche des eaux n’est pas encore rompu, ça peut prendre un peu de temps ...

Sans un mot, Pan hocha la tête, sans doute encore plus angoissé que la mère.
Après tout, quelques mois plus tôt, le Rêveur avait bien annoncé à Naïs que son état pouvait s'aggraver et que sa grossesse risquait d'accélérer le processus, voire de la tuer. Perdu dans ses pensées, le colosse ne cesse de passer la paume de sa main sur le sommet du ventre tendu à craquer de Naïs, devenant caresse légère et douce quand une contraction le tirait en toile de tente. C'était impressionant de voir ces muscles se contracter si fort que toutes leurs fibres se tendait par dessus le fœtus.

Quand la jeune femme attrapa son avant-bras, Pan hocha la tête imperceptiblement et l'aida à se relever. Elle savait mieux que lui ce qu'elle devait faire : c'était son corps, et elle essayait d'en percevoir tous les signaux. Il était vrai qu'elle n'avait pas perdu les eaux, mais cela ne saurait tarder. Comment la suite allait-elle se dérouler ?

- On prend les paris ? Tu penses que ça sera une fille ? Ou un garçon ?

Un sourire étira les lèvres de Pan, blanchies par l'angoisse. Il soutenait l'Envoleuse mais ne se sentait pas spécialement bien lui non plus. Mais il devait être fort, elle devait pouvoir compter sur lui une fois de plus.  Il glissa une mèche de cheveux détrempée derrière l'oreille de Naïs et ouvrit la bouche pour répondre, quand une voix inintelligible parvint à leurs oreilles.
Se figeant, Pan glissa une main autour de la taille de Naïs pour l'entraîner derrière un large tronc, tandis que les chevaux relevaient la tête brusquement pour se tourner vers l'origine du bruit.

Tendant l'oreille, l'Envoleur se ramassa sur lui-même, prêt à réagir si leurs poursuivants les avaient retrouvés. Ils faisaient beaucoup trop de bruit pour être encore en chasse, il percevait les branches se brisant sur leur passage…

Pourtant, ce fut une petite voix féminine qui fut soudain compréhensible, qui lui parvint.

- Pan, c’est Alaia, est-ce que je peux t’aider ?

Se redressant lentement, ne baissant pas sa garde tout de suite, Pan mit un certain temps à se souvenir qui était Alaïa… et comment elle pouvait savoir que c'était lui, là, sous la pluie et sans l'avoir vu.
Fronçant les sourcils, il ne bougea pas tandis que la silhouette fine se dévoilait dans la petite clairière à peine éclairée au travers de la noirceur des nuages de pluie.

- Ils font route vers Ondiane, et veulent vous y attendre… Je vous aurais bien proposé d’y aller moi-même mais ils m’ont vue… Et les portes d’Al Vor seront fermées avant que j’y arrive. Est-ce que je peux faire quoi que ce soit ? Allumer un feu, ou bien…

Se mordant l'intérieur de la joue, Pan jeta un coup d'oeil à Naïs, et poussa un petit soupir avant d'expliquer pour rassurer la femme :

- Une apprentie du Domaine.

S'accroupissant pour aider Naïs à se relever encore une fois, il se tourna vers l'apprentie Envoleuse et la détailla un instant. Coupe à la garçonne, élancée et finement musclée, elle n'avait plus grand-chose à voir avec la jeune fille qu'il avait rencontrée quelques mois plus tôt : son entraînement semblait être particulièrement efficace.

- Il n'y a pas grand-chose à faire, non. Tu as des couvertures sèches?

Se tournant vers Naïs, il lui adressa un sourire rassurant. Glissant à son oreille, il murmura doucement :

- Les garçons ne t'ont jamais faite grossir ma chérie. On ne peut pas dire que ta grossesse ne se voit pas cette fois-ci!

Déposant un baiser léger comme la caresse d'un papillon sur la joue recouverte de sueur de la jeune femme, il l'incita à marcher, comme elle l'avait demandé quelques instants plus tôt.
Levant la tête vers Alaia, Pan planta son regard dans celui de cette dernière.

- Tu es sûre que tu n'as pas été suivie ? Notre piste est-elle identifiable?
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Ven 31 Juil 2015, 22:13

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Pan est le premier de nous deux à percevoir une autre présence : avec les contractions qui m’assaillent à intervalles régulières, je suis bien trop concentrée sur moi-même, tenant de contrôler ma respiration saccadée. Ce n’est que lorsque l’Envoleur aux cornes passe une main autour de ma taille pour m’entraîner à l’abri d’un vieil arbre centenaire qu’une petite voix féminine me parvient. De toute évidence, la fille, qui venait de se présenter sous le nom d’Alaia, connaît Pan. Relevant la tête vers mon compagnon, je hausse un sourcil interrogateur – encore un de ces vieux réflexes étonnant que j’avais gardé du temps ou je voyais encore. La réponse de l’Envoleur à ma question muette ne me rassure pas pour autant : et pour cause, j’avais souvent eu de mauvaises surprises à côtoyer d’autres Envoleurs si bien qu’aujourd’hui, rares sont ceux en qui j’ai vraiment confiance.

Tandis que Pan m’aide à me relever doucement, je me cambre sous l’assaut d’une nouvelle contraction qui manque de m’arracher un cri. Mais la suivante, qui survient à peine quelques secondes plus tard, me tire un cri rauque. Me mordant la lèvre jusqu’au sang, je ferme les yeux très fort pour refouler les larmes qui me brûlent les yeux depuis de longues minutes à présent. Prenant une profonde inspiration, j’enfouis un instant ma tête contre le torse de l’Envoleur. Contact réconfortant qui me soulage brièvement de l’immense turbulence qu’était devenu mon ventre, mon corps tout entier. Cette sensation d’être littéralement déchirée, écartelée de l’intérieur, je l’avais oubliée depuis longtemps. Terriblement lancinante, elle me permet toutefois de me raccrocher, avec une force dont je ne soupçonnais même pas l’existence, à la réalité. Une main toujours prodiguant toujours une caresse douce sur mon ventre tendu à craquer et l’autre derrière le creux de mes reins, la seule présence de Pan m’aide à juguler la douleur puissante des contractions.

Tu crois que ça sera une fille hein ? Un léger sourire se dessine sur mes lèvres avant que tous mes muscles ne se tendent brusquement, me tirant un nouveau gémissement de douleur. Les mains tremblantes, essoufflée comme une forge, je relève la tête un instant vers Pan. Les yeux humides mais le visage fendu d’un large sourire, j’adresse un clin d’œil à mon compagnon pour tenter de l’apaiser, comme ses grandes mains parviennent à adoucir la force de mes contractions.

- « Ah, tu ne m’as pas vu quand j’étais enceinte de Seth et Morgan » trouvais-je la force de plaisanter « Une vraie baleine » exagérais-je même en tirant la langue avec malice.

La réponse d’Alaia à la question inquiète de Pan nous tire, à l’un comme à l’autre un soupir de soulagement. Les hommes qui m’avaient prise en chasse ne l’avaient apparemment pas suivie jusqu’ici. Heureusement car dans l’état où je me trouve, il aurait été difficile de les affronter. Qu’ils nous aillent donc à Ondiane, ils risquent fort de nous y attendre longtemps ! Par chance, Moryqane n’y était pas : il avait préféré rester chez l’un de ses vieux amis, qui habite non loin de la confrérie. Au moins, le Rêveur et Makeno sont tous les deux en sécurité.

- « J’ai un ami Rêveur » dis-je à l’attention d’Alaia, qui ne semble plus trop savoir où se mettre « Il est chez un ami à lui… » ajoutais-je en gémissant « … dans un village pas loin d’Ondiane » finis-je en serrant les dents pour retenir un cri.

Si l’apprentie voulait tant se rendre utile, elle comprendrait bien assez vite que seul le Rêveur aurait la capacité et le sang-froid de réagir si mon accouchement devait mal se finir. Pan est bien trop nerveux et angoissé pour être vraiment efficace ; sa fébrilité en est même pratiquement communicative. Passant une main sous mon gros ventre, je sens soudain un liquide chaud couler le long de mes jambes. Ouvrant des yeux ronds, je me fige un instant avant de resserrer imperceptiblement les doigts autour des bras de mon compagnon.

- « P-Pan… » prévins-je.

La contraction suivante m’empêche toutefois de finir ma phrase ; me pliant littéralement en deux, je ne peux retenir un cri franchir le bout de mes lèvres. Cette fois, je manque même de m’effondrer dans les bras de l’Envoleur aux cornes, terrassée par la force de mes muscles tendus à l’extrême. Maintenant que la poche des eaux venait de se rompre, le processus allait s’accélérer de plus en plus. Tandis que l’Envoleur aux cornes m’aide à m’adosser à gros tronc d’arbre, la peur me mord l’estomac lorsque une cascade de sang inonde d’un seul coup les couvertures que Pan et Alaia avaient disposés sur le sol afin que je sois installée plus confortablement.







[Alaia : Non, Naïs n'est pas encore enceinte pour le deuxième cours de Lanthane ^^]

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Alaia Tendor
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Mer 05 Aoû 2015, 23:58

Elle les sentait aux abois et cherchait à toute vitesse un moyen de trouver, quelque part, un rêveur ou au moins une guérisseuse de village qui pourrait aider la jeune femme : son accouchement paraissait douloureux, peut-être difficile pour le peu qu’elle en savait… Ses lèvres commençaient à refléter sa fébrilité intérieure lorsqu’une voix s’éleva, dont le rythme haché lui serra un peu plus le cœur : chaque phrase lui coûtait, elle prit donc garde à ne pas perdre un mot.

- « J’ai un ami Rêveur commença-t-elle, Il est chez un ami à lui… dans un village pas loin d’Ondiane » finit-elle en retenant un cri.

Il n’en fallut pas plus pour la mettre en mouvement. Alors que ses lèvres se refermaient, Alaia détachait déjà ses maigres bagages de la selle d’Impal – tout était bon pour gagner un peu de vitesse ou d’endurance – et les lançait négligemment contre le tronc d’un arbre proche de celui qui soutenait la femme de telle sorte qu’ils ne gênent pas le passage.

« Un village près d’Ondiane, où exactement ? Vous avez son nom ? »

Après une courte hésitation, elle tira un morceau de tissu sombre de ses paquetages et le passa à sa ceinture de telle sorte à que, en selle, elle puisse s’en servir de cache-poussière – et surtout pour masquer ses traits. Elle se doutait bien qu’après une attente infructueuse les gardes allaient commencer à battre la campagne, au moins poster des observateurs, et elle ne pourrait pas se donner le luxe de faire des détours pour les semer avec le temps de trajets…

« A quoi ressemble votre rêveur ? Comment s’app… »

Le cri poussé derrière elle la fit se retourner d’un bond et grimacer : trop tôt, c’était beaucoup trop tôt… Si ça tournait mal, elle n’était pas sûre de revenir à temps : beaucoup de choses pouvaient arriver en deux heures. Raison de plus pour ne pas perdre de temps, n’est-ce pas ?

« Pan, j’ai vraiment besoin de réponses pour le trouver… avait-elle dit doucement, mais fermement : elle avait beau vouloir ne pas le brusquer, ce qu’elle avait dit n’en était pas moins vrai. Je peux vous emprunter ce cheval ? » continua-t-elle en désignant Océan, visiblement le mieux taillé pour la vitesse, d’un geste bref de la main pour ne pas s’attirer sa méfiance.

Elle comptait moins changer régulièrement de monture pour les ménager que s’assurer que, si ledit rêveur aurait une monture. Elle pourrait, au besoin, lui prêter Impal, plus calme, et s’accommoder de cette monture si elle faisait sa forte tête et qu’il s’avérait que l’infortuné ami était peu habitué à l’équitation. Tant de paramètres qu’elle ne maîtrisait pas… Une phrase lui revint en mémoire, lui tirant un sourire.
Agir, n’est-ce pas se soumettre à la chance ?


[court, désolée >>
si Pan ne lui dit pas de rester - et que vous lui donnez des indications plus précises! - considérez qu'elle part le plus vite possible et on se rejoindra plus tard !
Vu que c'est en libre, si quelqu'un veut se joindre à nous à partir du village où est Morygane, qu'il me mp et on s'arrangera!]

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Ven 11 Sep 2015, 11:24

[ Pardon pour ce temps de réponse horriblement long ! ]



-  Ah, tu ne m’as pas vu quand j’étais enceinte de Seth et Morgan, une vraie baleine!

Un sourire fugage passa sur les traits de Pan, qui ne put s'empêcher de penser que porter deux bébés, forcément, ça faisait beaucoup plus enfler qu'un seul. Et puis à vrai dire, il se doutait aussi que chaque grossesse était différente, alors il n'allait pas plus insister : et elle, elle préfèrerait avoir un garçon ou une fille ?

Quand Naïs donna des directives à demi-mots à Alaia, Pan hocha doucement la tête tout en plantant son regard dans celui de la jeune fille.

Un village près d’Ondiane, où exactement ? Vous avez son nom ?   A quoi ressemble votre rêveur ? Comment s’app…

- Pan!


Le colosse se plia sur Naïs pour se tenir plus près d'elle. Lui englobant les mains de la sienne, il déposa un léger baiser sur le haut de sa pommette, l'encourageant silencieusement, ne sachant plus quoi faire d'autre. Cela arrivait vite. Trop vite. L'Envoleuse allait sans doute mettre le bébé au monde avant que Moryqane ne puisse venir… Mais son aide ne serait pas de trop, même une fois l'accouchement terminé.

Les traits déformés par l'angoisse – combien de fois Naïs avait-elle dit ou fait comprendre qu'elle risquait sa vie, leur vie – la sienne et celle du bébé – à travers cet accouchement ? A cause de ce qui la détruisait doucement ? Même s'il avait la certitude que tout finirait bien, l'angoisse sourde pulsait dans son crâne, faisant bourdonner ses oreilles.

– Le rêveur s'appelle Moryqane. Je viens de trouver Naïs, je ne sais pas où il se trouve. Il est entre deux âges, et porte de toutes façons la toge des Rêveurs. Je ne peux pas t'en dire plus, je ne sais pas.

Il espérait que Naïs puisse donner plus de détails, mais lui en était incapable, tout simplement parce qu'il ne savait pas. S'il avait pu se dédoubler, il l'aurait fait sans hésiter.

- Il n'y a que deux villages près d'Ondiane, à une demi-heure à cheval l'un de l'autre. Prends Océan oui.

Il avait envie de lui hurler de se dépêcher et en même temps cela n'aurait servi à rien vu l'état de la gamine à cet instant : elle ne connaissait pas Naïs, juste à peine lui, et elle était déjà dans l'aide, comme si elle n'était pas à l'aise avec la souffrance des autres. Que cachait une telle attitude ? Une grande souffrance intérieure… Mais dans l'instant actuel, Pan ne pouvait pas s'en apercevoir consciemment car toute son attention était portée sur Naïs.

- Respire, Naïs. Il faut retarder l'arrivée du petit bout autant que possible, tu ne crois pas ? Tu sens quoi actuellement : tu as envie de pousser ?

Il essayait d'avoir une voix calme, malgré la tempête intérieure qui le secouait et l'ébranlait sérieusement. Guêter des indices, des détails qui pourraient lui permettre de mieux appréhender ce qui allait se passer, c'était tout ce qu'il pouvait faire.
Et être là, aux côtés de Naïs, aussi.
Juste ça.

Il ne savait même pas si Alaia était partie, mais en redressant le menton il vit qu'Océan n'était plus là, donc elle avait dû filer.
Se forçant au calme et à respirer lentement et profondément lui aussi, le colosse passa sa main dans les cheveux de l'Envoleuse.

- Je suis là.
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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Lun 02 Nov 2015, 23:06

≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je suis là.

Mal. Tellement mal. Mon monde n’est plus que souffrance. Ecartelée, littéralement déchirée de l’intérieur pour offrir la vie à ce petit être qui avait grandi en moins depuis huit long mois, c’est comme si mon corps ne m’appartenait plus – ou peut-être justement en avais-je une perception tellement accrue, si précise, que plus rien d’autre ne compte désormais d’en écouter les signaux. Ne pas résister, malgré l’angoisse et la peur que seule la présence de Pan parvient à atténuer. Et respirer, même sous l’assaut de ces contractions arrivant par vagues surpuissantes, dévastant tout sur leur passage. Instinctivement, je glisse ma main sur celle de l’Envoleur aux cornes comme pour tenter de puiser un peu de force dans ce contact. Je suis là.

Adossée au chêne centenaire, qui nous abrite de la petite bruine fraiche de son épais feuillage, je me mords la lèvre presque jusqu’au sang, enfouissant ma tête dans le creux de l’épaule de Pan. Cela fait de longues minutes maintenant qu’à chaque contraction je broie avec forces les bras de l’Envoleur – ses mains devenaient alors douce caresse. Trop tard. C’est trop tard pour espérer ralentir le travail à présent et retarder l’arrivée du bébé ; je le sens, je m’épuise vite. Trop vite. Perdant du sang en abondance, je m’essouffle au moindre mouvement : le temps est mon ennemi cette nuit. Et il fallait que je lutte. Pour offrir la vie. Et la garder. Je suis là.

- « Le bébé est déjà bien descendu… » parvins-je à articuler entre deux vagues de douleur « … Plus pour longtemps » ajoutais-je en grimaçant.

Levant le menton, je cherche le regard de mon compagnon, laissant une question silencieuse planer dans l’air. T’es avec moi, hein ? Ce petit n’allait clairement pas attendre le retour de la fille avec Moryqane. Il va falloir qu’on se débrouille seuls. Juste toi et moi. Effleurant de mes doigts la main de Pan, je laisse mes vêtements glisser lentement au sol, ne gardant que ma tunique ouverte. T’es prêt ? L’enfant – notre enfant – est bien engagé dans mon bassin, ne demandant qu’à vivre la grande aventure de la vie. Si les contractions sont toujours aussi douloureuses, elles ne s’intensifient plus désormais. Enfoui au fond de ma mémoire, je parviens à reconnaître ce signal tandis que j’inspire profondément. Je suis là.  



≈≈≈ Moryqane ≈≈≈

- « Cesse-donc de tourner en rond ! » soupira Nô « Elle ne devrait plus tarder maintenant » ajouta-t-il sans grande conviction.

Relevant la tête brusquement, je croisais le regard de mon ami herboriste qui secoua la tête tout seul. Incapable de faire mes sombres pensées, je me laissais choir mollement sur le canapé en me massant les tempes.

- « Tu ne connais pas Naïs » soupirais-je « C’est un véritable aimant à problèmes »

Naïs était partie à Al-Vor au début de l’après-midi. Seule et enceinte jusqu’au cou. Et n’était pas revenue depuis. Elle avait pourtant promis de revenir vite et de ne pas faire de folies, surtout vue son état. Mais bordel, qu’est-ce que tu fiches ? Me passant une main sur le visage, je réalisais soudain que je suis en train de perdre littéralement mon sang-froid. Cette fille était sans doute la seule à me faire perdre mon calme légendaire. Moi, Moryqane Vlanuire, Rêveur du Troisième Cercle, reconnu parmi les miens pour avoir sauvé des centaines de personnes, j’étais en train de perdre tous mes moyens. Je le savais, je n’aurais jamais dû te laisser y aller seule !

Trois coups retentirent soudain contre la porte de bois et je me lève d’un bond. Naïs ! Enfin ! Elle allait m’entendre ! Dévalant les escaliers quatre à quatre, je filais à travers le magasin – Nô possédait en effet au petit appartement au-dessus de son herboristerie. A travers les vitres, je parvins à distinguer dans l’obscurité une silhouette encapuchonnée. Agrippant la poignée avec force, je m’apprêtais à hurler mon inquiétude et ma colère mais je me figais en apercevant sur le seuil une fille trempée jusqu’aux os et au regard pénétrant. Ce n’était pas Naïs…



≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je suis là.

J’inspire. Je bloque. Pousse. Et expire.

Je suis là.

Nouvelle inspiration. J’ai l’impression que mon cœur va exploser dans ma poitrine. Passant une main entre mes cuisses, je sens sous mes doigts le crâne de mon enfant. Elle était presque là – Pan pensait que c’était une fille et cette idée pulse désormais comme une certitude. Mue par l’instinct, je pousse, encouragée par l’Envoleur aux cornes. Longtemps. Et alors que je reprends ma respiration, au bout d’une éternité, je vacille un instant. Grinçant des dents, je laisse échapper un gémissement.

- « Je… je n’y arriverais… pas… » bafouillais-je en retenant un cri rauque.

Oh si ! Tu vas le faire rétorqua la voix de Sen, sortie tout droit des méandres de mes souvenirs. Je suis là répète celle de Pan. Quelque-chose n’allait pas, mais alors pas du tout. Voilà maintenant de longues minutes que ma fille ne descend plus. Comme si elle s’épuisait, elle aussi. Ou pire, songeais-je en passant une main sur mon gros ventre.

- « Il… Il faut l’aider » gémis-je « Pan… »

Je suis là.



≈≈≈ Moryqane ≈≈≈

J’arrive Naïs ! La pluie avait repris de plus belle et le vent était de la partie cette fois. Accroche-toi ! Habituellement, je n’avais jamais été très à l’aise avec les cheveux. Mais là, cela n’avait plus aucune importance. Ce que j’avais redouté pendant ce voyage était en train d’arriver : Naïs accouchait et si elle Pan était avec elle, cela ne me rassurait pas plus. Guerrière dans l’âme et jusqu’au bout des ongles, elle ne voulait pas le montrer mais sa maladie l’avait affaiblie. Des complications pouvaient survenir à tout moment, risquant sa vie et celle de son enfant. Et si je n’arrivais pas à temps, je n’osais même pas imaginer le pire !



≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Je suis là.

Sur une dernière inspiration, j’offre un ultime effort à ma fille et pousse longtemps. Une, deux, trois secondes. Les épaules passent. Et d’un même mouvement avec Pan, j’attrape le bébé sous les épaules avec la drôle de sensation d’être soudain plus légère. Et étrangement vide de l’intérieur. Avec un soupir de soulagement, je me laisse doucement glisser sur le sol tandis la petite émet un petit chouinement aigue. Déposant délicatement ma fille tout contre ma poitrine, mon visage se fend d’un sourire à travers un torrent de larmes. La calant confortablement dans le creux de mon bras, je lui présente mon sein nu pour lui permettre de prendre sa première tétée.

Tellement d’émotions contradictoires se bousculent dans ma tête : joie et tristesse, bonheur et mélancolie, excitation et angoisse, soulagement et peur. Tout à la fois. Comme si c’était possible de ressentir autant de choses en même temps. Me blottissant contre le torse de Pan, agenouillé près de moi – de nous – je réalise soudain que ce moment que nous venions de vivre, tous les deux, venait de faire sauter un verrou au fond de moi. Pour la première fois depuis de longues années, je me sens pleinement en confiance, protégée dans une sorte de bulle indestructible. Une bulle de bonheur si intense que s’en est effrayant. Après toutes ces années lutter contre mes démons, ai-je seulement le droit d’être si heureuse ? Tout cela n’est-il pas qu’un rêve ? Passant ma main libre sur la nuque de l’Envoleur, je l’attire doucement vers moi pour l’embrasser avec fougue, juste pour être sûre que je ne suis pas en train de ne vivre qu’un très beau rêve. Nos deux souffles se mêlent quelques secondes encore.

- « Comment on va l’appeler ? » demandais-je en parvenant enfin à aligner deux pensées cohérentes « Notre fille… » ajoutais-je dans un murmure en savourant l’ampleur de ces deux petits mots, roulant sur le bout de ma langue.



Fermant les yeux, je frissonne un instant dans la fraicheur de la nuit. Le long de mes jambes, le sang coule toujours comme les vagues d’un torrent. Toutefois, je n’en dis rien à Pan afin de ne pas l’inquiéter outre mesure, en espérant tout de même que la fille ne tarde pas à revenir avec Moryqane.

Les minutes passant, je me sens glisser tout doucement dans un autre monde. Je n’ai plus la force de parler. Ni même d’ouvrir les yeux. Lentement, tranquillement, je me vide de mon sang. Seul le contact de ma fille, tout contre ma peau, me maintient encore fermement ancrée dans la réalité. Il fallait que je me batte pour ce petit être. Pour Pan. Et Makeno.

~*~

Go your way
I’ll take the long way ‘round
I’ll find my own way down


~*~

Mais lorsque le Rêveur arrive enfin, il est déjà trop tard. Je sombre. J’enfonce dans l’inconscience. Quelque part entre la vie et la mort. Loin.

~*~

Hold your gaze
[…]
And breathe again









[Youhou ! Enfin je réponds   marteau   ]

__________________________________________




Ah l'aventure, ce joli mot romanesque pour dire galère !

Life sucks when you're ordinary !

I experienced that seeking feeling you get when you know you have conned yourself into doing something difficult and there's no going back




 

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Lun 30 Nov 2015, 11:57

[ Désolée pour tout ce retard ! ]







Un flot d’émotions contradictoires se déchainait sous le crâne de Pan, mais le colosse s’efforçait de garder son calme. Pour Naïs, pour leur enfant. Il voulait être à la hauteur, et pourtant l’angoisse, sourde, se transformait doucement mais surement en panique tandis que l’Envoleuse poussait, encore et encore.
Il voyait que quelque chose n’allait pas, cela se voyait dans le visage de la jeune femme qui palissait. Non, elle ne palissait pas, mais son grain de peau se modifiait, et bientôt elle fut presque grisatre…

Quelque chose n’allait pas, et il ne savait pas quoi faire.
Aujourd’hui ou demain, de toute façon, je suis condamnée. Je suis malade, et ça va me tuer…
Serrant les dents, il continuait d’encourager par sa présence et quelques caresses Naïs qui souffrait à chaque contraction…

Quand le crâne du bébé commença à être visible et palpable entre les jambes de l’Envoleuse, Pan reçut un réel coup au cœur. Comme si quelque chose, en lui, soudain, se brisait pour se reconstruire instantanément. Ou bien, soudain, une zone qui avait toujours été d’ombres et de recoins sombre, s’était allumée brusquement, dévoilant une pièce colorée et lumineuse, scintillante et pétillante…
Mais cette sensation fut très vite rattrapée par l’urgence de la situation, par Naïs qui continuait de pousser alors que le bébé semblait bloqué.

Soudain, panique totale.
Toute l’appréhension de la situation lui sauta à la figure, faisait exploser les dernières barrières de son maque de calme. Tout son sang lui monta à la tête, et il ne vit ses propres gestes qu’à travers un rideau de brume ensanglantée : Le bébé qui sortait – une fille ! – lui qui la donnait à sa mère, et qu’elle prenait son sein dans sa petite bouche pour sa première tétée…

-  Comment on va l’appeler ?  Notre fille…

Retour à la réalité.
Brusque.
Un sourire effleure ses lèvres.

- Que penses-tu de Soahary ? demanda-t-il dans un murmure serein. Comme une petite fleur…

Départ pour l’affolement le plus total.
Peur bleue et instinctive, imprévisible.
Il sent Naïs partir entre ses bras, sombrer dans une torpeur inconsciente.
Se redressant un peu trop brusquement, il voit le sang qui ne cesse de couler entre les jambes de l’Envoleuse et soudain sa vision se trouble.
La petite secoue la tête un peu faiblement, mais sa tétée reste ferme, et Pan glisse sa main contre son dos pour la soutenir.

Combien de temps reste-il ainsi, tenant les deux femmes de sa vie entre ses bras, sous la pluie et dans la nuit ?
Il ne savait pas, peut-être des heures ?

En réalité, seules quelques minutes s’écroulèrent avant que des bruits de sabots dans la terre mouillée n’attirassent son attention. Redressa la tête avec ses énormes cornes, l’Envoleur chercha le Rêveur du regard et tomba sur la silhouette menue d’Alaia…
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Alaia Tendor
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Lun 08 Fév 2016, 16:34

Maîtriser ses émotions, son souffle. L’air était poisseux d’angoisse et de sang, de douleur et d’attente. Trouver un bastion intérieur et s’y calfeutrer. Gestes souples et assurés, battements de cœur calmes et réguliers, elle devait garder le contrôle d’elle-même. Impal, par sa placidité, lui apporta le soutien moral nécessaire pour arriver à ordonner ses idées. Morygane, Rêveur entre deux âges, deux villages à une demi-heure l’un de l’autre… Deux villages, autant dire une infinité de maisons. Comment trouver la bonne ? Demander était exclu, à moins d’être sûre de la personne en face d’elle. Un enfant. Mais le saurait-il ? Chez elle, voir un Rêveur était assez exceptionnel, mais aussi près d’une confrérie cela ne voudrait rien dire pour lui… Ne pas se laisser submerger, calme et réfléchie. Les membres de la Confrérie tiennent-il un registre de leurs membres ? Elle en doutait, et quand bien même s’il se savait recherché il pouvait très bien mentir.
Elle se présenta à Océan avant d’enfiler une cape et un cache-poussière, prenant le temps d’établir un contact alors que tout son corps lui criait de mettre le pied à l’étrier. Elle ne savait pas comment il réagissait et devrait sans doute faire le retour sur son dos s’il s’avérait que le Morygane en question n’avait pas l’habitude de l’équitation, aussi préférait-elle s’assurer qu’il ne paniquerait pas avec une inconnue en selle. Une inconnue. Nais. La mention de son nom lui fit tourner la tête alors que, droite en selle, elle donnait à Océan l’ordre d’avancer par des mouvements doux mais fermes afin de le mettre en confiance. La vue de son corps parcourut de frisson et de sillons de sueur la fit détourner les yeux alors qu’elle faisait un effort surhumain pour ne pas accentuer sa pression sur sa monture. Celle-ci dut tout de même sentir son malaise grandissant car elle partit dans un petit galop qui demanda son attention afin d’éviter toute malheureuse rencontre avec une branche basse. Elle sentait clairement la flamme vive du fougueux étalon et tentait de s’accorder à son temps afin de canaliser cette énergie brute.
L’hiver naissant avait dénudé les arbres et dégagé l’espace entre les troncs, si bien qu’ils purent avancer à un rythme régulier. Peu à peu, les battements de son cœur s’accordèrent avec le pas de l’étalon et elle retrouva contenance… Penché au-dessus de la voix pressante de ses responsabilités, le fantôme de la mort qui se riait de la jeune femme sembler mêler son souffle au sien.


Sa nuque était tordue selon un angle étrange, et la dureté du support sur lequel elle reposait n'était pas pour arranger la douleur de ses multiples blessures. Blessures qui, à en juger par la pression qu'elle sentait, avaient été bandées. Bonne nouvelle, elle ne risquait pas l'hémorragie. Mauvaise, le simple coup d'oeil qu'elle avait jeté entre ses paupières mi-closes avait suffit pour la convaincre qu'elle était dans de sales draps. Bien loin du confort promis par l’auberge, trouva-t-elle la force de plaisanter. Dormir encore, gagner du temps. Elle referma les yeux.


La silhouette solitaire de la Confrérie, perchée sur son promontoire, est à la fois un phare et la tanière d'une meute vorace. Après un court mais intense débat interne, elle avait décidé que s’y rendre engendrait trop de risques d’être découverte, aussi orienta-t-elle directement ses montures vers l’un des deux villages, priant pour qu’il s’agisse du bon. Tous ses sens en éveil, elle quête un signe d'une quelconque présence humaine, trop incongrue pour n'être qu'accidentelle. La pluie qui tombait dru depuis quelques minutes déjà n'était pas pour arranger son humeur ou calmer ses nerfs, à fleur de peau, mais elle tentait de se dire qu'au moins leurs traces seront vite noyées par la boue – ou exacerbées par la terre ameublie, lui souffle un génie paranoïaque perché sur son épaule – et que la main lourde du ciel chasserait tous les témoins potentiels et la dissimulerait aux yeux de leurs poursuivants. Traquée. Elle l'a déjà été quelques semaines plus tôt, elle connait parfaitement ce goût amer qui coule dans sa gorge, a appris à tirer parti de ses sens et de sa vivacité d'esprit. Dans son esprit, une multitude de voies se dessinaient doucement devant ses pas. Choisir et s'adapter. Anticiper sans prévoir. Laisser le futur aussi meuble que la terre qu'elle foule, un défi lorsque le stress secoue son esprit, un défi déjà relevé haut la main... Mais les choses ne se passent jamais exactement de la même façon, n'est-ce-pas?
Un sourire étira doucement ses lèvres, amincissant encore la ligne qu'elles formaient. Pour elle, ce n'était pas un présage de mauvais augure.
Sous elle, les muscles d'Océan jouaient à la perfection, un concentré de puissance et d'efficacité qu'elle savoura en un fol instant où, volant presque vers le hameau fortifié, elle se sentit invulnérable. Peu importait les obstacles qui menaçaient de l'encercler, une certitude absolue de vaincre avait envahi ses entrailles. De toute façon, elle avait rendez-vous.


Ses inspirations, qu’elle voulait les plus longues et profondes possibles, lui amenait l’odeur âcre d’un égout, bien loin de l’air frais vivifiant qui avait fouetté son visage alors qu’elle chevauchait. Océan. Elle espérait vraiment qu’ils le traitaient bien, elle s’en voudrait dans le cas contraire… Néanmoins, avec leur pénurie de chevaux, elle doutait qu’ils sacrifient une si précieuse monture, ne serait-ce que sur un coup de colère.
Tant mieux, j’en aurai besoin pour repartir…
Une pensée ridicule pour tout observateur extérieur, spontanée pour la jeune femme. Après tout, elle avait rendez-vous…


Aussi incongru que cela puisse paraître, elle se réjouissait de l’entente qui commençait à naître entre elle et Océan : l’étalon répondait à ses ordres prestement et n’avait pas fait de vague lors du changement de monture – pour lequel elle n’avait pas pris la peine de s’arrêter totalement – ce qui lui avait valu une longue caresse. Impal et lui formaient un bon duo, la force tranquille de l’un s’ajoutant à la fougue tempétueuse de l’autre, toutes deux mêlées dans leurs soufflent rapides et leurs longues foulées. Alaia se sentait presque indiscrète et tentait de ne pas dévier ses pensées du défi qui l’attendait. Alors que les premières lueurs du village piquetaient l’horizon, elle fit décrire une large courbe à ses deux chevaux, tentant par là de brouiller leurs traces : si ce village se révélait ne pas être le bon, elle ne voulait pas paraître plus suspecte qu’une inconnue masquée traversant en coupe-vent une bourgade alors qu’elle a visiblement effectué un éreintant voyage pour trouver un Rêveur qu’elle ne sait même pas décrire… Un goût métallique vint chatouiller sa langue et elle se rendit compte qu’elle s’était mordue la lèvre jusqu’au sang. Ce n’était pas le moment de paniquer, elle allait bientôt entrer dans la…
Lumière. Les torches brandies vers elle comme autant d’armes l’éblouissaient après sa longue chevauchée au clair de Lune mais elle fit un effort pour ne pas mettre un bras devant ses yeux.

« Sans vouloir paraître impolie, pourriez-vous écarter vos torches s’il vous plait ? Vous rendez mes chevaux nerveux…
- Découvrez votre visage et annoncez votre nom et la raison de votre venue !
- J’ai demandé en première ! C’est bon, c’est bon, tout doux, vous êtes vraiment sur les nerfs ! Ce sont les excités de la Confrérie qui vous rendent nerveux ? Voyez, une innocente demoiselle qui cherche une chambre accueillante pour la nuit… Je pense cependant m’être trompée de lieu…
- Tsss… C’est bon, passez. L’auberge se situe sur la rue principale, c’est ce bâtiment là-bas.
- Un instant, pourquoi avez-vous deux montures ?
- Ca ne vous… Mon oncle m’a prêté celui-là la dernière fois que je suis venue, je vais le lui rendre ainsi que son équipement. C’est interdit ?
»

Il la laissa passer un grognement sur le bout des lèvres, et Alaia craint un moment qu’ils ne la suivent jusqu’à l’établissement mais ils n’en font rien, se contentant de l’accompagner du regard quelques instants qui lui parurent bien longs. Une fois débarrassée de la brûlure sur sa nuque, elle conserva sa direction tout en jetant de rapides coups d’œil autour d’elle, à la recherche d’une écurie, priant pour que ledit Rêveur y ait laissé sa monture. Le seul lieu qui semble contenir des chevaux – au son et à l’odeur – était derrière l’auberge, une aubaine pour elle, et elle fit de son mieux pour ne pas faire hâter le pas à ses montures. Personne ne s’en étonnerait au vue de leur évidente fatigue et de l’accueillant abri que leur promettait la simple construction de bois, mais mes soldats lui semblaient trop sur les nerfs pour qu’elle se laissa aller à les titiller. Tentant de paraître la plus naturelle possible, elle s’approcha avec un sourire du garçon d’écurie qui tendait une main molle vers les rênes et posa une main ferme sur son épaule avant de s’accroupir pour être à sa hauteur.

« Ces deux braves bêtes ont bien mérité un bon repas, ajoute de l’avoine à leur mangeoire et bichonne les. Fais attention à ce grand dadais, c’est une vraie tête de mule ! plaisanta-t-elle en se rapprochant imperceptiblement avant de baisser la voix. Y a-t-il un cheval qui appartiendrait à un Rêveur dans ceux que tu gardes ?
- Je… Oui, il y a celui-là
, répondit-il en désignant d’un mouvement de tête un animal ressemblant plus à un âne qu’un véritable cheval – reflet, sans doute de son niveau d’équitation. Mais il n’est pas à l’auberge…
- Ah bon ? Où puis-je le trouver alors ?
continua-t-elle avec un mouvement de tête encourageant.
- Chez Nô, l’herboriste, la deuxième maison à l’entrée du village, par-là. Celle avec les fleurs rouges.
- Merci mon grand, toi aussi tu as bien mérité un bon repas ! Une dernière chose, ne les déharnache pas
finit-elle en lui tendant quelques pièces, plus que ce qu’il devait gagner en une semaine à voir ça tête. »

Ce n’est qu’en ce redressant qu’elle perçoit le poids du regard d’une des serveuses de l’auberge qui détourna prestement les yeux et s’éloigna de la vitre. Conservant son sourire, l’apprentie mis à jour son compteur intérieur : dans moins de cinq minutes elle devait être hors de ce village. Elle n’accorda pas un regard à ladite demoiselle en entrant dans l’établissement, glissant sur elle comme sur les autres consommateurs sans manquer de noter la présence de quelques hommes portant les mêmes insignes que ceux qui poursuivaient Pan et sa compagne. Elle fit rouler sa nuque pour paraître détendue mais fatiguée et parât sa démarche souple et glissante d’une pointe de maladresse afin de parfaire le tableau.
Elle devait avant tout endormir leur méfiance, et pensait y être parvenue lorsqu’elle monta à l’étage, la clé de sa chambre en main et la bourse allégée de quelques piécettes. A peine entrée, elle ferma la porte derrière elle et laissa la clef bien en évidence sur le lit avant d’ouvrir précautionneusement la fenêtre, grimaçant en l’entendait gémir doucement. Sans un égard pour le plancher qui sera certainement détrempé le lendemain, elle se percha en trois mouvements souples sur le toit, balayant le village du regard à la recherche de la fameuse demeure. Elle grimaça en constatant qu’elle se trouvait sur l’avenue principale, mais se rasséréna en constatant qu’aucune sentinelle ne gardait cette entrée. Etrange , se dit-elle un instant, avant de conclure que le malheureux qui s’était vu astreint à cette tâche avait sans doute rejoint son camarade à l’autre entrée…


Des pas lourds l’informaient de l’approche d’un des gardes et elle fit de son mieux pour ne rien laisser paraître. Quoique, elle se doutait qu’ils ne prendraient pas la délicatesse d’attendre qu’elle se réveilla d’elle-même, il était temps de savourer ses derniers instants de tranquillité.
Vraiment, les choses n’avaient pas si mal commencées…
Tsss… Avec un peu de chance, cet imbécile ferait l’erreur monumentale d’ouvrir la porte pour la secouer et là, blessée ou non…
La voix qui s’éleva souffla comme une bougie l’élan qui avait commencé à faire vibrer ses muscles, réveillant ses courbatures.


Le bois était rendu glissant par la pluie, mais un si petit obstacle n’allait pas l’empêcher de bondir d’une maison à l’autre, profitant de leur proximité pour s’éviter de toucher le sol. Ses sens en alerte guettait le moment fatidique où les gardes franchiront la porte de l’auberge… Une diversion, il lui faudrait une diversion sans quoi jamais ils ne récupèreraient les chevaux. Elle avait fait un mauvais calcul en les laissant à l’écurie, mais que pouvait-elle faire d’autre ? Venue à pieds, elle aurait été bien plus lente et vulnérable, et pas forcément moins suspecte…
Elle chassa d’un mouvement de tête ces pensées qui n’avaient actuellement pas lieu d’être. Qu’importe la durée de son combat, il n’était qu’un seul geste : elle ne devait pas se laisser distraire sans quoi elle était sûre de le perdre. Combattre… Elle préfèrerait l’éviter mais à vrai dire rien d’autre ne lui venait à l’esprit. Jusqu’à ce que ses yeux ne tombent sur les cages à poule qui trônaient dans la cour voisine de la fameuse herboristerie. Elles ne devaient pas être nombreuses mais il ne lui faudrait qu’une poignée de seconde, suffisant ? A elle de faire en sorte que ce le soit !
Elle se coula le long du côté de la bâtisse, tâchant d’être aussi silencieuse que possible et de scruter l’intérieur – il ne s’agirait pas de se faire rouler par le gamin… Soulagée d’apercevoir un bon candidat au rôle de Rêveur, elle frappa trois coups secs à la porte et ne perdit pas de temps en paroles. N’aurait-elle pas entendu les pas d’éléphant dévalant l’escalier, témoins de son empressement, ses expressions – soulagement, puis surprise et pointe de méfiance – lui auraient appris tout ce qu’elle désirait savoir.

« Morygane, enfilez cette cape et prenez de quoi soigner une hémorragie, puis courrez à l’auberge et grimpez sur le cheval blanc et noir sellé, et ramenez son voisin. Je vais faire diversion. fit-elle d'une voix sourde en lui tendant son propre vêtement, frissonnant sous les doigts glacés de la pluie. »

Son regard fut rapidement attiré par la démarche plus lente mais non moins alerte de l’homme qui était apparut derrière le Rêveur et elle lui adressa un bref signe de tête, hésita un instant avant de déclarer :

« Présentez mes excuses à votre voisin, lorsque ce sera plus calme… »

Aussitôt le dernier son sortit de ses lèvres, elle rabattit le battant de la porte sans le claquer avant de se glisser dans la cour où dormaient ces dames. Avisant la faible hauteur des murs, elle décida de prendre directement la cage à pleine main, attirant sur elle le courroux de six endormies qui surent faire entendre leurs voix… Attirant sur elles l’inimitié des chiens des jardins voisins. D’un geste, elle ouvrit la cage et poussa hors de leur abri les gallinacés qui se répandirent en pleine rue, figeant de surprise les deux gardes qui alternaient leur ronde d’une porte à l’autre. Une silhouette passa à toutes jambes à un mètre d’elle et elle eut un sourire satisfait : ce Morygane avait de la ressource visiblement, ça lui sera utile. Sautant sans peine les barrières qui séparaient les habitations, elle ne prenait guère plus la peine d’éviter l’attention – bien au contraire, le temps de la lumière était venu ! – et ouvrit en passage la porte à deux chiens qui se jetèrent sur les poules en vociférant. Pile à temps si l’on considérait la sortie en trombe de trois autres gardes qui coupèrent presque la route au Rêveur. Il était temps pour eux de filer, la confusion fera le reste… Du moins pour un temps.
Un sourire presque enfantin flottait toujours sur ses lèvres alors qu’ils fendaient la petite foule qui s’était amassée, Alaia sur un Océan visiblement à cran et Morygane peu à l’aise sur le dos d’un Impal fatigué. Mine de rien, leur situation n’était pas brillante…


Elle se sent aussi faible qu’au lendemain de son premier cours. La nostalgie n’était pas vraiment la bienvenue mais, face à Riven, une vague intérieur semblait la soulever et la porter plus sûrement que ses jambes n’étaient prêtes à le faire. Après tout, elle était née dans la maison de cet homme…

« Réveille-toi, le capitaine sera bientôt là.
- Merci de prévenir
, fit-elle en se redressant.
- Je te conseille de ne pas faire de vagues, il n’est pas patient… »

Un curieux sentiment faisait qu’elle préférait ne pas faire semblant devant lui. Un homme qu’elle avait connu toute petite… qui l’avait à peine reconnue. Pas étonnant, elle avait tellement changé ! Qui aurait imaginé ne serait-ce qu’une année en arrière qu’elle finisse dans une cellule miteuse dans ce qui semblait être la cave d’une grande maison. Se serait-elle reconnue elle-même ?


Alaia se pencha juste à temps pour que ce ne soit qu’une ligne de feu que la flèche trace sur ses côtes, blessure sans gravité mais preuve qu’ils ajustaient leurs traits. A ses côtés, le Rêveur tenait bon bien qu’il soit livide et ressemble plus à un fétu de paille sur le dos du vaillant Impal qui montrait, tout comme Océan, de sérieux signes de faiblesse. Derrière eux, leurs poursuivants de rapprochaient, toute idée de les semer quitta son esprit. Avec une grimace, elle tira les rênes de sa monture et leur fit amorcer le virage qui les ramenait sur le droit chemin. Ils s’approchaient à la fois trop vite et trop lentement mais ne pouvaient pas tergiverser plus longtemps : dans l’esprit de la jeune femme, le corps exsangue d’une femme faisant une fausse couche avait pris une large place malgré ses efforts pour la déloger. Plus âgée, aux cheveux courts et à la peau claire, elle n’avait pas grand-chose à voir avec Nais, si ce n’est une histoire… Un évènement qui l’avait marquée sans doute à vie. Un autre. Pourquoi sa mémoire était-elle tâchée de sang ?
Un mauvais pressentiment lui tordait le ventre, accompagné d’une certitude : Morygane devra trouver seul l’endroit.

« Impal fit-elle d’une voix forte et ferme, autant pour couvrir le bruit des sabots que pour attirer l’attention de l’étalon et s’assurer qu’il comprenne ce qu’elle attendait de lui . Retourne au campement. »

Elle fit ralentir Océan et tendit la main pour saisir son arc… Avant de la ramener vers elle, un hurlement de douleur sur le bord des lèvres. Le morceau de bois et de métal était toujours solidement planté dans sa chair, et se faisait un malin plaisir de bouger à chacun des mouvements de sa monture, finissant par lui arracher un cri. A quelques foulées d’elle, Morygane se retourna, tendit une main vers elle mais elle le chassa d’un cri et d’un vif mouvement de son autre bras. Derrière lui, la lisière du bois se laissait entrevoir… Il n’était plus temps.
Dégainant son poignard, elle fit décrire à l’étalon une vire qui la ramena sur le flanc de la cavalerie dans laquelle elle trancha sans ménagement, visant plus à créer une panique qu’à engager un véritable combat – car elle n’était pas exactement en état et ne le désirait même pas. L’arme mordit plusieurs fois le cuir et la chair avant de rester coincée entre deux plaques d’armure. Un mouvement d’esquive aussi brutal qu’hasardeux fut sans doute celui de trop pour Océan qui s’emballa et la jeta à terre, menaçant de la piétiner tout en répandant une débandade générale parmi les cavaliers. Il était temps pour elle de filer mais elle était cernée de toute part par des chevaux devenus fous et des soldats qui luttaient pour ne pas se faire piétiner – parfois sans succès comme en attesta un craquement suivi d’un éloquent cri de douleur.
Des tâches sombres et lumineuses commencent à consteller son champ de vision mais elle lutte pour rester consciente. Ce n’était pas le moment de dormir. Il lui fallait avant tout sauver sa peau. Mettant au clair sa deuxième lame, elle tenta de se frayer un passage, mais se fit balayer par la marée de chair, d’os et de sang qui la jeta à terre, achevant de lui faire perdre connaissance…


Il s’approche lentement, ne semble pas à son aise. Sans doute partagé entre son sens du devoir et – peut-être bien – un soupçon de cette nostalgie qu’elle-même combat. Enfin bon, c’était sans doute lui qui avait toqué à la porte d’Aodren au lendemain du massacre, il n’avait pas hésité à l’époque elle ne voyait pas ce qui l’amènerait à f aire preuve de plus de compassion maintenant. La question qui l’avait taraudée tout au long de sa fuite revenait titiller sa langue et, devant le silence gêné qui s’était installé, fut comme une pierre jetée dans une eau limpide…

« Pourquoi avez-vous tous pensé que c’était moi… à l’époque. »

La surprise qui se peignit sur son visage était étrangement mêlée de culpabilité et… d’une pointe de colère ? Elle ne parvenait pas à cerner cet homme qui l’avait vue grandir mais avait été prêt à la condamner aussi vite.

« … Parce que tu l’avais déjà fait.
- Pardon ?
- On ne l’a appris que quelques mois plus tard, et sur le coup ça a été dur à croire pour nous tous. Mais devant les preuves on n’a pas pu faire autrement que s’incliner... Le menuisier était défiguré et on n’a jamais retrouvé les corps de sa famille, juste une mare de sang qui a incrusté le plancher. Tout le village était sous le choc !
- … Vous êtes sérieux ? Vous avez cru ça ?
- Certains d’entre nous étaient plus ou moins convaincus, c’est aussi pour faire la lumière sur ça que j’étais venu… Aodren criait le contraire à qui voulait l’entendre, tes parents et ton mentor aussi…
- Et vous n’avez pas voulu croire ceux qui me connaissaient le mieux…
- Leurs avis étaient biaisés de manière trop évidente… Et puis tu étais déjà partie pour ton compagnonnage depuis deux ans et les gens changent…
- Ca pour avoir changé… Bien, tu pourras dire au nouveau chef de la milice ceci : s’il revoit ce connard, qu’il le coffre ! Une période dans un cachot ne pourra que faire du bien à cette pourriture. Il buvait comme un trou au moins deux fois par semaine et battait sa femme et ses enfants, je n’ai fait que les défendre et c’était bien peu de chose ! Tu dis que tout le village était sous le choc ? Ils ont sans eu tôt fait de m’accuser, ces pleutres qui n’ont pas levé le petit doigt durant toutes ces années ! Ils devraient me remercier plutôt ! Ils ne t’ont pas parlé de la gamine, n’est-ce pas ?
- Quelle gamine ?
- Sa gamine. Sa propre gamine. Qui a fait une fausse couche dans son atelier… Sous mes yeux. Elle a failli mourir dans mes mains. Et il a fallu ça pour décider sa mère à mettre les voiles. En une semaine j’ai plus fait pour eux que tout ce petit village miteux en quinze ans, alors ne va pas me faire la morale parce qu’un ivrogne violent a perdu quelques dents !
»

Au fur et à mesure de leur conversation, elle s’était relevée et approchée des barreaux, la mort dans les yeux autant sous forme de colère que de larmes. La plaie était encore trop vivace pour être totalement refermée et les souvenirs qu’elle combattait depuis qu’elle avait retrouvé Pan affluaient avec violence, lui retournant l’estomac jusqu’à éclipser la douleur qui pulsait dans sa main.
Des pas résonnèrent dans le couloir, annonçant l’arrivée fracassante dudit capitaine qui rompit par sa seule présence leur échange silencieux.

« Ecoute-moi bien toi, un de mes hommes est mort et trois autres sont sérieusement blessés par ta faute alors tu as intérêt à répondre vite et bien parce que je ne me montrerai pas très clément avec toi. Où est Jol ?
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
- Je t’ai dit de ne pas faire ta maligne. Tu as pu me berner une fois mais tu ne me feras pas croire que tu as envoyé un Rêveur dans la campagne pour soigner ton « oncle ». Ou que tu as trouvé ce cheval broutant tranquillement au milieu de nulle part. Où est-elle ? Cette femme a tué un noble et tu es à un cheveu de rester croupir ici pendant pas mal d’années pour complicité de meurtre.
- Je n’ai aucune idée de ce qu’elle a fait et ne l’ai rencontrée qu’aujourd’hui… enfin hier. Mais je n’ai aucune intention de vous la livrer, pas avant qu’elle ne se soit remise de son accouchement. Je ne sais pas quelle justice vous représentez, mais je ne vous livrerai pas une femme enceinte jusqu’aux yeux.
»

Elle avait martelé ses derniers mots, tournant son regard vers l’ancien chef de la milice d’Al Vor qui détourna le sien. Père de cinq enfants, elle ne comprenait pas qu’il puisse participer à cette traque. Nais n’était sans doute pas une sainte, mais elle avait un respect de la vie trop profondément implanté en elle pour pouvoir mettre en danger une nouvelle vie. Si elle devait payer, qu’elle paie, Alaia était même prête à la leur ramener elle-même, dans quelques mois, lorsqu’elle se serait remise de son accouchement. Pas maintenant qu’elle devait osciller entre la vie et la mort. Encore que… la justice était tellement bancale ici.

Et puis, franchement, si elle ne parvenait pas à sortir de là elle ne pouvait clairement pas prétendre à l’Ahn Ku.



[En terme de retard je n'ai rien à dire!
je n'ai pas voulu faire intervenir Makeno, à toi de décider s'ils l'ont pris ou pas...]

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Naïs Jol
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Sam 13 Fév 2016, 14:07

≈≈≈ ≈≈≈

Lorsque nous atteignîmes finalement la petite clairière au bout d’une longue et fatigante chevauchée, c’est un bien étrange et effroyable spectacle à la fois que nous découvrions. Moryqane ne prit même pas la peine qu’Impal se soit complètement arrêté et sauta d’un bond au sol d’une rapidité et d’une souplesse que je ne lui connaissais pas encore, pour se diriger à grands pas vers la jeune femme inconsciente. Probablement la fameuse Naïs ! Même livide et les traits tirés par la fatigue, elle restait incroyablement belle avec sa peau caramel et ses cheveux sombres qui lui conférait cette espèce d’aura exotique magnétique. Alors que mon ami Rêveur m’avait prévenu en route, un éclair de surprise passa dans mon regard gris lorsque j’aperçus les grosses cornes presque délicatement enroulées sur elles-mêmes de l’homme qui la soutenait. C’était certain, ces deux immenses opercules lui donnaient un air de colosse, ce qui le rendait plus impressionnant encore.

Me glissant à mon tour au sol, je m’approche d’un pas hésitant vers le petit groupe, le petit Makeno toujours endormi dans mes bras – le gamin ne pesait presque rien. Il avait à peine gémi lorsque je l’avais soulevé dans mes bras, avant de rejoindre la jeune Alaia et Moryqane aux écuries de mon petit village. Et à peine remué deux ou trois fois dans son sommeil lors du trajet. Il était simplement épuisé par un si long voyage. Observant un instant du coin de l’œil Moryqane qui, par des gestes bien rôdés, commençait à dérouler son Rêve pour tenter de sauver la jeune femme qui continuer de perdre du sang en abondance. Son compagnon aux immenses cornes, avait reculé de quelques pas pour permettre au Rêveur de faire correctement son travail et tenait entre ses bras une petite chose encore toute fripée et minuscule. Une petite fille ! Un peu mal à l’aise de devoir ajouter encore au stress évident de cet homme, je me racle la gorge quelques secondes.

- « Hum… » bafouillais-je en me reprenant bien vite « Je m’appelle Nô, je suis un ami de Moryqane » commençais-je pour me présenter et éteindre la méfiance dans les prunelles de l’homme qui serra un peu plus sa fille contre lui « On a rencontré quelques ennuis en route » annonçais-je sans tourner plus autour du pot.

Enfin, grâce à Alaia, Moryqane et moi-même avions pu nous échapper et parvenir jusqu’ici sans être poursuivis par les hommes en armures. En revanche, je ne donnais pas cher du sort de la jeune fille s’ils l’avaient emmené dans le manoir qui dominait le village d’Ivrur du haut de sa colline. Il s’agissait de la demeure de campagne des Vil’Ancrasy et là-bas, tous les villageois connaissaient la réputation cruelle et sans pitié du capitaine de la garde de cette famille de noble. Cet homme était prêt à tout pour obtenir ce qu’il voulait, y compris aux plus viles bassesses ! Or, ce serait bien peu remercier cette jeune fille à l’air un peu sauvage et aux cheveux sombres que de la laisser entre les mains de ces types – même si, quelque part, je me doute bien qu’elle possédait plus d’une corde à son arc.

- « Nous avons été poursuivis. La jeune Alaia est parvenue à distraire nos assaillants pour que nous puissions nous échapper, mais je ne crains qu’elle ne soit tombée entre leurs mains… » avouais-je sans passer par quatre chemins « S’ils l’ont emmenée au manoir qui surplombe Ivrur, je ne donne pas cher de sa peau… » précisais-je.

Suivant le regard de l’homme aux cornes en direction du Rêveur et de la jeune femme à la beauté exotique, je me retiens de justesse de ne pas esquisser un geste qui aurait pu paraître déplacé alors que je ne faisais que compatir dans sa détresse. Soupirant un instant, je réajuste la position du petit Makeno dans mes bras.

- « Rien n’est impossible pour Moryqane Vlanuire » tentais-je de le rassurer « Il va la sauver… » promis-je en hochant légèrement la tête.


≈≈≈ Naïs ≈≈≈

Hold your gaze
[…]
And breathe again


~*~

L’air rentre soudain à nouveau dans mes poumons, presque brûlant, ce qui me tire une violente quinte de toux. Ouvrant brusquement les yeux, je me redresse brutalement sur un coude, un peu désorientée. Autour de moi, une odeur envahissante de bois rongé aux termites et de paille, mêlée à celle du cuir vieilli. Alors que je déglutis avec difficulté, je constate que j’ai la bouche pâteuse. Une main douce se pose sur mon épaule tandis que la voix qui s’élève m’est familière.

- « Hé ! Vas-y doucement, tu es encore un peu faible tu sais » prévint Moryqane « Tu as perdu beaucoup de sang… » crut-il bon de préciser.

Fermant un instant les paupières, je me laisse retomber mollement sur mon matelas de paille. Passant ma langue sur mes lèvres pour les humecter, je tente de parler mais je ne parviens à sortir qu’un son rauque et incompréhensible. Dépitée, je serre un instant les dents avant de refaire un nouvel essai. A peine mieux cette fois – mais probant tout de même.

- « Soif… » coassais-je.
- « Deux secondes » fit le Rêveur en fouillant dans ses affaires pour trouver la gourde qu’il transportait toujours sur lui lorsqu’il lui arrivait de voyager « Voilà » murmura-t-il.

Soutenue sous les épaules par Moryqane, je bois de longues gorgées d’eau fraîche qui me dessèche presque immédiatement la gorge. Désaltérée, je pousse un petit soupir de satisfaction avant de chercher d’autres présences autour de moi. Pas d’autres. Une. Sa présence. Celle de Pan que mon corps réclame tout entier en cet instant. Passant une main sur mon ventre qui avait un peu perdu de sa forme arrondie, les souvenirs se reconstituent petit à petit, telles les différentes pièces d’un même puzzle. La mort de Vil’Ancrasy, la fuite, la rencontre malencontreuse avec le tigre, l’intervention de Pan, la douleur insoutenable et puis la délivrance. La naissance de ma fille. Soahary. Les consonances chantantes de son nom résonnent un instant dans ma tête.

- « Où est Pan ? Je veux ma fille… » m’enquis-je d’une voix un peu plus aigüe que je ne l’aurais voulu.
- « Tout va bien » entreprend aussitôt de me rassurer Moryqane de sa voix calme « Ils vont tous les deux très bien. Et Makeno aussi. Tu sais, tu es restée inconsciente trois jours entiers, on était tous très inquiets ! » avoua-t-il « Hem, je vais les chercher… » souffla-t-il avant de s’éloigner de sa démarche tranquille.








[Yeah ! C'est reparti Very Happy Bon, j'ai volontairement changé l'endroit où ils se trouvent... A vous de voir, ce que Pan et Alaia ont fait pendant les trois jours où Naïs est restée inconsciente ^^]

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Pan Hilibiaskiiyai
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Lun 15 Fév 2016, 07:00

[ J'en ai fait un peu qu'à ma tête, s'il y a quoi que ce soit qui ne va pas, MP ! Smile ]





Un bruit de sabots.
Grondement salvateur, écho à l’orage qui tonnait toujours au dessus de leurs têtes. Dans la boue, la pluie, les gouttes qui tombaient partout, Pan ne savait plus comment se tenir, mais deux hommes se dirigèrent directement vers eux, et le colosse reconnut Moryqane le Rêveur.
Malgré lui, un soupir de soulagement passa ses lèvres, et il prit une inspiration tremblante.

- Je m’appelle Nô, je suis un ami de Moryqane. On a rencontré quelques ennuis en route…

L’Envoleur déglutit difficilement, mais hocha la tête doucement. Au moins, ils étaient là, et ils allaient pouvoir aider Naïs !

- Elle saigne beaucoup trop, lâcha-t-il d’une voix à la fois terrifiée, serrée et sifflante.
Mais Nô lui expliqua d’abord pourquoi ils avaient mis plus de temps que prévu… S’il n’avait pas eu Naïs dans les bras, Pan lui aurait asséné une belle baffe pour le faire taire, et surtout le faire agir bon sang ! Il ne voyait pas que sa situation était critique ? Ah ben si quand même !

Ce ne fut que lorsque le Rêveur s’approcha de lui en le rassurant d’un geste de la main que Pan lâcha enfin Naïs. Et encore, l’homme dût redoubler de patience pour qu’il le fasse, car s’il avait pu, il serait resté là, la serrant dans ses bras. Cela ne pouvait pas lui faire de mal, si ?
Mais cependant, ce fut la petite qui remplaçant Naïs contre sa poitrine, et il ne put s’empêcher de la trouver magnifique.
Malgré la pluie, la boue, le tonnerre, et l’état de Naïs, une lumière s’éclaira dans son coeur.
Eclatante.


§§


- Elle va s’en sortir, mais elle a besoin de beaucoup de repos.
- Merci, Moryqane.


Le Rêveur hocha la tête, mais Pan vit que quelque chose clochait dans le regard de son compagnon, Nô. Serrant la petite contre son torse possessivement, le colosse fronça les sourcils. Elle avait été lavée et était désormais enroulée dans un ligne propre ; Moryqane avait même pu lui donner un biberon de lait maternel, et la petite dormait paisiblement dans les bras de son père.
Il était papa.
Pour de vrai !
Cette petite chose toute fragile et si jolie, dans ses bras, était faite d’un peu de lui et d’un peu de Naïs. Maintenant que l’Envoleuse était sur le chemin de la guérison d’après Moryqane, Pan laissa la chaleur enfler dans son ventre, dans sa poitrine, lui tirant une larme de bonheur.

- Hum…

Relevant le regard vers Nô, Pan passa de l’homme au Rêveur, puis du Rêveur à l’homme.

- Je pense que la jeune fille qui est venue nous chercher doit avoir besoin d’une aide urgente…

Par tous les Grands Chefs !
Alaia ! Se mordant l’intérieur de la joue, Pan poussa un soupir. Son doigt glissa délicatement sur le crâne de sa fille, sur lequel il donna un léger baiser avant de la tendre, très doucement et avec une infinie délicatesse, à Nô.

- Un manoir qui surplombe le village, c’est ça ?

L’homme hocha vivement la tête, berçant la petite contre lui.
Pan fit un signe de menton, mais sa gorge se serra. Il jeta un coup d’oeil à Makeno, qui dormait à poings fermés, et lui ébouriffa les cheveux tendrement.

Il ne voulait pas partir.
Mais Alaia ne méritait pas d’être tombée dans un nid de guêpes, surtout en voulant les aider, tous les deux.



§§



Pan observait le manoir en question, accroupi derrière un large arbre à quelques mètres de l’entrée.
Il essayait de comprendre les rondes depuis une heure maintenant, et il avait même capté quelques bribes d’informations.
Apparemment, la jeune femme avait été conduite dans les cachots.
Mais comment passer là au milieu sans se faire remarquer ? Le désavantage avec ses cornes, c’était qu’il ne pouvait pas passer pour un homme ordinaire, et que cela pouvait compliquer la vie. Mais il n’allait pas abandonner, et c’est d’une démarque glissante qu’il fit le tour de l’endroit pour tenter de trouver un passage vers les cachots.

Il le trouva exactement à l’opposé de l’entrée : quelques petits barreaux, à hauteur de terre, qui donnaient sur un couloir complètement noir. Des barreaux en fonte, impossibles à déformer, bien ancrés dans la pierre.

Pan eut un sourire dur.
Il regarda à droite, à gauche, et donna un coup de poing sur la pierre inférieure dans laquelle les barreaux étaient scellés, laissant sa greffe prendre possession de cette onde de choc… Le mur se fendit littéralement en un tas de gravillons, descellant les barreaux, et d’un coup de pied bien placé, Pan les fit sauter, et réussit à se glisser dans le trou - de justesse, avec ses cornes, il dut manoeuvrer quelques secondes pour éviter de se faire un torticolis.

Atterrissant souplement sur le sol de pierre, il respira l’air humide et putride des cachots, et tendit l’oreille.

- Je ne sais pas quelle justice vous représentez, mais je ne vous livrerai pas une femme enceinte jusqu’aux yeux.

Il s’était approché sans bruit de l’endroit d’où provenait la voix de la jeune femme - c’était Alaia, il en était presque sûr. Elle était derrière une rangée de barreaux - les mêmes que ceux qui barraient son chemin un peu plus tôt - et invectivait un homme qui lui lança un regard de dédain.

Serrant les poings, Pan plia et déplia les doigts pour garder son calme.
Mais l’homme ne semblait pas vouloir s’en aller, alors il prit le parti de s’approcher nonchalamment… et de le saisir par le collet par derrière, le soulevant comme s’il n’avait presque rien pesé et l’assomma littéralement contre les barreaux qui le séparait d’Alaia.

L’Envoleur cornu lâcha sa victime, tendit l’oreille, et posa sa main sur la porte de la geole de la jeune fille pour éprouver son méchanisme. Il n’y avait aucune clé à la taille de l’homme, alors Pan se contenta de soupirer en disant à Alaia de s’éloigner, et donna un coup de pied dans la serrure… Encore une fois, sa greffe aidant, le mécanisme en fonte explosa littéralement sous l’impact.

- On se tire d’ici.
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Alaia Tendor
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Lun 14 Mar 2016, 22:40

[De même, Alaia a pris beaucoup d'initiatives]


Aveuglée par la colère sourde qui faisait étinceler son regard d’une lueur glaciale à laquelle son vis-à-vis répondait avec un dédain qui ne faisait qu’accroitre sa volonté de sortir de cette cage pour le lui faire ravaler, elle ne vit Pan qu’alors qu’il se trouvait à moins de deux pas de son geôlier. Immédiatement, son attitude changea et elle passa du fauve en cage à la combattante à l’affut de toute ouverture. Son revirement de maintien n’échappa guère à l’homme qui lui faisait face, pas plus que la tension méfiante qui était née dans ses épaules sur lesquelles s’abattit lestement une main qui le souleva pour l’assommer contre les barreaux. Si Pan avait été rapide, Alaia n’était certes pas en reste : à peine le bras avait-il amorcé son mouvement qu’elle avait bondit de côté pour s’écraser contre les barreaux et passer son bras valide dans un interstice afin d’empoigner la tunique de Riven pour le tirer lui aussi avec violence contre le métal. Le soupir de soulagement qui franchit ses lèvres n’était pas dû à l’arrivée – certes bienvenue – de Pan, mais au fait que les hommes se réveilleraient avec de belles bosses et leur amour propre sûrement froissé… Mais ils se réveilleraient.

Son regard se reporta sur le géant qui retirait sa main de la serrure… avant de la défoncer d’un coup de pied qui fit trembler les barreaux. Elle n’eut guère le loisir de l’interroger sur le pourquoi du comment, rappelée à l’ordre par son extrême concision. Elle calma son corps pour laisser ses sens envahir ses perceptions, reléguant la douleur dans un coffre mental qu’elle ferma à double tour. Si elle respectait son corps et avait appris à ne pas négliger les signes alarmants qui pouvaient la prévenir de sérieuses blessures, la pulsation sourde qui indiquait que sa paume d’échiquetée s’infectait n’allait en rien l’aider pour le moment. Elle tira le premier garde jusque dans le recoin le plus sombre de sa cellule, dans l’évidente intention de ne pas laisser à découvert des corps compromettants et referma derrière eux la porte à la serrure explosée, consciente qu’elle ne les retarderait en rien mais qu’elle sauverait les apparences sous un regard peu attentif.
Mais à peine quelques pas plus tard, alors qu’elle franchissait la porte de fer, des cliquetis d’armure l’avertirent de l’arrivée d’un… non, deux gardes devant eux. Le long et désert couloir ne leur offrait aucun abri : ils ne pourraient pas rejoindre la sortie ouverte par l’envoleur sans être repérés, et puisqu’elle doutait qu’il ait laissé les chevaux à proximité du domaine, le temps était leur plus précieuse ressource. Elle posa une main aérienne sur le dos de son compagnon pour l’attirer dans le prolongement qui s’ouvrait à leur gauche. Silencieux comme des ombres, ils prirent le parti de tenter de contourner le duo des vigiles et furent en cela aidés par la configuration des lieux. Un unique corridor décrivait un rectangle qui permettait sans aucun doute de limiter les cachettes et voies d’échappatoire aux prisonniers, les forçant à rester à découvert jusqu’à atteindre ces escaliers qu’ils apercevaient à l’autre bout. Seuls quelques couloirs bien éclairés perçaient de part en part l’intérieur du rectangle, et c’est en arrivant à l’intersection de l’un deux qu’ils entendirent les deux hommes s’exclamer, surpris, en constatant que leur forteresse inviolée portait une plaie béante à son côté. Alaia hésita un instant sur la conduite à adopter mais un simple effleurement de celui qui l’accompagnait la décida : profitant des quelques secondes qu’ils perdirent en questions stériles, ils franchirent en quelques pas glissants la distance qui les séparait de l’autre mur.

« Ne reste pas planté là ! Va chercher des renforts ! »

L’air se bloqua un instant dans sa gorge avant que, sur une subite impulsion, elle ne décide de jouer un va-tout.

« On s’en occupe chef ! cria-t-elle en détalant à toute jambe, sa voix rendue sans peine plus rauque par sa gorge serrée. Je m’occupe de ramener les autres et tu vas prévenir le seigneur ! » compléta-t-elle pour justifier la double course qui était parvenue aux oreilles des soldats, intimant Pan de lui donner la réplique afin de faire illusion.

Elle savait pertinemment que les gardes n’avaient pu les voir et qu’au moins l’un deux tenterait de savoir qui avait répondu, aussi met-elle toutes ses forces dans ses longues foulées et ne reprit un rythme plus discret que lorsqu’ils eurent avalé une dizaine de marches sans qu’aucune protestation ne s’élève. Elle relâcha alors un long souffle par le nez, partageant d’un regard sa tension – et une certaine forme d’exaltation – avant le géant cornu. Un petit sourire étira ses lèvres alors qu’elle songeait qu’en un sens elle pouvait se faire une petite idée de ce qui poussait Gracieuse à titiller les puissants. Un petit rire intérieur lui répondit, la tirant de cet instant irréel pour la replonger dans la précarité de leur situation.
Elle s’accroupit devant la porte et posa son oreille contre la serrure, laissant son ouïe devenir le centre de son être. Alors que l’envoleur aurait sans doute été gêné par sa haute taille et ses cornes, elle-même pouvait se plaquer un peu plus contre la paroi, semblant vouloir se fondre avec le bois et le métal. Sa respiration se fit imperceptible alors qu’elle ordonnait à son corps une immobilité totale, pleinement confiante dans le fait que Pan surveillait leurs arrières. Un crissement métallique. Le bruit sourd d’un objet lourd qui rencontre le sol plus abruptement qu’il ne l’aurait voulu. Les pas pressés d’une… deux personnes qui semblent encombrées. Inspiration, longue. L’odeur qui chatouilla ses narines balaya une partie de ses hypothèses.
Si elle avait été une noble, où aurait-elle placé l’entrée de ses souterrains ?
Dans un recoin du bâtiment principal, afin qu’il puisse être gardé jour et nuit sans attirer les soupçons mais que nul étranger ne puisse en connaître l’existence sans aller y fouiner. Près des gardes, mais pas des épées et armures de peur de fournir aux prisonniers exactement ce qu’il leur manquait pour parachever leur fuite. Un endroit avec beaucoup de passage, afin d’être rapidement prévenu en cas de problème…
Le réfectoire… lâcha-t-elle dans un soupir imperceptible que nul sauf l’intéressé ne pouvait intercepter.
Son horloge interne était chamboulée mais elle n’eut même pas besoin d’un geste pour que le colosse lui annonce ce qu’elle voulait savoir : ces allées et venues étaient dues au débarrassage des plats et non au service. Tant mieux, car le temps leur était compté : deux gardes restaient toujours dans leur dos, attendant visiblement des renforts. Profitant d’un battement dans les bruits de pas, elle ouvrit la porte et grimaça en l’entendant grincer : évidemment qu’ils n’allaient pas consciencieusement l’huiler ! Ils avaient déjà de la chance qu’elle soit ouverte – sans doute ces imbéciles avaient-ils crus qu’avec leur commandant dans les souterrain il était inutile de prendre des précautions : une gamine ne faisait pas le poids. Un sourire plein de croc fleurit sur ses lèvres et disparut avant même qu’elle ne s’en rende compte.
En trois pas de danseuse, elle s’approcha de la porte jusqu’à jeter un coup d’œil prudent à l’intérieur avant de se couler contre les murs de pierres. Saisissant un tison, elle fouilla les cendres à la recherche de braises encore chaudes et conclut que les soldats avaient sans doute le même régime que les envoleurs : pain, viande et fruits. Remettant délicatement l’ustensile en place, elle se tourna vers son compagnon désignant d’une main la simple porte de bois qui devait sans doute conduire au réseau de corridors et d’escaliers qu’empruntaient les domestiques et de l’autre la cheminée.

Tu préfères quelle voie ? lui souffla-t-elle.

Rejoindre les toits ou se cacher dans les appartements en attendant que le gros des troupes soient dispersés aux quatre vents pour tenter de les poursuivre lui semblait la meilleure option, et sans doute n’aurait-elle pas hésité si elle avait été seule – d’autant qu’elle aurait ainsi pu se faire une idée de l’agencement du domaine – mais elle ne voulait pas continuer sans le consulter. Trop habituée à devoir se débrouiller alors que Gracieuse traçait sa propre voie, elle avait agis instinctivement et se plierait volontiers aux directives de l’envoleur : non seulement il avait plus d’expérience qu’elle, mais en plus il avait sans doute un meilleur point de vue de la situation.
Et puis, après tout, c’était à cause d’elle qu’il était ici…

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Mer 16 Mar 2016, 20:38

Il n’avait pas vraiment envie de la laisser seule, c’était un fait, mais il s’avérait qu’elle était quand même drôlement efficace… Et qu’elle avait littéralement bondit sur sa Voie, depuis la première fois que Pan l’avait rencontrée.
Mais il ne pourrait jamais passer dans la cheminée avec ses énormes cornes. Ni passer inaperçu dans le flot des domestiques, ceci dit.

Pan réfléchissait à toute allure, car ils n’allaient pas avoir un temp infini pour prendre une décision. Il ne perdit pas une seconde de plus en réflexions stériles, et plongea son regard dans celui d’Alaia.
- Je ne passerai jamais dans la cheminée.
Ce n’était pas vraiment une solution explicite, mais c’était tout ce qu’il avait en réserve. Du coup, pour lui en tout cas, ça limitait ses options à… une seule.
- J’aurais tendance à dire qu’il faut qu’on évite de se séparer, mais tu as plus de chances de t’en sortir en passant par les combles. Il y a un sorte de petit bois à une centaine de mètres au sud-est de la porte d’entrée, j’y ai laissé les chevaux.

Adressant un sourire rassurant à la jeune fille, Pan prit donc le parti de s’avancer vers le couloir des domestiques, et de jeter un coup d’oeil de part et d’autre… Pour l’instant, personne, à part cette silhouette qui s’éloignait à droite. Dans une inspiration, il se glissa entre les murs, passages cachés pour ne pas que le personnel de maison aie à déambuler à l’intérieur des pièces de la bâtisse.
Et dans le cas présent, les murs étaient tellement rapprochés qu’il passait à peine entre eux, avec ses cornes, et il fallait qu’il garde la tête parfaitement droite pour ne pas se cogner. Impossible de croiser quelqu’un sans se faire remarquer…

Soudain, une silhouette se glissa hors d’un angle, et Pan ne prit pas le temps de réfléchir : il bondit en avant, se retrouvant à moins d’un mètre de la femme qui le remarqua seulememt quand elle leva les yeux de son plateau plein de vaisselle sale. Elle eut à peine le temps d’écarquiller les yeux et de faire un joli “O” avec ses lèvres que le colosse était sur elle, et la faisait basculer dans l’inconscience en appuyant sur un point précis sur le côté de sa nuque, attrapant son plateau au passage pour ne pas que les couverts ne tintent en tombant sur le sol de pierre.

Il réussit à éviter de faire remonter l’information par des cris ainsi, en croisant quelques domestiques, avant que justement des cris et des exclamations ne s’élèvent dans son dos. Il grogna entre ses dents.
- Et merde...
S’élançant en avant, il percuta plusieurs personnes, mais le bruit de course dans son dos lui disait que de toutes façons, il avait été repéré…
Soudain, il atterrit devant une porte de bois, fin de l’interminable couloir des domestiques, et l’ouvrit à la volée. Il fallut une poignée de secondes précieuses à ses yeux pour se faire à la nouvelle luminosité, mais il recommença bien vite à courir dans les pièces richement décorées.

Deux gardes en armure et armés tentèrent de l’arrêter, mais il se précipita épaule en avant, laissant les impulsions devenir son élan, utilisant toutes ses ressources et notamment la puissance de sa Greffe qui envoya les deux pauvres hommes s’écraser contre les murs environnants.
Pan savait quelle direction prendre, à peu près, et quand il atterit dans un nouveau couloir où un tapis rouge couvrait le sol, il n’hésita pas, trouvant le puits de lumière plus loin, dans une large fenêtre…
Explosant le vitrail travailler sans une once de remors, l’Envoleur se laissa dégringoler le long du mur de l’immense place forte, pour atterrir sur le sol, avant de jeter un regard en arrière.

Alaia était là, et il lui sourit.
Elle était d’une redoutable efficacité, elle aussi.

Ils s’élancèrent en avant, prenant de vitesse les cavaliers que l’on entendait crier dans la cour intérieur de l’autre côte des remparts, et se jetèrent sur le dos des chevaux pour les lancer au galop.

Pan ne prit pas la direction de l’endroit où Naïs se trouvait. Il avait trop peur que ce nôble ne la trouve, elle et la petite. Hors de question de leur faire courir le moindre risque.
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Ven 18 Mar 2016, 23:25

Elle rougit devant la justesse de la remarque de l’envoleur aux cornes mais il ne lui fit aucun reproche si bien que sa gêne fut balayée par ses prochaines paroles. Elle aussi aurait préféré qu’ils restent ensembles  mais leur principal atout était la discrétion et elle ne put qu’acquiescer devant sa proposition et lui murmurer un mot d’encouragement lorsqu’il s’éloigna, admirant la souplesse et la légèreté de son pas alors même qu’il devait peser le double de son poids. Avant même que sa silhouette n’ait disparu derrière l’écran de la porte de bois, elle avait chassé de son esprit tout ce qui n’était pas directement lié à sa propre évasion.

Elle apprécia d’une main prudente la couche de suie traitresse qui couvrait de larges prises et pinça les lèvres pour contenir la douleur lorsque son autre main tâta une prise. Le moindre mouvement de la moitié de ses doigts provoquait un déferlement de lames acérées le long de ses nerfs. Elle ne pouvait cependant pas faire l’économie d’un bras, et décida de s’aider de ses coudes lorsque sa main ne serait plus qu’une large plaie à vif. Crochetant les premières prises, s’aidant de l’armature de métal qui soutenait un large chaudron pour gagner de la hauteur, elle disparut dans les ténèbres au moment où une petite cohorte de commis arrivaient armés de seaux et de balais brosse. Retenant son souffle en tâchant de ne pas déranger la suie, elle fut soulagée de constater qu’ils ne faisaient que passer et reprit son escalade avec une vitesse décuplée par la peur, l’adrénaline l’aidant à reléguer au fond de son esprit que sa chair trouée n’appréciait pas particulièrement les mauvais traitements qui lui étaient infligés. Heureusement, le boyau rétrécit assez vite pour qu’elle puisse s’appuyer contre la paroi au lieu de se servir de sa main blessée qui prit naturellement sa place contre son ventre. Larmoyante, respirant à petites bouffées, elle gagna centimètre par centimètre le premier étage, patientant de longues minutes avant de passer au suivant afin de s’assurer qu’aucun curieux ne tournerait la tête au mauvais moment…

A partir du second étage, il devint très clair qu’elle ne pourrait pas monter plus haut : même si elle était plus fine que Pan sa carrure nouvellement acquise l’éloignait assez de celle d’un ramoneur pour lui interdire l’accès à cette liberté qui pourtant semblait lui tendre des bras bleus et blancs. Proche, si proche qu’elle enrageait d’être parvenue si haut pour devoir se rabattre sur la prochaine pièce qui… Elle ne fit même pas deux pas avant de se figer. Elle se trouvait dans le boudoir d’une dame, aucun doute là-dessus. La pièce avait été utilisée récemment, comme en témoignait la cire encore molle de la bougie posée sur le bureau de bois massif. N’osant pas risquer de rester coincée dans la cheminée un temps indéterminé – d’autant qu’avec les traces noirâtres que n’avaient pas manqué de laisser ses chaussures la maîtresse des lieux se poserait sûrement des questions dangereuses – elle prit le parti de risquer le tout pour le tout et, s’arma prestement avant de se diriger… Elle hésita une fraction de seconde.
Si elle avait bondit – intérieurement – de joie en apercevant ses effets négligemment abandonnés sur une table basse, elle n’avait pas manqué de remarquer que sa bourse ne contenait plus que la petite amulette offerte par Aodren… Et si elle avait une immense valeur sentimentale pour elle, la valeur bien plus mercantile d’une solide poignée de triangles de métal durement gagnés lui était tout aussi chère. Avisant un petit coffret dans un coin de la pièce, environné par des papiers qui devaient sûrement être des comptes, elle prit le pari que le reste de ses effets devaient de trouver dedans, et un simple mouvement du bras lui apporta le discret crissement de métal qu’elle attendait. N’ayant pas de temps à perdre en crochetage, elle décida d’empocher le tout – et si le compte n’y était pas, eh bien elle se rattraperait avec la valeur de l’objet joliment ouvragé.
Tu prends des libertés ces derniers temps…
Ils me doivent bien ça, et comme tu le fais remarquer j’ai une dette à payer.
Sans s’encombrer de remords, elle s’approcha à pas de loups de la fenêtre afin de vérifier si… Non, pas de chance, si elle passait par là elle devrait descendre tout du long et ça ne lui plaisait pas vraiment… Elle se dévissa le cou, plaquée contre le verre, pour tenter de voir ce qui l’attendrait au coin du bâtiment et… oui ! Un bâtiment d’un étage et demi – les écuries, supposa-t-elle – était attenant au réfectoire et s’étendait presque jusqu’aux remparts.

Une grimace exprima très bien le fond de sa pensée concernant l’architecte qui avait décidé d’un tel agencement mais à vrai dire pour l’instant il lui convenait assez bien pour qu’elle ne s’en plaigne pas. Un cri résonna alors qu’elle cherchait furieusement une solution pour atteindre l’autre bord sans passer sous le regard des soldats qui patrouillaient sur les remparts, lui offrant la diversion nécessaire pour sortir sans être vue par les dizaines de silhouettes qui convergeaient  en toute hâte vers la porte principale. Dans ces conditions, qui penserait à lever le nez pour apercevoir une improbable jeune femme longer un rebord à deux étages du sol ? Sa ceinture abdominale protestait vigoureusement sous l’effort, de même que ses avants bras mis à rude contribution alors qu’elle tentait d’atteindre le rebord du mur sans tout à fait lâcher celui de la fenêtre, s’étendant de tout son long contre la pierre froide qui avait la bonne idée d’être râpeuse, ce qui contrebalançait quelque peu l’humidité qui s’y était nichée lors de l’orage survenu un peu plus tôt dans la journée.
Quand enfin, son index crocheta le coin elle poussa un soupir de soulagement et avança en canard contre le rebord, n’osant imaginer ce qui arriverait si quelqu’un levait le nez : dans cette posture elle ne pourrait guère éviter les flèches qui ne manquerait pas de pleuvoir, et cette seule idée la faisait se raidir, les sens  en alerte, quêtant un bruit de voix ou le sifflement d’un trait qui lui serait fatal. Heureusement pour elle rien ne vint, et elle atterrit souplement sur la poutre centrale du toit des écuries – l’odeur confirmait parfaitement son premier instinct – avant de s’accroupir, avançant à quatre pattes le plus bas possible pour ne pas éveiller les soupçons. Sans doute aurait-elle dû courir et sauter dans le même élan, mais elle voulait d’abord vérifier que la distance entre le toit et le rempart était franchissable : trop souvent un simple trou s’était transformé en  gouffre infranchissable lorsqu’elle s’était approché, et elle ne voulait rien laisser au hasard. Pan avait déjà suffisamment fait pour elle sans qu’elle n’en rajoute, d’autant qu’il devait lui-même s’occuper de ses propres poursuivants.
Pour l’instant, le mieux qu’elle puisse faire était de s’en sortir indemne, et de faire venir les chevaux aussi rapidement que possible. Un bois à 100m ? L’oreille prodigieusement aiguisée d’Impal l’entendrait siffler bien avant ! Elle espérait juste que la monture de Pan ait l’intelligence de suivre son compagnon.

Après deux prudents coups d’œil sur les côtés, elle s’élança et parcourut comme une flèche la distance qui la séparait du rebord pour sauter les deux mètres qui séparaient de rebord de la pierre, s’appuyant sur les contreforts pour se stabiliser. Si quelqu’un l’avait aperçue et avait sonné l’alerte, son cri avait sans doute été noyé par le tonnerre de verre brisé qui avait retenti avec fracas dans son dos. Se servant de son appui comme d’un axe pour son corps, elle jeta à peine un coup d’œil à la cour avant d’entamer sa descescalade, promettant à sa main meurtrie que c’était la dernière pour aujourd’hui… tout en étant pas sûre de pouvoir tenir sa promesse. La charge d’un envoleur d’un quintal n’était pas sans annoncer de solides ennuis, et elle n’attendit par d’avoir mis pied à terre pour mettre tout son souffle dans un puissant sifflement modulé. En mettant pied à terre en faillit défaillir, mais se redressa et répondit au sourire de Pan : un envoleur qui doit courir pour se dépêtrer d’ennuis plus gros que lui ? Jamais entendu parler ma petite dame…
Ses pensées s’envolèrent vers Gracieuse, teintées de gratitude, alors que ses pas s’allongeaient et que son souffle devenait plus profond. Face à elle, la rassurante silhouette de son fidèle compagnon se découpait sur le noir et vert de la petite forêt, condensé de force et de souplesse qui lui procura une formidable impression de puissance lorsqu’elle mit pied à l’étrier. Genoux fléchis, légèrement penchée en avant, elle lâcha malgré elle un petit cri de guerre aux couleurs joyeuses lorsqu’ils prirent de la vitesse. Se tenant d’une main à la crinière de l’infatigable animal, elle lui procurait de solides encouragements alors qu’il achevait de l’arracher à l’ombre sordide du manoir.
Cependant elle ne se faisait pas d’illusion, et nul regard en arrière n’était nécessaire pour qu’elle sache qu’ils étaient talonnés par une petite armée d’autant plus en colère qu’ils venaient de les ridiculiser par leur évasion. Elle tentait de vaguement se repérer, se servant des étoiles qui commençaient à apparaître entre les nuages autant que de ses souvenirs des lieux… Ne s’était-elle pas tenue embusquée derrière ce buisson une bonne heure durant avant qu’un lapin ne se décide à pointer le bout de son nez ? Cette route menait-elle à Al Far comme elle le pensait ? D’un commun accord, ils avaient laissé les chevaux ralentir quelque peu après leur sprint, décidant de garder leurs poursuivants à distance raisonnable – car s’ils veilleraient bien à ne pas de faire rattraper, les semer reviendrait à les mettre aux trousses de la mère et son bébé. Leurs montures avaient accueilli leur initiative avec enthousiasme, leurs flancs couverts de sueur se soulevant rapidement au rythme de leur souffle. Une centaine d’idées tourbillonnaient dans  son esprit, semblant être portées par le vent, avant qu’enfin un bruit familier acheva de lui en donner le cœur net. Elle rapprocha sa monture de celle de son compagnon et cria pour couvrir le fracas des sabots des deux chevaux.

Cette rivière mène à plusieurs grands lacs. Si l’on traverse le pont à l’entrée du premier on pourra rapidement rejoindre les collines de Taj, et là un petit coup de chance et une grosse bestiole pourraient nous aider à nous débarrasser de nos chers petits amis.

Elle ne dit pas ce qu’ils pensaient tous les deux : un large arc de cercle les ramènerait en deux jours près de l’endroit où ils avaient laissé Naïs, un délai raisonnable sans être trop long. Car si les collines leur fourniraient sans doute un meilleur terrain de jeu, ils ne devaient pas oublier que leurs provisions étaient comptées – sur le doigt d’une main pour sa part – et qu’ils ne pourraient pas fuir indéfiniment sans faire de halte. La seule bonne nouvelle était que leurs adversaires ne devaient pas être mieux préparés qu’eux…
Et qu’entre les deux camps ils avaient un avantage certain.
L’absence d’alternative.

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Mer 23 Mar 2016, 17:53

Pan hocha la tête aux paroles de la jeune apprentie Envoleuse : oui, c’était une bonne idée, mais il avait de la réserve. Ils allaient passer sur le pont, mais l’homme cornu avait une autre conséquence en tête que juste semer les ennemis grâce à un coup de chance.
Il ne fallait jamais compter sur la chance.

Chaombre s’était calé dans un trot dynamique, mais l’Envoleur savait qu’il n’avait quand même pas la même allure que les petits chevaux de ceux qui les poursuivaient, et ils devaient réussir à mettre plus de distance que ça entre eux sinon il se ferait rattraper. La carrure de sa monture était trop large pour être taillée pour la vitesse, par contre l’endurance ne lui posait aucun soucis.
Faire un large demi-cercle pour rejoindre la planque de Naïs leur prendrait biren deux jours, même s’ils déjouaient les plans de la garde du nôble.
Serrant les dents, Pan finit par hocher la tête, mettant Chaombre dans un petit galop puissant.

- J’ai une idée. Mais oui, on va passer par le pont de toutes façons.

Jetant un coup d’oeil par dessus son épaule, l’homme aux cornes ne vit qu’un nuage de poussière à deux centaines de mètres, mais cela suffit à faire accélérer son coeur dans sa poitrine. Il se pencha sur l’encolure de sa monture pour la faire accélérer, autant qu’il put en tout cas sans la déséquilibrer à cause de la répartition de son propre poids.

Ils arrivèrent en une dizaine de minutes au pied du pont qui passait par dessus le premier lac, et Pan engagea son cheval au galop sur la route pavée s’élançant vers le ciel.
Il jeta un coup d’oeil vers Alaia en ralentissant un peu Chaombre, pour pouvoir crier à l’intention de la jeune fille.
- Passe devant.
Collant son cheval à la rambarde gauche, il laissa passer l’apprentie Envoleuse avant de relancer sa monture, dont les sabots frappaient dans un fracas étourdissant de ses huit-cent kilos la pierre solide du pont. L’inclinaison du sol commença à s’inverser, et les fers de Chaombre commencèrent à glisser, obligeant son cavalier à le ralentir un peu mais pas brusquement sinon cela allait être pire.

Quand les antérieurs de son cheval tapèrent enfin contre de la terre, ou en tout cas sur le bord du pont, Pan se fit glisser vivement par dessus sa croupe, vérifiant que Alaia avait avancé tandis que Chaombre s’arrêtait brusquement en tournant la tête vers lui. Il ne put s’empêcher de sourire à son cheval, avant de commencer son travail.
Il frappa de toutes ses forces, de toute la puissance de sa Greffe, sur l’ancrage du pont.
Une fois. Ça craquela un peu, ébranla le pont.
Deux fois. Une longue faille se glissa de son pieds, suivant l’agencement des pavés, alors que les premiers chevaux de leurs poursuivants passaient le sommet du pont.
Trois fois. Les blocs de pierre se disloquèrent, et le pont commença à s’effondrer.

Pan frappa encore deux ou trois fois pour s’assurer que tout tombait et s’écroulait bien, avant de lever les yeux vers la construction aérienne alors que les montures de leurs poursuivants ne galopaient plus que dans le vide, se faisaient heurter par de larges blocs de roche, s’effondrant dans l’eau du lac. Il vit quelques créatures aquatiques s’approcher prudemment des corps qui se débattaient, et se tourna avec un pli de préoccupation sur le front…
Avant de secouer la tête.
Il faisait ça pour sauver Naïs. Pour sauver leur fille. Il n’avait rien à regretter.
Remontant sur Chaombre, le mettant au trot, l’homme rejoignit Alaia qui avait fini par s’arrêter, sans doute en entendant le bruit chaotique et impressionant de l’effondrement de l’immense pont de pierre.

En arrivant à sa hauteur, l’Envoleur poussa un soupir résigné, et jeta un dernier coup d’oeil derrière lui. Quand même, prendre autant de vies, cela ne lui plaisait pas. Mais c’était inéluctable : la chance ne l’avait jamais aidé dans sa vie, il ne pouvait pas compter dessus.

Tournant le regard vers Alaia, Pan fit un signe du menton.
- On bouge.


§§


La nuit s’était installée quand enfin ils s’arrêtèrent pour monter un camp. Pan avait sorti deux lanières de viande séchée de son sac pour en proposer une à Alaia, s’installant sous un arbre sans même allumer un feu. Les chevaux paisaient paisiblement un peu plus loin, et l’Envoleur avait posé ses cornes contre le tronc de l’arbre pour soulager sa nuque un peu endolorie par la chevauchée mouvementée.
Équilibrer ses cornes n’était pas de tout repos, à grande vitesse.

- On peut dire que tu as drôlement évolué depuis la dernière fois qu’on s’est croisés, jeune fille.

Il le disait, parce qu’il le pensait sincèrement. Et que ce genre de choses, cela s’exprime, car cela donne des indices sur sa propre évolution. Un sourire sur les lèvres, Pan but une gorgée d’eau de sa gourde.
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Ven 01 Avr 2016, 00:08

Si elle avait su, elle n’aurait pas acquiescé. Elle n’aurait pas ralenti pour attendre Pan – et lui prêter main forte si nécessaire. Elle n’aurait pas tourné la tête en entendant les craquements.
Mais c’était fait à présent et il était impossible de faire machine arrière.
Dans son ventre, quelque chose se révolta contre cette fatalité et la poussa à faire avancer Impal. Figée plus sûrement qu’une statue de pierre, elle porta son regard vers le mercenaire alors qu’il posait la main sur l’encolure de son cheval pour lui faire faire demi-tour. Le bleu sombre de ses yeux n’était pas sans rappeler celui du lac, et sans doute pouvait-on, si l’on y prêtait bien attention, y discerner les formes des soldats en armure qui se tortillaient, prisonniers de leur cage de métal, entraînés vers le fond et se débattant follement pour ceux qui, n’ayant pas été assommés par les masses de pierre qui avaient dégringolé, n’étaient pas encore noyés. Leurs cris et ceux des chevaux semblaient donner le rythme au tourbillon qui s’était emparé de ses iris. En tournant la tête vers Pan, elle vit l’espace d’un instant un visage souriant qui lui glaça le sang avant de tomber sur ses yeux. La flamme de colère qui avait commencé à gronder mourut noyée par les flots bleus de ce regard résigné. Nulle joie, nulle soif, juste la tristesse nimbée de fatigue de celui qui sait qu’il n’a pas le choix mais que ses actes répugnent tout de même.
Respect.
En passant près de lui, Alaia posa fugitivement une main sur son épaule.
Elle ne prononça pas un mot jusqu’à ce qu’ils dressent le campement, perdue dans la mer déchaînée de ses pensées sur laquelle flottait l’écume de souvenirs dérangeants.


Le sang frappait durement contre ses tympans et sa main la lançait terriblement : sans surprise, elle allait hériter d’une belle infection ! Mais bon, elle n’en mourrait pas, elle avait un Rêveur à l’arrivée. Just hold fast. Boire, manger, dormir. Et avancer. Simple, non ?

- On peut dire que tu as drôlement évolué depuis la dernière fois qu’on s’est croisés, jeune fille.

Oui, cette évolution… Elle n’a pas arrêté d’y penser.
Son troisième cours.
Les fuites, les morts, les mots…
Les doutes. Lancinants.

Je passe mon Ahn Ku dans une semaine.

Voix morne, simple constatation.
Son regard, perçant sous le léger voile de fièvre qui commence à le recouvrir, sonde l’homme qui lui fait face.
L’envoleur qui lui fait face.
Le … com… pa… gnon qui lui fait face.
Son regard à cet instant.
A l’exact opposé de celui de Gracieuse.
Voilà ce qui la fit balancer.
Equilibriste au-dessus du vide de la mort, son regard à l’instant de l’agonie de ses victimes s’était gravé en elle aussi sûrement que celui de son maître durant son explication de la greffe, ou que celui de sa sœur avant son dernier souffle.
Qui es-tu ?
Aucune réponse.
Petit soupir.

Plus je comprends ce que veut dire être envoleur moins je me sens à ma place. Je me sens perdue au milieu de tout ce qu’il… que je peux être. Je ne comprends pas comment concilier celle que je suis, que je veux être, et l’image… non, le reflet de celle qu’on attend que je sois. Ma route se dessine avec vous pourtant je me sens étrangère à chaque pas que je fais dessus.

Sa gorge se serra, elle lâcha une longue expiration avant de continuer.

Comment le vis-tu ? Comment vis-tu ?

Vis-tu ?

Le Chaos est-il une fin en soi ? Ne peut-on l’apporter que par la mort ?

Le flot qui était né dans ses yeux semblait couler par sa bouche, se répandre sur ses lèvres en laissant un goût boueux sur sa langue.

Sommes-nous au-dessus de quiconque ? Sommes-nous censés être des modèles ?

Nous. Les Envoleurs.

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Mer 06 Avr 2016, 22:31

[ Court, mais je voulais pas juste faire un dialogue, même si Pan parle beaucoup ! ]




Oh, elle passait son Ahn-Ku ? Cela expliquait sans plus aucun doute son évolution fulgurante en tirant un sourire à Pan. Mais pourtant, le ton de sa voix intrigua l’homme cornu, qui tourna la tête vers la jeune femme.
Sentit soudain une certaine détresse dans son attitude, ce qui le fit se redresser légèrement en fronçant les sourcils.

Ses questions le frappèrent avec régularité. Comme on tente d’envoyer des petits cailloux sur un carreau pour attirer l’attention de la personne derrière le verre.
Il ne bougea pas, se contentant d’attendre la fin de ces interrogations, qu’elle lançait. Elle voulait des réponses, par rapport à lui. Elle voulait ses réponses, et pourtant, il savait que cela ne suffirait pas.
L’Envoleur prit une inspiration, se grattant distraitement le menton.

- Tu sais que tu parles à un homme cornu ? Comme étranger, il n’y a pas pire.
Un demi-sourire étira ses lèvres, mais il secoua doucement la tête.
- Il n’y a que toi qui a le droit d’attendre quelque chose de toi-même qui puisse t’atteindre, Alaia.  .. Il ne continua cependant pas dans ce sens, haussant les épaules.
Je vis en accord avec moi-même. Je ne me pose pas trop de questions. Tant que tu ne défies pas trop les Mentaïs et leur autorité, il ne t’arrivera pas grand-chose, pas même des missions. Tu peux rester dans la moyenne pour ne pas te faire remarquer, ce n’est pas pour autant que tu n’es pas unique et exceptionnelle. Tu choisis simplement de ne pas être sous le feu des projecteurs…

Posant la gourde sur le sol, l’Envoleur se gratta l’intérieur du poignet droit un instant.
- Le Chaos, une fin en soi… ? D’où je viens, ce n’est ni une fin, ni un début, mais une sorte d’entité de vie. Un cycle qui passe par la mort et la naissance, dans un grand cercle de cendres tourbillonnantes. On fait partie de ce cycle, comme on peut faire partie d’autres cycles qui s’entrecroisent.

Personne n’est un modèle, personne n’est au dessus de quiconque. Nous sommes tous des êtres vivants. Les humains ne sont pas au dessus des animaux, les prédateurs ne valent pas mieux que les herbivores qu’ils dévorent, c’est juste un cycle…
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Mer 13 Avr 2016, 21:58

Gracieuse m'a parlé d'un chaos qui se nourissant de lui-même, mais... Je n'aime pas cette idée de cycle, elle me donne l'impression de n'aller nul part...
Et puis avec ça, ça ne sert à rien de se dire libre. Ca ne fait de nous qu'un maillon d'une chaine. Ca rend vaine nos actions, ça nous rend dispensables.
A ce compte-là rien ne distinguerait un envoleur d'un fermier, alors que nous... je veux dire je l'ai été, et je sens que je suis meilleure comme ça. Pas parce que j'ai voulu le devenir, mais parce que ça me parait une évolution logique. Une réponse à un besoin, même si la totalité de ce qu'elle implique ne me plait pas forcément... J'ai été prise dans un tourbillon, oui, mais maintenant je sens qu'il y a à portée de quoi mettre les voiles, et je ne veux pas... ne peux pas... ne veux pas faire demi-tour et arrêter d'y réfléchir, me faire balloter à nouveau entre tout ce que la vie m'opposera. Que maintenant que je vois les vitre qui m'entourent je ne puisse pas y trouver ou créer une porte.



[J'ai eu beaucoup de mal à te répondre, elle passait sans cesse d'un avis à un autre]

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Jeu 14 Avr 2016, 21:33

- Parce que tu penses qu'un cycle n'évolue jamais ? Qu'il ne peut pas se nourrir de lui-même pour devenir autre chose ? Pourtant, l'humain fait partie du cycle de la vie, et la vie est une évolution. Ce que chacun fait de la sienne lui est propre.

Rien ne distingue un Envoleur d'un fermier. Ils ont tous les deux autant de pouvoir sur leur propre vie... Simplement, alors que l'un décide de la dédier à sa ferme, l'autre la dédie à la liberté et au chaos. A son propre chemin. Alors que l'un peut se mentir, s'enfermer lui-même, l'autre a décidé de repousser les limites de la conscience, du charnel.

Les réponses à tes questions sont en toi, Alaia. Il faut juste que tu acceptes d'ouvrir ton coeur à toi-même.






[ Pas de soucis, j'ai aussi du mal à répondre car j'ai du mal avec la philosophie de Pan xD ]
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Dim 22 Mai 2016, 15:01

[ultra court mais j'ai trouvé l'inspiration pour cette réponse et je ne voulais pas la perdre
le petit sous-marin retourne à ses études...]


Inspiration, expiration.
Portés par l’air, les mots de Pan s’infiltraient en elle et s’ancraient dans ses pensées.
Fermier… Ou éleveur de coureurs ? Elle n’avait pas été malheureuse chez elle, elle avait simplement choisi une autre voie. Une vie qui lui paraissait maintenant tellement étroite qu’elle ne s’y glisserait plus: ses pas suivaient désormais le fil d'araignée d'un chemin dont elle n'arrivait pas à définir s'il la mènerait quelque part... ou si ce quelque part lui plairait. Mais… pourrait-il finalement y avoir une destination?
Elle avait quitté la maison d’Aodren persuadée qu’elle était face à un choix net, et elle avait tranché la question avec fatalisme. Pourtant, si ce que disait Pan était vrai…

Alors tu peux trouver un envoleur dans un fermier, pour peu qu’il ne soit pas aveugle, sourd et enchaîné... Un envoleur peut-il s’installer quelque part ou serait-ce pour lui comme de fermer ses sens ?

Le renouveau du monde tenait dans la manière de le voir, et la diversité d’une ville était à nulle autre pareille. Ombre parmi les ombres, avec le vent comme oreille et le soleil comme œil y avait-elle pour elle un avenir en tant que fantôme d’une cité ?
Arriver à concilier son besoin de soutiens et de solitude, de découvertes et de dissimulation… Une telle vie était-elle à sa portée ?

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Dim 05 Juin 2016, 18:23

- Et pourquoi pas ? Nous sommes libres. Libre de nous installer et de renoncer à faire ce que nous avons fait jusque là. C'est juste humain. Il faut juste être en accord avec nous-mêmes...

J'espère bien avoir ma maison et une famille qui ne court pas les quatre chemins à la recherche de dangers juste pour... Enfin. Je ne suis pas issu d'un peuple sédentaire, bien au contraire, mais je comprends la notion d'avoir un "chez-soi". Ce qui compte, c'est ce que l'on veut construire pour l'avenir.


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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Lun 20 Juin 2016, 23:21

Immobile, le souffle ample, Alaia laissait ses pensées s’imprégner des mots de Pan : près d’Al Vor elle avait abandonné son ancienne vie, ici elle nouait avec le début d’une nouvelle… Ne pas avoir à courir, chercher plutôt que fuir. Un instant ses réflexions se tournèrent vers Gracieuse : elle, se poser ? Ce serait la mort immédiate ! Cette jeune femme était toujours en mouvement, toujours à guetter une nouvelle occasion… Mais elle-même, voulait-elle une telle vie ? Elle sentait en son fort intérieur un besoin de stabilité, au moins de l’assurance de cette possibilité, comme un potentiel rassurant : qu’elle ne l’aime pas, elle en jugerait pas elle-même, mais qu’on le lui interdise ? Elle ne l’accepterait pas. Plus que de se décider, elle voulait pouvoir décider, elle voulait cette certitude, cette maitrise de son destin : je peux décider de qui je serai.
Et avec ce sésame, une écrasante responsabilité : que suis-je prête à perdre ? Un frisson la saisit, mais il se put tout aussi bien qu’il s’agisse d’une fièvre naissante, car elle sentait à peine sa main au-dessus de la douloureuse pulsation qui en émanait à chaque battement de cœur.
Elle détourna son esprit vers l’image de Pan, muraille infranchissable, veillant sur une demeure et se développant pareil à un arbre dans un foyer, autant protecteur que soutien indéfectible envers ses pairs. Choisir, et laisser choisir ? Que suis-je prête à perdre de cette possibilité même qui me permet cette question ?
Au fond de son esprit s’immisça l’image de l’être, jouant allongée sur un mur de pierre, attendant silencieusement qu’elle ait fini sa réflexion, ne l’interpelant que pour lancer un avertissement… ou un conseil ?
Quelques soient les murs que tu te construises, assure-toi de toujours pouvoir les franchir.
Les murs… Inspiration plus courte : Gracieuse semblait en avoir horreur, elle-même les voyait comme nécessaires. Car une rivière sans lit pourrit, s’enlise, devient un marécage. Mais il y avait du vrai aussi, dans la nécessité de toujours pouvoir les franchir. Toujours s’entrainer à aller plus loin, même lorsque l’intérieur semble se complaire… Surtout dans ces moments-là. Expiration sifflante : cette liberté même qui exigeait une vigilance permanente, n’était-ce pas une traque d’elle-même qu’elle engageait ? Futur et présent : deux moments distincts, chacun ayant sa place et son importance, aucun des deux ne devant être sacrifié à l’autre.
Boum. Boum. Boum. Un martellement envahissait peu à peu ses oreilles, semblant compter les secondes… Ou balancer entre plusieurs voies. Force, équilibre, souplesse, liberté, … autant de grand mots qui semblaient graviter, à portée de main et pourtant. Mots, idées, illusions de l’esprit et… Voie. Un chemin à discerner et à arpenter. Léger vertige. Qu’elle se sentait petite face à une succession de lettres. Des mots comme des clés de potentiels, et elle, qu’était-elle, que faisait-elle, qu’en faisait-elle ? Ses pensées commençaient à se brouiller… Ses pensées ou sa vision ?

Elle ne fit aucun commentaire sur le silence qui avait suivi les déclarations de Pan : il avait compris. Lui non plus n’avait rien dit, mais il n’y avait rien à dire, tout simplement. Merci, une autre succession de lettres, une autre clé… Elle n’avait plus vraiment la force de réfléchir, les idée se brouillaient dans sa tête et rien ne pourrait en sortir de constructif.
Ne néglige pas la folie, c’est un œil qui mérite de l’attention.
Devant ses yeux les flammes semblaient danser au rythme de ses paroles. Elle plissa les sourcils, tentant de discerner la part du vent et la part des mots dans cette danse occulte. Grande inspiration.

Je propose qu’on dorme chacun quatre heures, ça nous amène… fit-elle en levant la tête pour essayer de discerner la course de la Lune et des étoiles, elle ne put faire qu’une approximation : je dirais vers l’aurore. Si ça ne te dérange pas je préfère dormir maintenant, je ne me sens pas en forme… Je dormirai en selle mais j’ai besoin de temps pour ne pas m’endormir à mon tour. Et j’insiste pour que tu dormes, tu en as vu de belles toi aussi. Et puis, rit-elle, j’ai quelques heures d’avance sur toi !

Si on pouvait appeler sommeil les heures d’inconscience qui l’avaient menée au manoir…

La poigne qui se referma sur son épaule la trouva trempée de sueur, mais elle assura qu’elle pouvait tenir son tour et, pour se réveiller, bloqua sa respiration jusqu’à sentir l’adrénaline couler dans ses veines. Allons donc, elle avait survécu aux marais : elle n’allait pas s’effondrer au milieu du continent tout de même ! Sa main semblait être un bloc de plomb, et elle n’osa pas toucher au bandage sommaire qui la recouvrait de peur d’aggraver les choses… un simple constat suffirait certainement à la démoraliser et elle n’avait certainement pas besoin de cela. Elle se força à décrire en détails ce qu’elle voyait pour concentrer son attention, et raviva les braises pour en tirer un peu de chaleur.
Alors que l’aube commençait à éclaircir le ciel, sa tête était lourde à porter et se lever requit des forces qu’elle ignorait posséder, mais cahin-caha elle réveilla les chevaux, leur prodiguant à chacun de caresse et rassurant l’intelligent Impal d’une gratouille sur le chanfrein, avant de commencer à les seller, tâchant de se montrer aussi calme et précise qu’elle le pouvait avec la monture de Pan, pour finir par profiter des bonnes grâces de son propre compagnon pour improviser là où il lui manquait des forces. Elle réveilla Pan – enfin, s’approcha de lui et il se réveilla tout seul -, et lui proposa de manger en selle pour gagner du temps. Trempée par la rosée, elle frissonnait sur chaque centimètre carré de sa peau mais se força à mâcher longuement avant d’avaler. Chancelante et silencieuse, elle ne comptait abuser personne mais pas une plainte ne franchit ses lèvres : le plus important était de rallier le Rêveur, et pour ce faire elle aurait besoin de toutes ses forces.
Commença ainsi le voyage du retour, qu’elle passa derrière une brume tantôt teintée de pourpre, tantôt s’épaississant jusqu’à ne plus lui laisser voir que des ombres. Elle aurait été incapable, même en y mettant toute sa volonté, de se souvenir du chemin du retour, à peine de quelques brides arrachées à la réalité entre deux phases d’endormissement qui semblaient ne la fatiguer que davantage. Et au milieu de toutes ces images éparses où se mêlaient sans doute des souvenirs d’autres voyages : un mur. Incongru, il se laissait entrevoir par un agencement régulier de formes et un sentiment d’accomplissement.

Avait-elle marché, avait-elle été portée ? Elle mit bien quelques minutes à émerger mais, quand ce fut fait, sa première constatation fut le règne d’un silence apaisant. Tient, les battements s’étaient tus. Elle tenta de faire bouger quelques doigts et eut le plaisir de constater qu’ils paraissaient moins enflés. Bien, elle avait de toute évidence été soignée… ou amputée et ces sensations venaient d’une illusion jouée par son esprit. Dans les deux cas : elle pouvait dormir.
La seconde fois, elle émergea au contact froid d’un liquide contre ses lèvres. Elle retint de justesse un mouvement de défense en reconnaissant avec un temps le visage de Morygane, soulagé mais toujours inquiet, à une distance raisonnable. Elle voulut parler, demander l’heure ou poser une question sur son état, mais son corps prit le pas sur son esprit et elle ne put que demander plus du délicieux fluide qui venait soulager sa gorge et remplir son estomac. Malheureusement, elle récompensa ce don divin par une pluie acide à deux doigts des chaussures du Rêveur. Hoquetant, elle marmonna une excuse alors que son ventre comprenait douloureusement que, n’ayant pas été rempli récemment, il ne pouvait continuer son office dans le nouveau décor du sol. Elle comprit vaguement une réponse parlant d’effets secondaires et de normalité, mais la chose qui retint vraiment son attention fut le vagissement d’un bébé qui, se calmant, lui confirma que l’on s’occupait de lui. Parfait. Elle pouvait dormir.

A son troisième réveil elle était de nouveau seule, mais les informations rapportées par son ouïe lui confirmait la présence proche d’êtres en mouvements. Prenant de larges inspirations, elle profita de ce moment de paix pour faire le point sur son état : si l’on exceptait la faim, l’engourdissement dû à son immobilité et une puanteur certaine émanant de sa personne, elle ne s’en tirait pas si mal. Sa vue était nette, son pouls un peu rapide mais rien d’affolant, et un coup d’œil à sa main, accompagné de quelques mouvements, lui confirma que non seulement elle l’avait toujours mais en plus elle était en bonne voie de guérison. Alors qu’elle rassemblait son courage pour se lever, on lui ôta cette peine en entrant dans sa chambre. Balayant d’un revers de sa bonne main les excuses qui commençaient à monter aux lèvres du timide mais néanmoins courageux personnage, elle se redressa lentement, attentive au moindre vertige, et l’invita à faire son office.

Alors, ça se présente comment ? demanda-t-elle alors qu’il inspectait sa main, débandée pour l’occasion.

Elle en garderait sans doute une fine cicatrice mais, ma foi, elle s’y était attendu – et même à bien pire ! – et était simplement contente si elle était assurée d’en retrouver l’usage pour son examen. Parce que c’était pas tout ça, mais le monde tournait encore en son absence…


[Pan, j'ai dit à Naïs que tu répondras - pour raccrocher sur sa réponse - et je t'invite éventuellement à répondre aussi après pour retrouver le rythme normal ^^
si vous voulez aussi du temps pour vous, les tu-m'as-fait-peur-comment-vas-tu-je-t'aime-on-fait-quoi-maintenant?, n'hésitez pas Wink ]

__________________________________________


Erwan et Ella se sont penchés sur mon cas, merci à eux!


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MessageSujet: Re: Par une nuit sans lune [Pan et libre]   Mar 21 Juin 2016, 20:07

[ Court comparé à toi, Alaia, pardon, j'ai eu un peu de mal à écrire ! ]






Un soupir franchit les lèvres de Pan alors qu’il distinguait dans les prunelles de la jeune femme les rouages de son cerveau mis en mouvement. Elle avait de quoi réfléchir, apparemment, et si ses questions étaient légitimes et intéressantes, il n’était pas certain d’être la personne la plus apprioriée pour y répondre. Il se demanda un instant qui était son Maître, et pourquoi elle n’avait pas apporté de réponse à ses questions ; avant de se rendre compte que sans doute les réponses potentielles données par le Maître en question ne devaient pas avoir éclairé Alaia et qu’elle avait donc naturellement cherché d’autres points de vue.
Parce que oui, décidément, les apprentis Envoleurs n’étaient pas des reproductions de leur Maître. C’étaient des êtres vivantes, des humains dont on développait le sens critique, l’indépendance et l’autonomie pour les libérer d’eux-mêmes, à un certain point, et qu’ils soient ces acteurs émancipés d’une quelconque main non-objective pour parfaire un destin, un dessein, auquels ils aspirent indépendamment et qu’ils répandent autour d’eux par leur seule manière de vivre.

L’Envoleur secoua doucement la tête, prenant une inspiration profonde, avant de s’occuper du premier tour de garde. Alaia était bien affaiblie, sa blessure à la main y contribuant sans aucun doute. Il espérait qu’ils trouveraient les Rêveurs et Naïs avait que l’infection ne soit trop répandue et grave.
Laissant ses pensées rebondir sur les troncs alentours, le colosse se prit le visage dans les mains. Il n’avait plus qu’une hâte désormais : retrouver Naïs. Et leur fille.
Rien que cette pensée gonfla son coeur.
Leur fille.

§§



La jeune femme était vraiment mal en point. Elle frissonnait, la fatigue tirait ses traits, de larges cernes violettes s’étiraient sur ses joues.
Les chevaux ne trainaient pas, mais Pan gardait un œil protecteur sur Alaia qui ballottait sur sa selle, incapable de tenir droite à cause de son épuisement.
Quand enfin la maison dans laquelle s’étaient installés Moryqane, Nô et Naïs. Certes, « maison » était un bien grand mot pour la cabane branlante, sentant le cuir tanné et l’odeur de la paille mouillée et moisie dans un ensemble âcre mais finalement, rassurant.

Il portait Alaia dans ses bras en passant la porte branlante, et heureusement Moryqane prit le relais, le temps qu’il aille déharnacher les chevaux pour les cacher dans la grange attenante.

Enfin, il put rejoindre Naïs.
Se glissant dans la petite pièce où elle avait été allongée sur un matelas de fortune, la petite blottie contre son buste, Pan retint son souffle quelques secondes…
Avant de traverser la pièce en deux larges enjambés, s’arrêtant brusquement proche du lit, pour s’asseoir contre le rein de l’Envoleuse. Ses doigts glissèrent un instant sur la joue de Naïs, avant de descendre très lentement sur le dos de la minuscule main de la petite.
Un sourire étira ses lèvres, éclairant son visage. Se penchant en avant, il déposa un baiser sur les lèvres de l’Envoleuse.

- Comment tu te sens ?

Il n’avait aucun doute sur le fait que le Rêveur puisse remettre Alaia sur pied, après tout même si elle n’était pas bien, c’était surtout la fièvre qui la faisait délirer.
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